L’annonce surprise du président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, accusant la Maison Blanche de tentatives d’ingérence dans la politique monétaire, n’a eu qu’un impact limité sur les marchés financiers. Malgré des inquiétudes persistantes concernant l’indépendance de la banque centrale, les investisseurs semblent pour l’instant rester de marbre.
La vidéo diffusée dimanche dernier, dans laquelle M. Powell dénonce des pressions visant à abaisser les taux d’intérêt, avait suscité une onde de choc. Pourtant, les réactions initiales – une vente coordonnée d’actions, d’obligations du Trésor et du dollar observée en avril – ne se sont pas reproduites. Au contraire, le dollar américain affiche même une légère tendance à la hausse, soutenu par des indicateurs économiques plus robustes que prévu.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce calme apparent. En premier lieu, la situation économique n’a pas fondamentalement changé depuis la publication de la vidéo. Cependant, le geste même du président de la Fed, appuyé par ses homologues internationaux, suggère que la question de l’indépendance de la banque centrale pourrait ne pas être close.
Par ailleurs, les craintes exprimées l’été dernier concernant une possible politisation de la Fed ne se sont pas concrétisées. Les gouverneurs nommés par l’administration Trump, Christopher Waller et Michelle Bowman, n’ont pas rejoint les appels à une baisse rapide des taux. Les tentatives de destitution de certains membres du conseil d’administration sont restées limitées à une bataille juridique en cours concernant la gouverneure Lisa Cook, dont l’affaire sera examinée par la Cour suprême la semaine prochaine.
Enfin, et peut-être surtout, le contexte inflationniste actuel joue un rôle déterminant. L’indépendance de la Fed semble moins cruciale lorsque la banque centrale est déjà en train d’assouplir sa politique monétaire. Les données de décembre ont été étonnamment modérées, et les prix de certains biens, comme les équipements audio et les meubles, sont même en baisse. Les loyers et les services, qui représentent une part importante de l’inflation, devraient continuer à ralentir en 2026, selon les prévisions.
James Knightley, analyste financier, s’attend toujours à des baisses de taux en mars et en juin, même si les marchés ont déjà largement intégré cette possibilité. Cependant, il souligne que la politique budgétaire pourrait devenir un facteur clé en 2026, avec des mesures envisagées par l’administration Biden pour réduire le coût de la vie, telles que l’achat de titres adossés à des créances hypothécaires et le plafonnement des taux des cartes de crédit.
La décision imminente de la Cour suprême concernant l’utilisation par le président des pouvoirs d’urgence pour imposer des tarifs douaniers est également à surveiller. Une décision pourrait être rendue dès mardi ou mercredi prochain, mais il est possible qu’elle soit reportée à fin février. La plupart des observateurs s’attendent à ce que la Maison Blanche perde son recours, mais il est probable que le président tente de rétablir des barrières tarifaires par d’autres moyens.
En Europe, l’attention se porte sur l’Allemagne, où les investissements massifs prévus dans l’industrie pourraient stimuler la croissance. Les commandes industrielles sont en hausse et les anticipations de production s’améliorent. Les chiffres PMI de la semaine prochaine donneront une indication plus précise de l’ampleur de ce changement de dynamique. Carsten Brzeski, économiste, compare cette situation à un « effet de bouteille de ketchup » ou à des grains de pop-corn qui éclatent, soulignant l’accélération de l’activité économique.
Cependant, l’espoir d’une nouvelle baisse des taux de la Banque centrale européenne (BCE) s’éloigne. Les marchés ont pratiquement intégré l’absence d’assouplissement monétaire supplémentaire. Si les données allemandes restent positives, la question d’une première hausse des taux de la BCE pourrait se poser à l’avenir.
Bien entendu, la situation géopolitique reste un facteur d’incertitude. Les tensions actuelles n’ont pas encore entraîné une forte hausse des prix de l’énergie, grâce à un excédent pétrolier. Mais si la situation continue d’évoluer, il est difficile de prévoir les conséquences.