Home AffairesRoche réclame une hausse des prix des médicaments en Suisse

Roche réclame une hausse des prix des médicaments en Suisse

by Amélie Bernard

Publié le 21 décembre 2025 à 05h07. Les géants pharmaceutiques Roche et Novartis mettent la pression sur la Suisse pour aligner ses prix de médicaments sur ceux des États-Unis, sous peine de voir l’innovation et l’investissement dans le secteur ralentir.

  • Roche avertit que le maintien des prix bas des médicaments en Suisse pourrait retarder l’introduction de nouvelles thérapies.
  • Le PDG de Roche, Thomas Schinecker, estime que la Suisse doit contribuer davantage au financement de l’innovation pharmaceutique, en fonction de sa puissance économique.
  • Un accord récent entre plusieurs entreprises pharmaceutiques et le gouvernement américain prévoit une baisse des prix des médicaments aux États-Unis en échange d’exemptions de droits de douane.

La société pharmaceutique bâloise Roche, tout comme son concurrent Novartis, tire la sonnette d’alarme. Dans une interview accordée au SonntagsZeitung, le directeur général de Roche, Thomas Schinecker, a souligné les conséquences potentielles d’une politique de prix rigide en Suisse. Selon lui, le pays risque de se couper d’une partie des dernières avancées médicales si les prix des nouveaux médicaments ne sont pas revalorisés.

Schinecker explique que la Suisse bénéficie actuellement d’un statut de pays de référence pour la fixation des prix des médicaments aux États-Unis. L’administration américaine attend désormais que des pays comme la Suisse assument une part plus équitable du financement de la recherche et du développement de nouveaux traitements, en proportion de leur richesse. Il a précisé :

« Si un pays a un produit intérieur brut (PIB) par habitant inférieur de 50 % à celui des États-Unis, le gouvernement américain reconnaîtra comme comparable la moitié du prix dans ce pays. »

Thomas Schinecker, PDG du groupe Roche

Inversement, si le PIB par habitant est supérieur à celui des États-Unis, une augmentation correspondante des prix est attendue. Roche estime que cette contribution financière est essentielle pour maintenir son niveau d’investissement en recherche et développement, ainsi que son impact économique en Suisse, notamment en termes de recettes fiscales et de création d’emplois.

Le patron de Roche a également précisé que les thérapies déjà disponibles sur le marché ne seraient pas concernées par cette augmentation progressive des prix. Il s’agirait plutôt d’une contribution aux investissements nécessaires pour développer de nouvelles solutions thérapeutiques. Schinecker s’attend à ce que ces ajustements de prix s’échelonnent sur les prochaines années.

Cette question des prix des médicaments pourrait également se retrouver au cœur des négociations commerciales entre la Suisse et les États-Unis. Selon Roche, les États-Unis considèrent les rabais obligatoires pratiqués en Suisse sur les médicaments américains comme une entrave au commerce et à l’innovation, et pourraient envisager d’ouvrir une enquête à ce sujet.

Interrogée sur le sujet, la ministre de la Santé Elisabeth Baume-Schneider s’est montrée ouverte à la discussion sur un nouveau modèle tarifaire, tout en assurant que cela ne se traduirait pas nécessairement par une hausse généralisée des prix ou une augmentation des primes d’assurance maladie. Elle a déclaré que la baisse des prix des médicaments aux États-Unis ne serait pas répercutée sur les assurés suisses.

Récemment, neuf entreprises pharmaceutiques, dont Genentech (filiale de Roche) et Novartis, ont conclu un accord avec le gouvernement américain pour réduire les prix de certains médicaments sur le marché américain. En contrepartie, elles bénéficieront d’une exemption de droits de douane pendant trois ans. Schinecker a toutefois tenu à souligner que les prix des nouveaux médicaments ne sont pas la cause principale de l’augmentation des primes d’assurance maladie en Suisse, estimant que les Suisses dépensent en moyenne 37 francs suisses par personne et par mois pour les médicaments innovants.

You may also like

Leave a Comment