Le Chili connaît une recrudescence inhabituelle de virus respiratoires en dehors de la saison hivernale habituelle, mettant à rude épreuve le système de santé et suscitant l’inquiétude des spécialistes. La circulation simultanée de la grippe A, du rhinovirus et d’autres agents infectieux est attribuée à une immunité collective modifiée et à une couverture vaccinale insuffisante.
Selon les données de l’Institut de Santé Publique (ISP) pour la semaine épidémiologique 45/2025, plus de la moitié des tests respiratoires (50,7%) se sont avérés positifs, soit 2 201 virus détectés sur 4 008 échantillons analysés. La grippe A domine avec 36,9% des cas (812), suivie du rhinovirus (24,8%) et du parainfluenza (10,6%). Les experts rappellent que la grippe peut entraîner des complications graves, telles que la pneumonie et l’inflammation systémique, et nécessiter une prise en charge rapide.
Le Dr Allan Mixa, président de la Société Chilienne de Médecine d’Urgence (SOCHIMU), explique que cette situation est le résultat de plusieurs facteurs interdépendants. « La pandémie de Covid-19 et les mesures associées – port du masque, distanciation sociale, restrictions de mobilité – ont altéré l’immunité collective et les schémas d’exposition de la population. La levée de ces mesures expose désormais un groupe de personnes moins immunisées, ce qui peut expliquer la propagation actuelle des virus », a-t-il déclaré.
Il ajoute que les virus respiratoires semblent s’être « réadaptés », rompant avec leur saisonnalité traditionnelle, un phénomène observé dans d’autres pays après la pandémie de SRAS-CoV-2. « L’arrivée d’un nouveau virus comme le SARS-CoV-2 a également contribué à ces changements », précise-t-il.
Cette tendance avait déjà été anticipée par les autorités sanitaires nationales et l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS), qui avaient mis en garde contre des schémas irréguliers, la co-circulation de plusieurs virus respiratoires et des vagues épidémiques prolongées.
Les enfants, les personnes âgées et les adolescents sont particulièrement vulnérables en raison d’une immunité affaiblie, d’une faible couverture vaccinale et d’une exposition irrégulière aux virus au cours des dernières années. Cette situation exerce une pression accrue sur les soins primaires et les services d’urgence.
SOCHIMU insiste sur l’importance de la vaccination, en particulier pour les groupes à risque et les personnes qui n’ont pas été vaccinées lors de la dernière campagne hivernale. L’organisation recommande également d’anticiper le lancement de la prochaine campagne de vaccination.
Par ailleurs, un renforcement de la surveillance virologique, des diagnostics rapides et des mesures préventives est essentiel. Les citoyens sont encouragés à adopter des gestes simples mais efficaces : éviter de fréquenter les autres en cas de symptômes, porter un masque dans les lieux bondés ou les transports en commun, protéger les personnes âgées et les personnes immunodéprimées, et maintenir une hygiène rigoureuse des mains.
Concernant l’évolution de la situation dans les mois à venir, le Dr Mixa souligne qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. « Il est difficile de prédire le comportement futur des virus. Ce changement dans la circulation virale ne se limite pas au Chili, des phénomènes similaires ayant été signalés dans d’autres pays. Il est donc possible que cette situation se reproduise l’année prochaine et devienne la nouvelle norme », a-t-il conclu. SOCHIMU estime que l’information du public, le renforcement de la vaccination et la protection des établissements de soins pour les personnes âgées sont des mesures clés pour réduire la demande de soins et éviter les hospitalisations inutiles.
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