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Où en sont l’Iran et les États-Unis après la session de Doha?

by Clara Dubois
L'accès aux fonds gelés et la surveillance du protocole

Des représentants américains et iraniens ont conclu une session de négociations techniques indirectes à Doha pour stabiliser le Moyen-Orient. Selon Noovo, les discussions ont permis l’accès à des avoirs gelés et la création d’un canal de communication pour surveiller le protocole d’accord signé le 17 juin.

L’équilibre est fragile. Entre des frappes militaires récentes et un protocole d’accord dont la mise en œuvre s’étire sur 60 jours, Téhéran et Washington tentent de maintenir un dialogue qui refuse pourtant la confrontation directe. Les médiateurs qataris et pakistanais ont salué des « progrès positifs », mais le fond du problème reste inchangé : une méfiance profonde exacerbée par des tensions militaires sur le sol iranien.

L’accès aux fonds gelés et la surveillance du protocole

L'accès aux fonds gelés et la surveillance du protocole
Le résultat le plus concret de cette session de Doha concerne la finance. D’après l’agence officielle iranienne Irna, les discussions ont abouti à un accord permettant à l’Iran d’utiliser une partie de ses avoirs gelés au Qatar pour acquérir des produits essentiels. Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a précisé que les échanges ont porté sur l’utilisation d’une portion des six premiers milliards de dollars de fonds, correspondant à des recettes pétrolières bloquées par les sanctions américaines. Pour éviter que le protocole du 17 juin ne s’effondre au premier incident, les deux parties ont instauré un canal de communication spécifique. Cet outil doit permettre de signaler et de recenser les éventuelles violations de l’accord en temps réel. C’est une mesure de gestion de crise technique, visant à empêcher qu’un malentendu tactique ne dégénère en conflit ouvert.

Le bras de fer sur le détroit d’Ormuz et les exportations de pétrole

Le bras de fer sur le détroit d'Ormuz et les exportations de pétrole
Photo: Medias24
Si les questions financières avancent, le détroit d’Ormuz demeure le point de friction majeur. L’Iran persiste dans sa volonté d’imposer un droit de passage dans cette voie maritime stratégique, une exigence que les États-Unis rejettent catégoriquement. L’impact sur le trafic est déjà visible. Selon des données de la société de suivi maritime Kpler rapportées par Medias24, le flux de navires a chuté drastiquement le week-end dernier :
  • Samedi : 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit.
  • Dimanche : seulement 12 bateaux ont effectué la traversée.
Pourtant, la levée du blocus consécutive au protocole d’accord a offert une bouffée d’oxygène économique à Téhéran. Mohammad Bagher Ghalibaf, chef de l’équipe de négociation iranienne, a affirmé que l’Iran a exporté plus de 40 millions de barils de pétrole depuis cet accord. Un contraste brutal avec les 50 à 60 jours précédents, durant lesquels, selon lui, le pays était dans « l’impossibilité totale d’exporter ne serait-ce qu’un seul baril de pétrole ».

L’impasse des négociations directes et le rôle des émissaires

Nouveaux échanges de frappes entre les Etats-Unis et l'Iran : Où en sont les négociations ?
La forme des discussions révèle l’ampleur du fossé diplomatique. Donald Trump a dépêché à Doha deux hommes de confiance, Steve Witkoff et Jared Kushner, pour traiter non seulement du dossier iranien mais aussi de la situation au Liban. Si le président américain avait initialement suggéré que des réunions auraient lieu mardi, la réalité sur le terrain est plus nuancée. Téhéran refuse tout contact direct avec Washington, une position durcie après les frappes américaines sur son sol la semaine dernière. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a été sans équivoque sur la posture de son gouvernement : “dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau” Esmaïl Baghaï, porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, via Medias24 Les échanges se limitent donc à des « équipes techniques » et à des médiateurs qataris. Ce format indirect permet de maintenir un fil conducteur sans offrir la reconnaissance diplomatique ou le risque politique d’une rencontre face à face.

Pause diplomatique pour les funérailles de l’ayatollah Khamenei

Le calendrier des négociations va désormais subir une pause forcée. Doha et Islamabad ont annoncé que les discussions reprendraient après les funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei, qui débutent ce samedi à Téhéran pour une durée de six jours. L’ex-guide suprême a été tué le 28 février, lors du premier jour de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran. Sa disparition a marqué un tournant majeur, Mojtaba Khamenei lui ayant succédé début mars, bien que ce dernier ne soit pas apparu publiquement depuis sa désignation. L’événement s’annonce massif et chargé d’émotion. Les autorités attendent entre 15 et 20 millions de personnes dans la capitale. Mohammad Bagher Ghalibaf a d’ailleurs appelé la population à participer en masse pour « venger » la mort du guide. L’enjeu des prochains jours sera de savoir si ce climat de recueillement et de colère nationale à Téhéran ne viendra pas fragiliser les acquis techniques de la session de Doha. Si le canal de communication pour désamorcer les incidents est opérationnel, la stabilité régionale dépendra de la capacité des deux puissances à ne pas laisser les tensions émotionnelles et militaires reprendre le dessus sur le protocole du 17 juin.

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