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Pékin grand gagnant de 2025

by Clara Dubois

Publié le 21 décembre 2025 18h14. Alors que l’attention médiatique mondiale reste focalisée sur les initiatives de Donald Trump, c’est la Chine qui semble tirer le plus grand profit de son retour à la Maison Blanche, consolidant sa position économique et technologique sur la scène internationale.

  • La Chine a su anticiper et contrer la guerre commerciale lancée par Trump, obtenant des concessions significatives.
  • Pékin renforce son avance dans le domaine de l’intelligence artificielle grâce à l’accès à des technologies clés et à une production d’énergie moins coûteuse.
  • La politique isolationniste de Trump affaiblit les alliances occidentales, offrant à la Chine de nouvelles opportunités géopolitiques.

L’année 2025 aura été marquée par une dynamique surprenante : alors que le monde suivait de près les décisions parfois imprévisibles de Donald Trump, c’est la Chine qui a su en tirer le plus grand parti. Pékin a démontré une capacité remarquable à anticiper les mouvements de l’administration américaine et à transformer les défis en opportunités.

Dès le lancement de la guerre commerciale par Trump en avril, la Chine s’est préparée à riposter. Non seulement Pékin a imposé des droits de douane réciproques, mais elle a également restreint l’exportation de terres rares, des matières premières essentielles à la fabrication de nombreux produits technologiques occidentaux. Cette stratégie a rapidement porté ses fruits, contraignant Trump à accepter une réduction mutuelle des droits de douane de 145 points de pourcentage. Sur les marchés financiers, cette capitulation a été moquée sous le nom de « commerce TACO » (Trump Always Chickens Out – Trump finit toujours par reculer), mais Pékin a continué d’utiliser l’arme des terres rares pour obtenir de nouvelles concessions lors d’un sommet avec Xi Jinping en octobre.

L’administration Trump a cédé sur un autre front crucial en autorisant Nvidia à exporter ses puces H200 vers la Chine. Cette décision, qui met fin à des années de restrictions visant à freiner les progrès chinois dans le domaine de l’intelligence artificielle, intervient après la démonstration de force de la startup chinoise DeepSeek en janvier. DeepSeek a lancé un modèle d’IA aussi performant que ChatGPT d’OpenAI, mais à un coût considérablement inférieur, signalant un rattrapage rapide de la Chine. Certains craignent que cette décision n’accélère encore davantage les progrès chinois dans ce domaine stratégique.

Les raisons qui ont poussé Trump à renoncer à cet avantage négociateur restent obscures. Certains évoquent la crainte que la Chine ne développe ses propres puces d’IA haut de gamme, menaçant ainsi la position dominante des États-Unis dans la chaîne d’approvisionnement technologique mondiale. Jensen Huang, le patron de Nvidia, avait d’ailleurs mis en garde contre ce risque. D’autres suggèrent que Trump a pu être séduit par la perspective d’obtenir une réduction de 25 % sur toutes les ventes de puces H200 à la Chine. Quoi qu’il en soit, cette décision renforce considérablement la position de la Chine dans la course à la suprématie en matière d’IA.

Parallèlement, la politique énergétique erratique de Trump offre à la Chine un second avantage majeur dans la course à l’IA. Les centres de données nécessaires au développement de l’IA nécessitent d’énormes quantités d’électricité. L’interdiction par Trump des nouveaux projets d’énergies renouvelables et la suppression des incitations aux énergies propres risquent de désavantager l’Amérique sur le plan énergétique. Les prix de l’électricité aux États-Unis sont déjà en hausse en raison d’une demande supérieure à la capacité de production. La Chine, quant à elle, a installé deux fois plus d’énergie solaire que le reste du monde réuni et est en passe de devenir le premier pays au monde à produire de l’électricité à partir de sources propres.

Enfin, la politique isolationniste de Trump a affaibli les alliances occidentales, offrant à la Chine de nouvelles opportunités géopolitiques. En imposant des tarifs douaniers à ses alliés, en remettant en question leurs garanties de sécurité et en menaçant de s’immiscer dans leur politique intérieure, Trump a créé des tensions au sein de l’alliance occidentale, un pilier de la puissance américaine. La Russie, alliée de la Chine, profite également de la tentative de Trump d’imposer un accord de paix unilatéral à l’Ukraine, tandis que de nombreux pays du Sud, notamment l’Inde, cherchent à renforcer leurs liens avec Pékin.

Cependant, la Chine n’est pas exempte de défis. Son vaste excédent commercial, qui a atteint 1 000 milliards de dollars l’année dernière malgré les guerres commerciales de Trump, suscite des inquiétudes croissantes. Sa domination dans le secteur manufacturier menace de délocaliser les industries d’Allemagne et d’Italie, avec lesquelles elle est désormais en concurrence directe. L’Allemagne a d’ailleurs importé plus de biens d’équipement de Chine qu’elle n’en a exporté l’année dernière. À moins que la Chine ne contribue à réduire ces déséquilibres, d’autres pays pourraient adopter des mesures protectionnistes.

La Chine est également confrontée à des difficultés internes, notamment les conséquences de l’éclatement de sa bulle immobilière et à une augmentation des créances irrécouvrables des entreprises en raison d’un surinvestissement massif et d’une concurrence acharnée. Ces facteurs contribuent à une hausse du chômage, en particulier chez les jeunes. Malgré ces défis, avec l’aide indirecte de Donald Trump, il semble risqué de parier contre la Chine en 2026.

Simon Nixon est un journaliste et commentateur indépendant sur l’économie politique et la géoéconomie britannique, européenne et internationale.

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