L’Iran est le théâtre de manifestations d’une ampleur inédite depuis plus de deux semaines, secouées par une crise économique profonde et un mécontentement social croissant. La répression des autorités a déjà fait au moins 116 morts, selon les estimations, tandis que le président américain Donald Trump a mis en garde contre une possible intervention américaine.
Les protestations, qui se sont propagées à 31 provinces du pays, ont débuté le 28 décembre en réaction à une nouvelle politique de tarification de l’essence subventionnée, entraînant une hausse significative des prix. Elles ont rapidement dépassé le cadre de cette mesure économique pour exprimer une colère accumulée face à des décennies de corruption, de mauvaise gestion et de difficultés économiques. L’inflation annuelle avoisine les 40 %, et le rial iranien continue de perdre du terrain, atteignant plus de 1,4 million pour 1 dollar américain (1,50 $).
Le gouvernement iranien a coupé l’accès à Internet et aux réseaux téléphoniques le 28 décembre, dans une tentative de limiter la diffusion d’informations et de coordonner la répression. Malgré ces restrictions, de nombreux Iraniens ont réussi à contourner les blocages grâce à l’utilisation de Starlink et de réseaux privés virtuels.
L’agence américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA) chiffre à 544 le nombre de morts et à plus de 10 600 le nombre d’arrestations. La Fondation pour la défense des démocraties estime quant à elle que plus de 750 manifestations ont eu lieu au cours des quinze derniers jours.
La mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans décédée en garde à vue en septembre 2022 après avoir été arrêtée pour infraction au code vestimentaire iranien, a constitué un point de bascule. Son décès a déclenché le mouvement « Femmes, Vie, Liberté », qui réclame la fin de l’oppression des femmes et une transformation profonde du régime.
L’Iran est une théocratie depuis la révolution islamique de 1979, dirigée par l’ayatollah Ruhollah Khomeini. L’actuel guide suprême, Ali Khamenei, exerce le pouvoir depuis plus de trois décennies. Certains manifestants appellent au retour de Reza Pahlavi, le fils de l’ancien roi Mohammad Reza Pahlavi, exilé aux États-Unis.
Donald Trump a averti que les États-Unis pourraient intervenir militairement si la situation en Iran continue de se détériorer. Il a déclaré que les États-Unis « viendront à leur secours » si le régime iranien « tue violemment des manifestants pacifiques ». Il a également évoqué la possibilité de recourir à la force, tout en excluant pour l’instant l’envoi de troupes américaines sur le terrain.
En réponse, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a menacé d’attaquer des bases militaires américaines dans la région ou de cibler Israël en cas d’attaque américaine contre l’Iran. Le régime iranien a également cessé de qualifier les manifestants d’« émeutiers » pour les désigner comme des « terroristes », les accusant d’agir pour « plaire » aux États-Unis. L’Institut pour l’étude de la guerre estime que cette rhétorique indique une volonté du régime d’adopter une ligne dure pour justifier une répression accrue.
« Cette colère vient du sentiment que le pays est abandonné, comme si personne n’avait l’intention d’arrêter l’effondrement, l’instabilité ou la flambée des prix », a déclaré à ABC début janvier un Iranien souhaitant rester anonyme, Babak*. « On a l’impression que rien de tout cela n’a d’importance pour le pouvoir en place, et que personne ne fait le moindre effort pour reconnaître les groupes à faible revenu qui constituent la majorité de la société. »