Home AffairesPourquoi le travail d’intérêt général pourrait être l’outil de prévention du crime le plus efficace d’Irlande et de Wexford

Pourquoi le travail d’intérêt général pourrait être l’outil de prévention du crime le plus efficace d’Irlande et de Wexford

by Amélie Bernard

Publié le 2024-10-27 14:30:00. Les alternatives à l’emprisonnement, comme le travail d’intérêt général, se révèlent efficaces pour réduire la récidive en Irlande, mais leur utilisation reste limitée, selon une haute responsable des prisons.

  • Le travail d’intérêt général affiche un taux de récidive de seulement 23 %, comparativement à 30 % pour une probation classique et un pourcentage plus élevé pour les peines de prison.
  • Des révisions récentes ont confirmé que le travail d’intérêt général est sous-utilisé et que son potentiel n’est pas pleinement exploité par le système judiciaire irlandais.
  • Une nouvelle proposition législative vise à augmenter la durée maximale du travail d’intérêt général à 480 heures et à l’étendre à des infractions plus graves.

Fíona Ní Chinnéide, directrice adjointe des prisons et de la réinsertion, insiste sur la nécessité de changer les pratiques actuelles. Elle souligne que la probation, lorsqu’elle est basée sur des données probantes, est un outil puissant pour favoriser la réhabilitation. « La probation est au cœur de la croyance dans la capacité des gens à apporter un changement positif, mais ce qui est important, c’est que cela soit basé sur des preuves et une approche éclairée par des preuves. Les données nous disent que cela fonctionne », a-t-elle déclaré.

Les statistiques du Bureau central des statistiques (CSO) confirment ces observations. Les personnes condamnées à effectuer des travaux d’intérêt général (travaux non rémunérés au profit de la communauté) ont un taux de récidive significativement plus faible que celles soumises à une probation classique ou à une peine de prison. Concrètement, seulement 23 % des personnes ayant effectué un travail d’intérêt général récidivent, contre 30 % pour la probation et un pourcentage plus élevé pour l’incarcération.

Pourtant, selon Mme Ní Chinnéide, le potentiel de cette sanction alternative n’est pas suffisamment exploité. Trois examens réalisés entre 2021 et 2024 ont mis en évidence une sous-utilisation du travail d’intérêt général. Actuellement, un juge peut ordonner un rapport sur la possibilité d’effectuer un travail d’intérêt général avant de prononcer une peine. Si cette option est jugée appropriée, le juge peut imposer entre 40 et 240 heures de travail non rémunéré à accomplir dans un délai de 12 mois.

Bien que la loi de 2011 oblige les juges à envisager le travail d’intérêt général en alternative à une peine de prison de 12 mois ou moins, le nombre de telles ordonnances a diminué depuis l’entrée en vigueur de cette législation. Pour inverser cette tendance, le ministre de la Justice prévoit de présenter une nouvelle proposition législative. Celle-ci augmenterait la limite maximale du travail d’intérêt général à 480 heures et prolongerait la durée d’exécution à deux ans, afin d’encourager son utilisation pour des infractions plus graves.

Mme Ní Chinnéide souligne l’importance de la dimension communautaire de cette sanction : « Le mal est commis dans une communauté, la récompense communautaire est donc importante ». Elle précise que le travail d’intérêt général est particulièrement adapté aux primo-délinquants ayant un emploi et un logement stables, sans problèmes sociaux majeurs. Dans ces cas, il est souvent moins dommageable que l’emprisonnement.

Cependant, elle reconnaît également que le travail d’intérêt général peut être bénéfique pour les personnes issues de milieux défavorisés, confrontées à des problèmes de toxicomanie ou d’exclusion sociale. Il peut leur offrir une structure et une voie vers la réinsertion. En 2024 seulement, plus de 22 000 heures de travail non rémunéré ont été effectuées par des personnes en service d’intérêt général dans toute l’Irlande, contribuant ainsi au bien public pour une valeur estimée à 2,5 millions d’euros. Ces travaux incluent l’élimination des graffitis, le jardinage et la collaboration avec des organisations caritatives et des services locaux.

Le système compte 50 superviseurs de services communautaires répartis dans tous les comtés, avec un renforcement des effectifs à Dublin et Cork. Ces superviseurs travaillent en étroite collaboration avec les personnes condamnées, modélisant un comportement prosocial et leur enseignant de nouvelles compétences. Des projets concrets illustrent l’impact positif de ces initiatives : à Cavan, des personnes en service d’intérêt général ont créé un jardin dans un centre résidentiel pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, suscitant l’enthousiasme des résidents. À Cork et Dublin, un bus anti-graffiti intervient quotidiennement pour éliminer les tags.

Parallèlement, les services de probation mettent l’accent sur la justice réparatrice, un processus permettant aux victimes et aux délinquants de dialoguer dans un cadre structuré et volontaire. « L’objectif n’est pas nécessairement de rétablir la relation, mais plutôt de permettre à la partie lésée de poser des questions et de discuter de l’impact que cela a eu sur elle », explique Mme Ní Chinnéide. Elle ajoute que la justice réparatrice offre aux victimes un sentiment de clôture et que les niveaux de satisfaction sont très élevés.

Des services de justice réparatrice sont désormais disponibles dans chaque comté, notamment grâce au projet Cornmarket à Wexford, et sont soutenus par une nouvelle stratégie triennale du ministère de la Justice.

Mme Ní Chinnéide insiste sur le fait que la réduction de la récidive ne se limite pas à l’application de sanctions. Il est essentiel de s’attaquer aux causes profondes de la criminalité, notamment les problèmes de toxicomanie, de santé mentale et de logement. Les statistiques révèlent que 81 % des personnes suivies par les services de probation ont des antécédents d’abus de drogues ou d’alcool, et que 50 % d’entre elles souffrent d’une double dépendance (drogues et alcool). De plus, la prévalence des problèmes de santé mentale est deux fois plus élevée chez les personnes en probation, en particulier chez les femmes.

L’accès au logement est également un défi majeur. « Les difficultés d’accès à un logement stable et sûr, tant à la sortie de prison qu’en probation, affectent l’ensemble de la société », souligne-t-elle. « Parfois, l’expérience même d’être sans abri rend un individu plus susceptible de commettre des infractions à l’ordre public. »

Pour répondre à ces enjeux, le ministère de la Justice collabore étroitement avec le ministère de la Santé au sein d’un groupe de travail conjoint. Le projet Community Access Support Team (CAST), lancé fin 2024 dans la division Limerick Garda, est un partenariat entre An Garda Síochána et les services de santé mentale HSE Mid West. Il vise à améliorer la prise en charge des personnes en crise et à réduire les interactions avec les services d’urgence.

Bien que la prison reste nécessaire dans certains cas, Mme Ní Chinnéide estime que les courtes peines d’emprisonnement (moins de 12 mois) sont souvent contre-productives. « Chaque année, plus de 3 000 personnes sont envoyées en prison pour moins de 12 mois », déplore-t-elle. « Nous aimerions voir ce chiffre inversé. Nous voulons des communautés plus sûres, et une punition efficace doit tenir compte de ce qui se passera ensuite. Parce que lorsque les gens ne récidivent pas, nous en bénéficions tous, moins de crimes signifie moins de victimes. »

Face à la pression croissante sur le système de justice pénale, les services de probation ont bénéficié d’une augmentation de 10 % de leurs effectifs, une mesure positive qui nécessite toutefois des investissements supplémentaires. En fin de compte, la clé de la réduction de la criminalité réside dans une approche globale, combinant des sanctions adaptées, un soutien aux personnes vulnérables et le renforcement des communautés.

Financé par le Court Reporting Scheme

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