Publié le 26 novembre 2023 18:30:00. Le dépouillement des votes à l’élection présidentielle hondurienne est bloqué par des manœuvres dilatoires, selon la mission d’observation de l’Union européenne, tandis que les accusations de fraude se multiplient et que l’ingérence américaine est dénoncée.
- Trois semaines après le scrutin du 30 novembre, aucun vainqueur n’a été proclamé, malgré un décompte initialement jugé transparent.
- La mission électorale de l’UE dénonce une “paralysie intentionnelle” dans la validation des procès-verbaux, retardant considérablement la proclamation des résultats.
- L’intervention de l’administration Trump, notamment par la révocation de visas de responsables électoraux, suscite des inquiétudes quant à l’influence extérieure sur le processus démocratique.
L’élection présidentielle hondurienne, qui s’est tenue le 30 novembre, reste dans l’incertitude. Alors que les résultats partiels placent le candidat conservateur Nasry Asfura en tête, suivi de près par le libéral Salvador Nasralla, la proclamation officielle du vainqueur est bloquée. La mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE) a exprimé sa vive préoccupation face à la lenteur du processus, dénonçant ce qu’elle qualifie de “paralysie intentionnelle” dans la validation des procès-verbaux.
Selon la MOE, le décompte initial des voix s’est déroulé de manière “transparente”, mais la phase de vérification des résultats est compromise par des retards “sérieux”. Ce processus, suspendu à plusieurs reprises, a été confié à une entreprise privée qui invoque des problèmes techniques, alimentant les soupçons de fraude. Salvador Nasralla a même affirmé avoir été en tête du décompte à un moment donné, dénonçant un “vol” de l’élection et exigeant un recomptage “vote par vote”.
Les divergences sont minimes : seulement 40 000 voix séparent les deux candidats en tête. Depuis jeudi, les représentants des partis politiques examinent environ 2 800 procès-verbaux comportant des “incohérences”, ce qui représente près de 500 000 bulletins de vote. L’UE insiste sur la nécessité de mener ce contrôle spécial “sans interruption et sans invalidations intentionnelles des procès-verbaux” afin de ne pas altérer le résultat de l’élection.
Le président du Conseil national électoral (CNE) a également fait état de “retards importants” dans ce contrôle spécial, soulignant qu’il est clair que “certains au sein des partis politiques cherchent à retarder le dépouillement et à compliquer les élections”. Il a également dénoncé un “climat d’intimidation à l’encontre des responsables électoraux”.
Xiomara Castro, la candidate de gauche et présidente sortante, dont la représentante Rixi Moncada occupe la troisième place, partage les inquiétudes concernant une possible falsification des résultats. Elle accuse également l’administration américaine d'”ingérence” dans le processus électoral.
L’intervention de l’administration Trump a pris une nouvelle dimension avec la révocation du visa du juge électoral Mario Morazán et le refus de visa de Marlon Ochoa, membre du CNE, qui avait dénoncé des élections “frauduleuses”. Donald Trump avait déjà fait parler de lui en graciant et en libérant, à la veille du scrutin, son ancien allié, l’ancien président Juan Orlando Hernández (2014-2022), qui était incarcéré aux États-Unis pour trafic de drogue.
Le CNE dispose d’un délai jusqu’au 30 décembre pour annoncer le nom du nouveau président hondurien. L’administration Trump a mis en garde contre les “conséquences” pour le Honduras si le résultat ne favorisait pas le candidat qu’elle soutient. Ce contexte rappelle le coup d’État de 2009 qui avait visé l’ancien président Manuel Zelaya, mari de Xiomara Castro.
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