Home MondePourquoi de nombreux Grecs évitent de payer des impôts – The Irish Times

Pourquoi de nombreux Grecs évitent de payer des impôts – The Irish Times

by Clara Dubois

Publié le 29 décembre 2025 20:55:00. Alors que la démocratie est confrontée à des défis croissants à travers le monde, la Grèce, malgré un gouvernement stable, révèle des failles structurelles profondes, exacerbées par des inégalités socio-économiques et une dépendance au tourisme.

  • Un ancien ministre met en évidence un dysfonctionnement systémique au cœur de la gouvernance grecque.
  • Le contraste frappant entre la vitalité culturelle d’Athènes et la misère visible dans ses rues illustre un décalage entre les attentes sociales et la réalité.
  • L’émigration massive de jeunes diplômés grecs, à la recherche de meilleures opportunités, affaiblit le tissu économique et social du pays.

Le Forum d’Athènes sur la démocratie a récemment mis en lumière un recul global de la qualité et de la pratique démocratique. Si la Grèce bénéficie d’un gouvernement centriste fort et d’une opposition parlementaire limitée, des problèmes structurels persistent, notamment en matière de cohésion sociale et de perspectives d’emploi, fragilisant son système démocratique.

Tassos Giannitsis, ancien ministre du Travail et de la Sécurité sociale, estime que le problème grec est fondamentalement systémique :

« Le système de gouvernance lui-même s’attaque à lui-même et fonctionne à l’encontre du système auquel il appartient. »

Tassos Giannitsis, ancien ministre du Travail et de la Sécurité sociale

Cette analyse fait écho à un constat poignant dressé par le quotidien Kathimerini, qui décrit une scène désolante devant le Théâtre national d’Athènes.

Le journal observe une juxtaposition troublante : un symbole de la haute culture côtoyant

« un paysage de désespoir », où « les sans-abri et les toxicomanes occupent les rues environnantes, s’injectant devant les portes, se traînant le long des trottoirs fissurés ».

Kathimerini

Malgré la présence de plus de 30 théâtres florissants dans le même quartier, Kathimerini souligne que

« la vitalité de l’art ne peut effacer la misère visible des rues ».

Kathimerini

Un parallèle frappant peut être établi avec la situation en Irlande, où le nombre de sans-abri a atteint un niveau record fin novembre (28 novembre). Bien que les systèmes politiques grec et irlandais soient distincts, des similitudes socio-économiques sont indéniables. L’indépendance politique, acquise il y a 200 ans pour la Grèce et il y a un siècle pour l’Irlande, a offert bien plus que l’autonomie gouvernementale. Elle a permis aux métayers de devenir propriétaires et a favorisé l’émergence d’une classe moyenne aspirant à l’ascension sociale.

La principale différence entre les deux pays réside dans le tourisme et l’ensoleillement. L’économie grecque est fortement dépendante du tourisme, et le développement d’infrastructures hôtelières haut de gamme a suscité des critiques quant à l’exploitation lucrative de ses atouts naturels. Une part importante de ces bénéfices quitte le pays, de nombreuses stations balnéaires appartenant à des intérêts étrangers. Les récentes annonces gouvernementales en matière de tourisme n’ont pas suffi à apaiser ces critiques, ni à promouvoir une forme d’hospitalité grecque plus authentique.

Près de 25 % de la main-d’œuvre grecque est employée dans le secteur du tourisme. Cependant, le pays souffre d’une pénurie de compétences de haut niveau. Depuis 2009, environ 400 000 personnes âgées de 25 à 39 ans ont émigré, attirées par de meilleures conditions de travail, des salaires plus élevés et la possibilité d’échapper à une bureaucratie étouffante. Selon l’OCDE, les diplômés grecs restés dans le pays gagnent 35 à 40 % de moins que leurs homologues européens, même en tenant compte des différences de coût de la vie.

Le principal facteur incitant les professionnels grecs à rentrer au pays n’est pas économique, mais culturel. La famille, le lieu de résidence, le style de vie et, surtout, le sentiment d’appartenance culturelle – incarné par le café de quartier ou la place de la ville natale – exercent une forte attraction. Ces éléments doivent cependant rivaliser avec la bureaucratie, la corruption et le manque de formation dans les secteurs spécialisés.

Selon Giannitsis, l’écart entre les problèmes sociaux réels et la volonté politique de les résoudre est exacerbé par des enjeux mondiaux tels que les tensions géopolitiques, les pandémies et le changement climatique. Il souligne l’inadéquation entre les attentes sociales et la réalité, appelant à

« de nouvelles hiérarchies et de nouvelles perceptions et politiques »

Tassos Giannitsis, ancien ministre du Travail et de la Sécurité sociale

pour relever ces défis.

Cependant, la Grèce, avec son dynamisme social et son gouvernement profondément conservateur, semble, selon Giannitsis,

« incapable ou peu disposée, pour des raisons d’inefficacité ou d’intérêt personnel, à s’adapter ».

Tassos Giannitsis, ancien ministre du Travail et de la Sécurité sociale

Cette incapacité à s’adapter se manifeste clairement dans l’écart entre les salaires des fonctionnaires et ceux des travailleurs indépendants. Un fonctionnaire grec moyen – policier, enseignant, infirmier, médecin ou employé de la fonction publique locale – gagne environ 900 euros par mois, soit environ 50 % de son revenu brut. Un revenu insuffisant pour acquérir un logement. À Athènes, un fonctionnaire doit souvent cumuler un emploi du soir dans un bar ou un commerce de proximité pour payer son loyer. Cette situation encourage l’évasion fiscale.

Dans les commerces, la question « espèces ou carte ? » est fréquente, la transaction en espèces bénéficiant d’une réduction. Deux commerces que je fréquente quotidiennement proposent cette réduction, que je n’hésite pas à utiliser, tant pour mon propre intérêt que pour celui du commerçant.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.