Le budget britannique dévoilé hier a suscité un soulagement sur les marchés, mais une analyse plus approfondie révèle des fragilités persistantes et une stratégie de gestion de la dette qui pourrait bien influencer les politiques européennes.
Si la marge budgétaire a considérablement augmenté, passant de 9 milliards de livres sterling à 22 milliards de livres sterling (environ 25,7 milliards d’euros), cet assouplissement est largement attribuable à des prévisions révisées de l’Office for Budget Responsibility. L’essentiel des mesures d’austérité est reporté, avec un impact limité avant 2026, ce qui laisse présager de nouveaux débats budgétaires à l’avenir.
Les investisseurs en gilts (obligations d’État britanniques) ont favorablement accueilli les annonces, ce qui s’est traduit par une légère baisse des rendements. Cependant, ce mouvement pourrait être en partie dû à un positionnement prudent, les investisseurs anticipant un risque de manque de crédibilité du budget. Pour l’heure, un certain apaisement est perceptible, mais l’incertitude pourrait rapidement revenir.
Un élément clé de cette stratégie budgétaire réside dans la modification de la structure des émissions de gilts. Le Debt Management Office (DMO), l’agence britannique de gestion de la dette, a considérablement réduit la part des émissions à long terme, la ramenant à 9,5 % contre 20 % l’année dernière et plus de 30 % en 2021. Cette décision vise à contenir les rendements, en réponse à la diminution de la demande des fonds de pension britanniques, qui évoluent vers des systèmes à cotisations définies.
Cette évolution pourrait inciter la zone euro à reconsidérer sa propre politique d’émission d’obligations à long terme. L’écart entre les rendements des obligations à 10 ans et à 30 ans s’est élargi d’environ 60 points de base, et pourrait continuer de croître. Les réformes des retraites en cours aux Pays-Bas, par exemple, devraient entraîner un désinvestissement massif des fonds de pension, avec une vente potentielle de 100 à 150 milliards d’euros d’obligations d’État à long terme, sur un marché total d’environ 900 milliards d’euros. Sans ajustements de l’offre, une pression à la hausse sur les rendements est donc à craindre.
Par ailleurs, les marchés resteront attentifs aux événements de ce côté de l’Atlantique, les États-Unis étant en vacances pour Thanksgiving. Les données de masse monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) pour le mois d’octobre, ainsi que les indicateurs de confiance économique de la Commission pour novembre, seront publiés. La BCE publiera également le compte rendu de sa dernière réunion de politique monétaire, où les taux d’intérêt ont été maintenus inchangés pour la troisième fois consécutive. Des interventions de responsables de la BCE, dont Villeroy, Cipollone et de Guindos, sont également prévues.
Au Royaume-Uni, le discours de Greene, de la Banque d’Angleterre (BoE), cet après-midi, sera particulièrement scruté à la lumière des récentes annonces budgétaires. Enfin, l’Italie lancera aujourd’hui une émission d’obligations et un nouveau titre à taux variable à 10 ans, pour un montant total de 9,5 milliards d’euros (environ 11,5 milliards de livres sterling).
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