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pourquoi le Japon – et non les États-Unis – est le partenaire naturel de l’Argentine au 21e siècle (Partie IV)

Publié le 24 octobre 2024. Le Japon s'affirme comme un modèle de coopération internationale distinct de celui des États-Unis, privilégiant le transfert de savoir-faire et l'investissement productif pour stimuler le développement économique, comme le démontrent ses partenariats avec…

pourquoi le Japon – et non les États-Unis – est le partenaire naturel de l’Argentine au 21e siècle (Partie IV)

Publié le 24 octobre 2024. Le Japon s’affirme comme un modèle de coopération internationale distinct de celui des États-Unis, privilégiant le transfert de savoir-faire et l’investissement productif pour stimuler le développement économique, comme le démontrent ses partenariats avec l’Indonésie, l’Australie et le Brésil.

  • La stratégie japonaise de développement extérieur repose sur la coopération technologique, l’investissement productif direct et le développement humain.
  • Les expériences avec l’Indonésie, l’Australie et le Brésil illustrent une croissance plus stable et équitable que les modèles de libre-échange américains.
  • L’Argentine pourrait bénéficier de cette approche, notamment dans le secteur du lithium et du gaz naturel liquéfié.

Depuis la période d’après-guerre, le Japon a développé une approche singulière en matière de coopération internationale, se distinguant par son accent sur le long terme et le bénéfice mutuel. Contrairement à l’expansion américaine, souvent axée sur les accords de libre-échange et la domination des marchés, le modèle japonais met l’accent sur le partage des connaissances, la coproduction et le renforcement des capacités locales.

Selon une analyse du ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) datant de 2023, cette stratégie s’articule autour de trois principes fondamentaux : la coopération technologique comme moteur de croissance, l’investissement productif direct – excluant la spéculation financière – et le développement humain et éducatif, considéré comme la base de toute industrialisation réussie.

Le cas Japon-Indonésie : énergie, mines et développement local

Depuis les années 1970, le Japon est un partenaire clé de l’Indonésie dans les secteurs de l’énergie et des mines. La Japan Oil, Gas and Metals National Corporation (JOGMEC) a financé plus de 30 projets dans les domaines du gaz naturel, du charbon et du nickel, tandis que des géants comme Mitsubishi et Sumitomo ont investi dans des raffineries et des usines pétrochimiques.

Entre 2000 et 2020, l’investissement japonais cumulé en Indonésie a dépassé les 70 milliards de dollars américains (environ 65 milliards d’euros), représentant 12 % de l’ensemble des investissements directs étrangers (IDE) du pays. Durant la même période, la production industrielle indonésienne a progressé en moyenne de 5,2 % par an, et la part des exportations manufacturières est passée de 32 % à 46 % du total des exportations.

Au-delà du financement, le Japon a également contribué au transfert de technologies pour une exploitation minière durable et a mis en place des programmes de formation technique. Des universités indonésiennes ont ainsi établi des partenariats avec des établissements japonais prestigieux tels que Tokyo Tech et Waseda.

Pour l’Argentine, cette expérience suggère qu’une coopération avec le Japon devrait privilégier l’industrialisation des ressources naturelles plutôt que leur simple extraction. Le modèle de financement japonais, qui lie les crédits à la production destinée à l’exportation, permet d’éviter le piège de l’endettement. Enfin, l’investissement dans le capital humain génère des effets durables sur la productivité nationale. Ces leçons pourraient être appliquées au Triangle du lithium (Jujuy-Catamarca-Salta) et à l’exploitation conjointe du gaz naturel liquéfié (GNL).

Le cas Japon-Australie : énergie propre et sécurité d’approvisionnement

L’Australie est un partenaire énergétique majeur du Japon depuis les années 1980. Cette alliance s’est formalisée avec la signature de l’ Accord de partenariat économique Japon-Australie (JAEPA) en 2014, mais elle repose sur des décennies de coopération dans les secteurs du gaz et des mines.

Le Japon représente 25 % des investissements directs étrangers australiens dans les secteurs minier et énergétique. Le commerce bilatéral a atteint 87 milliards de dollars américains en 2022. Des accords ont également été conclus pour le développement de l’hydrogène vert et de l’ammoniac, avec des entreprises telles que Kawasaki Heavy Industries et Woodside Energy. Cette coopération a généré plus de 250 000 emplois directs et a renforcé la position de l’Australie en tant que fournisseur d’énergie fiable pour l’Asie.

Le cas australien démontre que la coopération avec le Japon est compatible avec la souveraineté des ressources. Les projets restent sous juridiction nationale et les bénéfices sont réinvestis localement. L’Argentine pourrait s’inspirer de ce modèle pour le développement de l’ hydrogène vert en Patagonie, avec un financement et une technologie japonais. De plus, l’Australie a utilisé sa coopération avec le Japon pour diversifier son commerce extérieur et réduire sa dépendance vis-à-vis du marché chinois, une stratégie que l’Argentine pourrait également adopter pour équilibrer sa balance commerciale.

Le cas Japon-Brésil : industrialisation et coopération technologique

Le Brésil est le partenaire latino-américain le plus important du Japon. Depuis 1958, les deux pays ont signé plus de 60 accords de coopération technique et industrielle. Le Programme de coopération nippo-brésilien pour le développement de l’Amazonie (1978-1987) a marqué une étape importante dans la planification conjointe.

Les investissements japonais au Brésil dépassent les 50 milliards de dollars américains. Plus de 700 entreprises japonaises y sont implantées, notamment dans les secteurs de l’automobile, de la chimie, de l’électronique, de la biotechnologie agricole et des énergies renouvelables. Des instituts technologiques binationaux, comme le Centre technologique JICA-Embrapa pour les biocarburants, ont également été créés.

Les liens culturels sont également forts, avec plus de 2 millions de Nikkei brésiliens qui facilitent la coopération commerciale et humaine. Le succès du Japon au Brésil repose sur trois principes reproductibles pour l’Argentine : le transfert de technologie avec un développement local des fournisseurs, le financement à long terme avec un rendement productif et le respect mutuel de la souveraineté et de l’identité nationale. Ces éléments confirment que la coopération japonaise n’impose pas de conditions politiques ou idéologiques.

En conclusion, les cas de l’Indonésie, de l’Australie et du Brésil confirment que la coopération japonaise favorise un développement industriel durable et remet en question l’idée que le libre-échange avec les États-Unis est la seule voie vers la prospérité. Le Japon ne recherche pas un nouveau marché, mais un partenaire productif fiable, tandis que l’Argentine a besoin d’un allié technologique, et non d’un simple créancier. Le modèle ARGENJAPANS offre ainsi une opportunité de transformer la dépendance en interdépendance et la vulnérabilité en puissance régionale.

Directeur de la Fondation Esperanza et du cabinet de conseil Hace.com.ar, professeur de troisième cycle à l’Université de Buenos Aires et à l’UADE Business School, master en politique économique internationale, docteur en sciences politiques, auteur de six livres.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.