Publié le 17 novembre 2025 à 12h33. De la rébellion adolescente aux défilés de mode, le port de vêtements traditionnellement associés à l’autre sexe continue de questionner les normes sociales et les identités de genre, un phénomène qui trouve des échos dans l’histoire de la mode et de la culture punk.
- Les jeunes ont toujours utilisé la mode comme un moyen d’expression et de contestation, et le choix vestimentaire peut être perçu comme une forme de rébellion contre les attentes familiales et sociales.
- L’exposition « Dirty Looks : Desire and Decadence in Fashion » au Barbican de Londres met en lumière l’histoire de la mode comme moyen de subversion et de remise en question des normes établies.
- Des artistes comme Vivienne Westwood et Malcolm McLaren, ainsi que des groupes comme Virgin Prunes, ont utilisé l’esthétique vestimentaire pour exprimer leur opposition aux conventions et aux structures de pouvoir.
En 2025, un adolescent peut ainsi choisir de défier son père, entraîneur de football intransigeant, en adoptant un style vestimentaire jugé non conventionnel. Ce geste, loin d’être anodin, s’inscrit dans une longue tradition de rébellion juvénile où l’apparence devient un moyen d’affirmer son individualité et de contester l’autorité.
Cette dynamique est au cœur de l’étude des cultures de la jeunesse, comme l’ont souligné Stuart Hall et Tony Jefferson du Centre d’études culturelles contemporaines (CCCS) de Birmingham. Ils ont théorisé la notion de « résistance à travers des rituels », soulignant que les jeunes, disposant d’un pouvoir limité, utilisent les vêtements et d’autres formes d’expression culturelle pour défier les systèmes en place, qu’ils soient familiaux, institutionnels ou politiques. La mode, ou plutôt l’« anti-mode », devient alors un langage codé, une manière de donner « les deux doigts » à un ordre établi perçu comme restrictif.
L’exposition « Dirty Looks : Desire and Decadence in Fashion », présentée au Barbican de Londres, illustre parfaitement cette idée. Elle retrace cinquante ans de manifestations rebelles à travers la mode, en mettant en avant des créateurs des années 1970 qui cherchaient à remettre en question les normes de beauté conventionnelles et les codes de comportement prescrits. La collection « Nostalgia of Mud » de Vivienne Westwood et Malcolm McLaren, datant de l’automne-hiver 1982, en est un exemple frappant. Elle constituait un défi vestimentaire à une mode post-industrielle, jugée trop uniforme et artificielle.
L’expression « nostalgie de la boue » a été inventée en 1855 par le dramaturge français Émile Augier et reprise de manière satirique par l’écrivain américain Tom Wolfe dans son article de 1970 « Radical Chic », publié dans le magazine New York. Elle décrit le désir, chez les habitants des sociétés industrialisées, de retourner à un monde rural, rustique ou « primitif ».
Cette sensibilité post-punk se retrouve également dans le travail de groupes comme Virgin Prunes. Dans le podcast « Desert Island Dress », Gavin Friday, ancien chanteur du groupe, a évoqué une séance photo réalisée dans les montagnes de Wicklow pour l’album If I Die, I Die. Le groupe cherchait à créer une esthétique tribale et terreuse, reflétant le ton de leur musique. Friday a choisi sa jupe noire et blanche faite main, portée sur la couverture de leur premier album, comme l’un des quatre vêtements qu’il emporterait sur une île déserte, se remémorant un Dublin « rude et dur » où le punk rock, accessible grâce à sa philosophie DIY, offrait une voie d’expression.

Comme le disait Oscar Wilde, « Donnez-lui un masque et il vous dira la vérité. » Le port de vêtements transgressifs, qu’il s’agisse d’une jupe pour un homme ou d’une robe pour un adolescent en colère, devient alors un moyen de révéler une vérité plus profonde sur soi-même et sur le monde qui nous entoure. Des figures emblématiques comme David Bowie et Mick Jagger ont déjà exploré cette voie, remettant en question les normes de genre à travers leurs choix vestimentaires. Selon les critiques musicaux Simon Reynolds et Joy Press, dans leur ouvrage « Sex Revolts : Gender, Rebellion and Rock ‘n’ Roll », ces artistes utilisaient un style androgyne pour défier les normes patriarcales et hétérosexuelles.
Aujourd’hui, des artistes comme Fontaines D.C., et plus particulièrement leur leader Grian Chatten, continuent de susciter des réactions en portant des jupes. Dans un entretien récent, Chatten a expliqué que cette esthétique plus audacieuse et ludique était une manière d’exprimer sa vérité.
En fin de compte, le choix de s’habiller de manière non conventionnelle, qu’il s’agisse d’un adolescent en colère ou d’un artiste confirmé, reste un acte de rébellion, un affront au modèle cyclique de domination des générations précédentes. Comme le disait Oscar Wilde, et comme l’ont démontré les Pruneaux Vierges en intégrant The Ballad of Reading Gaol dans leur musique, « chacun tue ce qu’il aime… » mais pour sa propre libération.
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Dr Dee Duffy est responsable de l’engagement principal dans les secteurs de la vente au détail, du tourisme et de l’hôtellerie au Académie d’entreprise de TU Dublin. Catriona Flynn est maître de conférences en gestion de la mode et des produits de luxe au College of Business de TU Dublin. Elles sont les animatrices de Desert Island Dress.
Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur et ne représentent ni ne reflètent les opinions de RTÉ.