Publié le 24 février 2024 14:35:00. L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, notamment auprès des jeunes, modifie en profondeur nos habitudes numériques, entraînant une possible inflexion dans l’utilisation des réseaux sociaux traditionnels.
- Le temps passé sur les médias sociaux dans les pays développés semble avoir atteint un plateau, voire amorcer un déclin.
- Les jeunes générations se tournent de plus en plus vers les outils d’IA conversationnelle, comme ChatGPT, pour un accompagnement personnalisé.
- Une compétition s’intensifie entre les plateformes sociales et les applications d’IA, chacune cherchant à capter l’attention des utilisateurs.
L’intelligence artificielle s’immisce de plus en plus dans notre quotidien numérique. Le succès retentissant de ChatGPT, qui comptait 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires à l’occasion de son troisième anniversaire, et le lancement de Gemini par Google illustrent une tendance claire : nos interactions en ligne pourraient être de plus en plus médiatisées par l’IA. Cette évolution soulève une question fondamentale : comment allons-nous vivre sur Internet ?
L’impact de cette transformation est déjà perceptible. Une étude du Financial Times révèle que le temps consacré aux médias sociaux dans les pays développés a culminé en 2022 et devrait diminuer d’environ 10 % d’ici 2024. Cependant, ce déclin n’est pas uniforme. Meta, la société mère de Facebook et Instagram, a constaté une augmentation à deux chiffres du temps passé sur ses plateformes, notamment grâce à la popularité croissante des vidéos.
Vincenzo Cosenza, un expert du secteur, explique ce phénomène comme un “réajustement” des habitudes des utilisateurs. Il souligne que le marché a atteint un seuil de saturation, sans pour autant observer une baisse significative du nombre d’utilisateurs. Il note plutôt un rééquilibrage entre les différentes plateformes.
Cette évolution est en partie due à la concurrence directe des applications de conversation intelligente. ChatGPT est actuellement l’application la plus téléchargée sur l’App Store d’Apple, tandis que Gemini se positionne en deuxième place. Ces outils captent une part croissante de l’attention des utilisateurs, en particulier des plus jeunes, qui les utilisent comme un confident et un conseiller personnel. Un rapport d’OpenAI met en garde contre un risque d’attachement émotionnel envers ces IA, même si ce phénomène reste marginal.
La nature même de l’interaction diffère entre les réseaux sociaux et les IA conversationnelles. Les IA exigent une interaction active, nécessitant la formulation de requêtes précises. Giovanni Boccia Artieri, professeur en sciences de la communication à l’Université d’Urbino, souligne que les réseaux sociaux, au contraire, offrent un divertissement passif et une source d’informations aléatoires, où l’utilisateur se contente de faire défiler l’écran.
Malgré l’essor de l’IA, les réseaux sociaux conservent des atouts. Le Fédiverse, un réseau social interconnecté favorisant les discussions autour de projets et d’idées, témoigne de la persistance d’un besoin de communauté et d’échange. Meta confirme que deux milliards de personnes interagissent chaque mois au sein des groupes Facebook.
L’influence de l’IA se manifeste également dans le contenu de nos fils d’actualité, avec l’apparition de contenus générés par l’IA, techniquement appelés “deepfakes”. Les grandes entreprises technologiques investissent massivement dans ce domaine. ByteDance, propriétaire de TikTok, développe des modèles de génération vidéo, tandis que Meta a lancé l’application de vidéos génératives Ambiance. OpenAI, de son côté, a présenté Sora, une plateforme sociale axée sur la vidéo, et l’on observe l’émergence de profils chatbot sur Instagram.
Si certains dénoncent ces innovations comme des produits de mauvaise qualité, d’autres y voient une coexistence inévitable, en particulier chez les jeunes, qui apprennent à exploiter les capacités créatives de ces technologies, tout en étant conscients des risques liés aux deepfakes et à la dépendance. À mesure que la technologie progresse, ses capacités de manipulation s’affinent également.
Pour les plateformes sociales, ces tendances ne sont pas nécessairement synonymes de déclin. Elles peuvent servir de fondation solide pour interagir avec les chatbots, facilitant la création de contenus plus rapides et accessibles. L’avenir dépendra de la capacité des réseaux sociaux à s’adapter et à intégrer l’IA dans leur offre.
La question reste ouverte : que se passera-t-il lorsque les agents d’intelligence artificielle deviendront suffisamment performants et personnalisés pour devenir notre unique point d’accès à l’information et à l’interaction ? Les géants du secteur traditionnel disposent d’atouts considérables pour jouer un rôle majeur dans ce futur.
