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Pourquoi les jeunes Européens soutiennent-ils de plus en plus les partis anti-immigration ?

Une poussée inquiétante se dessine dans les intentions de vote des jeunes Européens : l'adhésion croissante aux idées des partis d'extrême droite et anti-immigration. Si l'immigration est souvent pointée du doigt, les experts soulignent que les raisons de…

Pourquoi les jeunes Européens soutiennent-ils de plus en plus les partis anti-immigration ?

Une poussée inquiétante se dessine dans les intentions de vote des jeunes Européens : l’adhésion croissante aux idées des partis d’extrême droite et anti-immigration. Si l’immigration est souvent pointée du doigt, les experts soulignent que les raisons de ce virage sont bien plus complexes et révèlent un malaise profond au sein de cette génération.

Contrairement aux idées reçues, les jeunes électeurs ne sont pas naturellement portés vers des positions progressistes sur les questions migratoires. Les enquêtes récentes témoignent d’une évolution notable : en Norvège, 24 % des jeunes se disent favorables à une limitation « importante » de l’immigration, et 23 % à une limitation « dans une certaine mesure ». Lors des élections européennes de 2024, le Rassemblement national a capté 32 % des voix des Français âgés de 25 à 34 ans. En Allemagne, l’Alternative für Deutschland (AfD) a réalisé un score de 17 % auprès des 16-24 ans, gagnant 11 points par rapport à 2019.

Mais au-delà de la question de l’immigration, quelles sont les forces motrices de ce phénomène ? Les spécialistes nuancent l’explication simpliste d’une simple inquiétude face aux flux migratoires.

« Il n’existe pas une seule explication qui pousse les jeunes électeurs à voter pour l’extrême droite », explique Toni Rodon, professeur associé de sciences politiques à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone. « Deux éléments fondamentaux entrent en jeu : l’un économique, l’autre culturel. Sur le plan économique, les jeunes électeurs ont tendance à avoir une vision plus pessimiste de leur avenir. Leur situation actuelle et leurs perspectives d’avenir sont moins favorables que celles des générations précédentes. »

Ce changement de comportement ne serait donc pas tant une adhésion à une idéologie politique spécifique qu’une expression de mécontentement face à un avenir économique incertain et à une classe politique jugée incapable d’apporter des solutions. Selon Ngaire Woods, professeure à la Blavatnik School of Government d’Oxford, « le soutien croissant des jeunes électeurs aux partis xénophobes, anti-européens et ultra-conservateurs est moins motivé par un sentiment anti-immigration que par un puissant sentiment de trahison de la part des politiciens de l’establishment. »

« Les politiciens d’extrême droite, tout en désignant à tort l’immigration comme bouc émissaire, reconnaissent au moins qu’il y a un problème, et ils le font d’une manière qui résonne auprès des jeunes électeurs », ajoute-t-elle.

En d’autres termes, certains jeunes perçoivent l’immobilisme politique et l’incapacité à résoudre les problèmes économiques, sociaux et liés au logement. L’extrême droite propose alors l’immigration comme un catalyseur de ces insécurités, offrant ainsi un moyen de protester contre le système en place. « Essentiellement, ce que nous avons observé au cours des 20 dernières années, c’est que le vote d’extrême droite est initialement un vote de protestation », résume Rodon. « Presque partout en Europe, l’extrême droite émerge comme une décomposition de la famille conservatrice traditionnelle. »

Cependant, il est important de noter que l’apathie politique reste forte chez les jeunes : « Le grand gagnant chez les jeunes, c’est l’abstention, pas un parti en particulier », souligne Rodon. De plus, dans de nombreux pays, les jeunes électeurs continuent de privilégier les partis progressistes.

Néanmoins, la montée de l’extrême droite chez les jeunes révèle une fracture générationnelle notable, accentuée par une disparité entre les sexes. Les recherches de Rodon montrent que « le succès électoral des partis d’extrême droite parmi les jeunes électeurs est principalement dû au soutien des jeunes hommes, culminant à plus de 21 % en 2024, contre seulement 14 % environ parmi les femmes du même âge ». En Norvège, les jeunes hommes sont près de deux fois plus susceptibles que les femmes de privilégier la restriction de l’immigration.

En Espagne, le parti d’extrême droite Vox utilise un discours civilisationnel, mettant en garde contre une « invasion islamiste ». Les sondages indiquent que 25 % des électeurs de moins de 24 ans soutiennent Vox, un chiffre qui grimpe à 36 % chez les jeunes hommes.

Cette tendance est également amplifiée par l’essor des réseaux sociaux et des nouvelles formes de communication politique. « Les jeunes sont plus susceptibles de s’informer auprès de médias non traditionnels », explique Rodon. « Il existe des différences selon les sexes… les garçons sont plus susceptibles d’utiliser TikTok ou YouTube, tandis que les filles sont plus susceptibles d’utiliser Instagram… [mais] en général, les jeunes sont plus susceptibles de consommer de nouveaux médias. »

Cela peut inclure des influenceurs aux idées extrêmes ou des partis d’extrême droite qui maîtrisent mieux les outils des réseaux sociaux que les partis traditionnels. Les résultats sont probants : une analyse des médias réalisée par ZDF Huète a confirmé que l’AfD est plus performant que les autres partis allemands sur TikTok et YouTube. Des slogans tels que « La vie était meilleure sous Franco » circulent sur les réseaux sociaux espagnols, et le leader britannique de Reform UK, Nigel Farage, compte plus d’abonnés sur TikTok que l’ensemble des 649 députés britanniques réunis.

Il n’y a pas de réponse unique à la question de l’attrait croissant de l’extrême droite auprès des jeunes Européens. Pour certains, il s’agit d’une opposition à l’immigration. Pour d’autres, d’un vote de protestation ou d’un rejet de la politique traditionnelle. Il est difficile de démêler les causes économiques et culturelles qui sous-tendent ce phénomène.

« La réponse la plus probable », conclut Rodon, « est que ces facteurs – économiques, culturels, les médias qui les amplifient et l’aspect politique qui attise la rhétorique – se combinent dans une sorte de spirale négative. »

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.