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Prada présente “Satellites II” à l’Hôtel Chelsea avec Refn et Kojima

by Antoine Girard
L'alliance non verbale de Hideo Kojima et Nicolas Winding Refn

La maison de couture Prada a inauguré l’exposition immersive “Satellites II” à l’Hôtel Chelsea de New York, du 5 au 7 juin 2026. Conçue par Nicolas Winding Refn et Hideo Kojima, l’installation transforme l’établissement légendaire en un centre de commande spatial rétro, mêlant art visuel, mode et performances culturelles.

L’alliance non verbale de Hideo Kojima et Nicolas Winding Refn

Le projet “Satellites II”, présenté initialement à Tokyo Aoyama l’été dernier, est le fruit d’une amitié singulière. Comme le rapporte W Magazine, le créateur de jeux vidéo japonais Hideo Kojima et le réalisateur danois Nicolas Winding Refn collaborent depuis 16 ans, bien qu’ils ne partagent aucune langue commune. Leur complicité s’est bâtie sur une admiration mutuelle et s’exprime aujourd’hui via un langage codé de visuels et d’emojis.

L'alliance non verbale de Hideo Kojima et Nicolas Winding Refn

Cette absence de mots n’est pas un obstacle, mais le cœur même de leur démarche artistique. Pour Refn, l’idée était de transcender la barrière linguistique pour atteindre une forme de communication brute.

L'alliance non verbale de Hideo Kojima et Nicolas Winding Refn
Photo: W Magazine

“L’idée de prendre notre conversation et de la recréer dans autant de langues que possible était un moyen de déconstruire notre façon de parler — car tout est une question de pureté des émotions.”

Nicolas Winding Refn, lors d’une conférence de presse

L’exposition explore ainsi l’idée d’une “positivité imaginative” et d’un espoir tourné vers l’avenir, le tout enveloppé dans une esthétique Space Age. Les écrans, omniprésents dans l’installation, servent de pivots conceptuels.

“L’écran devient le miroir de notre société, mais devient aussi le miroir de ce que nous romantisons, de ce que nous voulons voir, de ce que nous craignons, de ce que nous aimons, de ce que nous haïssons.”

Nicolas Winding Refn

L’esthétique rétro-futuriste de “Satellites II”

L’expérience immersive sature les sens. Le visiteur évolue dans un espace où le luxe italien de Prada rencontre le kitsch spatial. L’installation se déploie à travers plusieurs dispositifs visuels et tactiles :

  • Des pièces thématiques : Des chambres habillées de rideaux en tissu argenté ou décorées d’imprimés de nuages vertigineux.
  • Le centre de commande : Un UFO monumental et lumineux qui sert de pièce maîtresse à l’exposition.
  • Le merchandising conceptuel : Des distributeurs automatiques Prada proposant des cadeaux mystères, notamment des cassettes audio en édition limitée.
  • La signalétique visuelle : Des motifs de fils argentés et des écrans diffusant les visages de Refn et Kojima sur tous les étages de l’hôtel.

Cette mise en scène ne se limite pas aux objets. Prada Mode a également lancé une chaîne de diffusion en direct pour transmettre les événements d’un avant-première réservée aux invités, incluant des interventions de figures comme Lydia Lunch, Grandmaster Flash, Amanda Gorman ou encore Sophie Thatcher.

Le contraste entre le futurisme de Prada et les spectres de l’Hôtel Chelsea

Le choix du lieu n’est pas anodin. L’Hôtel Chelsea est un sanctuaire de la bohème new-yorkaise, un lieu où, comme le souligne le Washington Post, les souvenirs et les “fantômes” des icônes culturelles hantent encore les couloirs.

Satellites II | Prada Mode New York (Nicolas Winding Refn, Hideo Kojima)

L’installation de Refn et Kojima vient se superposer à un héritage lourd : c’est ici que Bob Dylan a écrit “Sad-Eyed Lady of the Lowlands”, et que des figures comme Allen Ginsberg, les Sex Pistols ou les Ramones ont laissé leur empreinte, souvent marquée par l’excès et la destruction.

Il y a une tension fascinante entre la “positivité imaginative” prônée par Prada et la mélancolie intrinsèque du Chelsea. En installant un centre de commande UFO dans un bâtiment qui a vu naître le punk et la poésie Beat, Refn et Kojima créent un court-circuit temporel. Le futurisme argenté de Prada ne cherche pas à effacer le passé, mais à s’y greffer, transformant l’hôtel en un miroir où se reflètent à la fois les nostalgies du XXe siècle et les utopies technologiques du XXIe.

Une invasion culturelle au-delà des murs de l’hôtel

L’événement ne s’arrête pas aux portes de l’Hôtel Chelsea. Refn a décrit l’ouverture publique du 5 juin comme le moment où “les Satellites envahissent Manhattan”. Cette stratégie d’occupation urbaine disperse l’influence de Prada Mode dans plusieurs points névralgiques de la ville.

Une invasion culturelle au-delà des murs de l'hôtel

L’écosystème de l’exposition s’étend ainsi à :

  • L’Angelika Film Center : Un festival d’anime organisé par Refn et Kojima.
  • Le Broadway Epicenter : Des installations visuelles dédiées à la maison Prada.
  • Katz’s Delicatessen : Des interventions artistiques dans l’un des lieux les plus emblématiques du Lower East Side.

Pour Hideo Kojima, New York représente l’ultime terrain de jeu créatif, une ville qu’il perçoit comme un univers à part entière.

“Pour moi, New York, c’est l’art, la musique, tout. Quand je veux me mettre au défi, je me dis : je devrais aller à New York. C’est presque comme un univers différent ou une planète différente. La prochaine installation devrait être dans l’espace.”

Hideo Kojima

En transformant Manhattan en une extension de leur vision, Kojima et Refn ne proposent pas seulement une exposition de mode, mais une performance urbaine. Le risque est celui d’une saturation visuelle, mais l’enjeu est clair : prouver que l’émotion pure, celle qui se passe des mots, peut coloniser l’espace public et redéfinir le rapport entre l’art et la ville.

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