Publié le 22 octobre 2025 23:56:00. Le groupe aérien Abra tente de prendre le contrôle total de la compagnie chilienne Sky Airline, en négociant activement le sort d’une obligation convertible qui pourrait lui donner une participation majoritaire dans la société.
Abra Group, maison mère des compagnies aériennes Gol, Avianca et Wamos, est déterminé à consolider sa position au sein de Sky Airline. Des discussions intenses sont en cours avec la compagnie chilienne, centrées sur une question cruciale : le devenir d’une obligation convertible arrivant à échéance dans un an.
La crise aérienne provoquée par la pandémie de Covid-19 a contraint Sky Airline à explorer différentes options pour faire face à l’incertitude. En septembre 2021, elle a émis une obligation de 70 millions de dollars américains (environ 64 millions d’euros), acquise par le groupe Abra via la société Andes Limited. Cette dette, dont la valeur actuelle est estimée à près de 90 millions de dollars américains (environ 82 millions d’euros), arrivera à échéance en octobre 2026.
L’obligation inclut une clause permettant à Abra de la convertir en actions, lui conférant ainsi une participation de 41 % dans le capital de Sky Airline. Bien qu’Abra ait la possibilité d’exercer cette option à tout moment depuis la signature de l’accord d’achat, elle ne souhaite pas se limiter à une participation minoritaire.
L’objectif affiché par le groupe régional est désormais de détenir 100 % de Sky Airline, et des négociations en ce sens ont déjà commencé. En février dernier, Abra avait notifié à Sky son intention d’exercer l’option de conversion, ce qui aurait abouti à une participation de 98,64 % pour Andes Limited et de 58,63 % pour les actionnaires de Sky. Cette proposition a été rejetée par la famille Paulmann, actionnaire majoritaire de Sky, ouvrant la voie aux négociations actuelles.
Holger Paulmann, PDG de Sky Airline, mène personnellement les discussions. Il serait conseillé par les banquiers d’Hudson, la même société d’investissement qui avait conseillé lors de l’entrée d’IG4, un fonds de capital-investissement brésilien, au capital d’Adelco, pour un investissement de 57 millions de dollars (environ 52 millions d’euros) en échange de 50 % des parts. Il est à noter que le conseil des créanciers d’Adelco a rejeté son plan de réorganisation en août dernier, conduisant à la faillite de l’entreprise.
Les négociations entre Abra et la famille Paulmann s’annoncent difficiles et pourraient durer jusqu’à la dernière minute. Sky n’a pas encore défini sa stratégie, mais Abra mise sur la situation financière délicate de la compagnie aérienne pour obtenir une participation majoritaire sans avoir à recourir à la conversion de l’obligation.
Les chiffres révélés par Sky dans le cadre de litiges pour licenciements abusifs témoignent de sa situation financière complexe. Dans une réponse à une action en justice intentée en février 2025 suite à des licenciements en début de mois, l’entreprise a confirmé que sa situation financière n’était pas encore revenue à la normale depuis la pandémie.
« La cause du licenciement invoquée repose sur le fait que l’entreprise a subi une baisse significative de ses activités causée par différents facteurs, parmi lesquels des aspects économiques qui traînent depuis un an et qui nous permettent de voir dans les états financiers audités qu’il y a une perte accumulée, avant même octobre 2019 (date du début de l’épidémie sociale) et qui s’est considérablement accentuée avec la contingence de la crise sanitaire mondiale que nous vivons. Cela a conduit au déclin des opérations de Sky Airlines. »
Sky Airline, réponse à une action en justice
Sky Airline a déclaré avoir enregistré des pertes d’un million de dollars en 2021 et 2022, et de plus de 10 millions de dollars en 2023.
Malgré ces difficultés, Sky Airline souligne qu’elle ne se trouve pas dans une situation irréversible. L’entreprise a également été contrainte de renégocier les contrats avec ses fournisseurs, de reporter les paiements et de prolonger ses dettes, notamment en ce qui concerne l’acquisition de nouveaux avions.
Selon des sources proches des discussions, l’Ebitda de Sky Airline s’élève à environ 200 millions de dollars américains (environ 183 millions d’euros), mais ces ressources sont largement absorbées par le fonds de roulement, notamment les coûts de maintenance des avions. La dette globale de Sky Airline serait comprise entre 1 milliard et 1,2 milliard de dollars américains (environ 916 millions à 1,1 milliard d’euros), principalement constituée de locations d’avions.
