Publié le 7 janvier 2024 à 17h04. L’Inde adopte une position diplomatique prudente suite à l’intervention américaine au Venezuela et à l’arrestation de Nicolás Maduro, suscitant des critiques internes tout en naviguant dans un jeu d’équilibres complexe avec les grandes puissances mondiales.
- L’Inde n’a ni condamné ni approuvé l’action américaine au Venezuela, se contentant d’exprimer des “préoccupations”.
- Cette retenue s’explique par la volonté de ne pas compromettre ses relations avec les États-Unis, mais aussi par une perte de confiance envers les Nations unies.
- Des critiques émergent en Inde, l’opposition réclamant une position plus ferme de Narendra Modi.
La réaction indienne à l’intervention américaine au Venezuela et à l’arrestation du président Nicolás Maduro est qualifiée de “vague” par Stolte, professeur principal à l’Université de Leiden. “Ils expriment des inquiétudes quant à la situation, mais ne condamnent ni ne soutiennent l’action”, explique-t-il.
Selon l’analyste, cette attitude reflète un véritable “jeu d’équilibres”. L’Inde cherche avant tout à éviter de se mettre à dos les États-Unis, un partenaire économique et stratégique important. “Ils restent prudents en raison de leurs intérêts considérables. Ils utilisent un vocabulaire neutre, comme ‘développements’, plutôt que des termes plus forts comme ‘attaque’ ou ‘enlèvement'”, observe Stolte.
Cette discrétion est d’autant plus notable que l’Inde a l’habitude, dans des situations similaires, de rappeler le principe du respect de la souvereté nationale. Or, cette fois, New Delhi s’abstient de le faire.
La prudence indienne ne découle pas uniquement de considérations liées aux États-Unis. L’Inde manifeste également une défiance croissante envers les Nations unies. “L’Inde est de plus en plus déçue par l’ONU”, affirme Stolte. “Elle réclame des réformes depuis plus de 70 ans, mais aucune n’est mise en œuvre, ce qui est source de frustration pour le pays.”
Au sein de l’Inde, cette position est critiquée. L’opposition politique demande au Premier ministre Narendra Modi d’adopter une ligne plus ferme, rappelant l’attachement traditionnel du pays à la souveraineté nationale. Des manifestations ont eu lieu devant l’ambassade des États-Unis à Delhi ces derniers jours.
Malgré ces pressions internes, Modi maintient cette stratégie d’équilibre, consciente de l’influence grandissante de l’Inde sur la scène internationale. Avec une population de plus de 1,4 milliard d’habitants et une diaspora présente dans le monde entier, l’Inde dispose d’un poids culturel et politique considérable.
Les relations de l’Inde avec les autres grandes puissances sont complexes. Elle entretient des liens historiques avec la Russie, et a pu absorber une partie des sanctions européennes contre ce pays. Cependant, les États-Unis exercent également des pressions sur l’Inde en raison de ces mêmes liens.
La relation avec la Chine est également délicate. Les deux pays sont en concurrence, la Chine soutenant le Pakistan, rival de l’Inde. Néanmoins, des intérêts économiques communs les rapprochent également.
Les relations avec les États-Unis, bien que généralement bonnes, ont connu quelques tensions en raison des droits de douane imposés par Washington. L’Inde souhaite néanmoins préserver cette alliance, notamment dans le cadre de la coopération militaire en Indo-Pacifique avec les États-Unis, le Japon et l’Australie.
L’intérêt pour l’Inde est en augmentation, notamment en Europe. “L’Inde était autrefois perçue comme un pays associé à des mauvaises nouvelles, ne faisant l’actualité qu’à travers des catastrophes. Ce n’est plus le cas”, souligne Stolte. Cette évolution est liée au renforcement des liens économiques et technologiques entre l’Inde et les pays occidentaux, ainsi qu’à l’intérêt croissant de l’Union européenne pour ce marché en pleine croissance.
