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Pour la dépression, la thérapie par messages est tout aussi efficace que les séances en ligne

by Sophie Martin

Publié le 2025-11-05 01:54:00. La pandémie de Covid-19 a accéléré le développement de la télésanté mentale, et une nouvelle étude américaine suggère que les échanges par messagerie instantanée pourraient être aussi efficaces que les séances vidéo pour traiter la dépression.

  • Une étude de l’Université de Washington compare l’efficacité de la thérapie par appel vidéo et par messagerie pour traiter la dépression.
  • Les résultats indiquent que les deux modalités offrent des taux de rémission similaires, remettant en question la nécessité de séances vidéo traditionnelles.
  • Les experts soulignent l’importance d’une mise en œuvre rigoureuse de la thérapie par messagerie pour garantir son efficacité.

La crise sanitaire a profondément modifié notre rapport à la santé mentale. Si elle a contribué à lever les tabous et à sensibiliser le public aux troubles psychologiques, elle a également stimulé l’innovation en matière de prise en charge thérapeutique. Parmi les évolutions les plus notables, l’essor de la consultation en ligne, initialement perçue comme une solution de repli, s’est imposée comme une alternative viable et accessible.

Avant 2020, les séances de psychothérapie par appel vidéo étaient rares. Le confinement, les restrictions de déplacement et la nécessité de maintenir une distance physique ont rapidement popularisé cette pratique. Mais au-delà de la simple adaptation, la thérapie à distance offre un potentiel unique, sans pour autant chercher à reproduire fidèlement le modèle traditionnel de la consultation en cabinet.

Une étude récente, publiée dans le JAMA Network Open, vient confirmer ce potentiel. Menée par le chercheur Michael Pullmann du Département de psychiatrie et des sciences du comportement de l’Université de Washington, elle compare l’efficacité de la thérapie par appel vidéo et de la thérapie par messagerie.

Cette dernière s’appuie sur une variété d’outils numériques : courriels, messageries instantanées comme WhatsApp, messages vocaux ou vidéo. Par rapport à la thérapie vidéo classique, elle présente plusieurs avantages. Elle offre une plus grande flexibilité et disponibilité – il n’est pas nécessaire d’attendre la prochaine séance pour aborder un problème – et permet de conserver une trace écrite des échanges, facilitant ainsi le suivi et la réévaluation.

Fort de ces observations, Michael Pullmann a émis l’hypothèse que la thérapie par messagerie serait plus efficace que la thérapie vidéo pour traiter la dépression. Pour tester cette hypothèse, il a mis en place un essai clinique en collaboration avec une plateforme de thérapie psychologique en ligne, recrutant 850 participants répartis équitablement entre les deux modalités.

Les participants du groupe « messagerie » recevaient des SMS ou des courriels via une plateforme sécurisée, auxquels les thérapeutes répondaient dans un délai compris entre 15 minutes et 14 heures. Ceux du groupe « vidéo » bénéficiaient de séances de psychothérapie en ligne d’une durée de 30 à 45 minutes.

Après cinq semaines de traitement, 23,3 % des patients avaient montré une amélioration significative de leur état. Ceux qui n’avaient pas répondu ont été réaffectés à l’autre modalité ou à une combinaison des deux. Au terme des 12 semaines, les chercheurs ont constaté que le pourcentage de patients ayant bénéficié d’une amélioration était similaire dans les deux groupes (environ 50 %). Le taux de rémission, c’est-à-dire la disparition des symptômes dépressifs, était également comparable : 31,4 % dans le groupe « messagerie » contre 30,3 % dans le groupe « vidéo ».

Les auteurs de l’étude suspectent que ces résultats pourraient être liés à ce qu’on appelle la « régression vers la moyenne », un phénomène statistique qui tend à faire disparaître les symptômes de manière spontanée avec le temps, comme c’est souvent le cas pour les rhumes. Cependant, ils écartent cette explication, car la rémission spontanée de la dépression est généralement moins fréquente que ce qui a été observé dans l’étude. Le phénomène du placebo pourrait également jouer un rôle.

Bien que l’hypothèse initiale ne soit pas confirmée, cette étude apporte un soutien important aux nouvelles formes de psychothérapie en ligne. Luis Miguel Real, psychologue spécialisé dans la pratique en ligne, souligne que « la thérapie en ligne a démocratisé l’accès à la santé mentale ». Il ajoute que « cette option permet de travailler avec des personnes vivant dans des zones rurales, ayant des horaires compliqués ou se sentant simplement plus à l’aise pour parler depuis leur domicile ».

Il reconnaît toutefois qu’il est plus difficile d’établir une « alliance thérapeutique » avec le patient en ligne, mais que cet obstacle disparaît généralement au cours des premières séances. Il estime que l’étude publiée dans le JAMA est « très pertinente. Le fait que la thérapie par messagerie (texte, audio ou vidéo) ait une efficacité comparable à la thérapie synchrone par appel vidéo ouvre la voie à de nouveaux formats plus flexibles ».

Il précise que « tout le monde ne peut ou ne veut pas avoir des séances de 50 minutes par semaine », et que cette alternative peut être particulièrement utile dans les cas légers ou modérés, ou en complément d’un traitement plus complet.

Cependant, il met en garde contre une mise en œuvre trop informelle de la thérapie par messagerie. « Il ne s’agit pas d’échanger des messages au hasard : il faut définir une fréquence, des délais de réponse, un type d’intervention, un suivi et des objectifs thérapeutiques ». Sans cette rigueur, il existe un risque de proposer une aide qui n’est ni une véritable thérapie, ni un simple accompagnement, mais un simple exutoire.

Nerea Palomares, qui combine les consultations en présentiel et en ligne, se montre plus prudente quant aux résultats de l’étude. « Je n’ai jamais pratiqué la thérapie par SMS, car il me semble qu’il manque trop d’éléments : le contexte, les regards, les expressions, l’intonation… ». Elle estime que cette modalité peut être utile en complément, mais pas constituer une thérapie à part entière.

Pour elle, ces éléments non verbaux sont essentiels, et elle reconnaît qu’il est « assez épuisant » pour le thérapeute de compenser leur absence, ce qui « a un coût en termes de fatigue ». Elle souligne que ce type de format pourrait être efficace dans le traitement de la dépression, dont le traitement est souvent cognitivo-comportemental, mais regrette l’absence de comparaison avec la thérapie en présentiel pour évaluer pleinement les avantages et les inconvénients de cette nouvelle modalité, encore peu répandue en Espagne.

Le Conseil Général de la Psychologie confirme que la thérapie en ligne s’est considérablement développée depuis la pandémie, ce qui a conduit à l’élaboration d’un guide pratique sur le sujet. Cependant, le format asynchrone, comme la thérapie par messagerie, reste peu pratiqué dans notre pays. Le présentiel reste la modalité la plus privilégiée et la plus répandue, malgré les nombreuses possibilités offertes par les nouvelles technologies. Le contact humain reste, en fin de compte, ce qui est le plus apprécié.

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