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Au Maroc, la Coupe du monde efface des quartiers populaires

En préparation de la Coupe du monde 2030 co-organisée avec l'Espagne et le Portugal, le Maroc mène d'importantes opérations de démolition à Casablanca et Rabat. Ces chantiers de modernisation, visant à transformer les infrastructures urbaines, provoquent l'expulsion de…

L'Avenue Royale et le sacrifice de Casablanca
En préparation de la Coupe du monde 2030 co-organisée avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc mène d’importantes opérations de démolition à Casablanca et Rabat. Ces chantiers de modernisation, visant à transformer les infrastructures urbaines, provoquent l’expulsion de milliers de familles dans des quartiers populaires, souvent sans indemnisation adéquate ni concertation préalable.

L’Avenue Royale et le sacrifice de Casablanca

L'Avenue Royale et le sacrifice de Casablanca

À Casablanca, la volonté des autorités de projeter l’image d’un pays moderne passe par la résurrection d’un projet colossal : l’Avenue Royale. Ajourné depuis trente ans, ce chantier s’étend désormais sur un périmètre de 320 hectares. L’objectif est de créer un axe fastueux de 1,5 kilomètre reliant la mosquée Hassan II au centre-ville, intégrant des résidences de luxe, un palais des congrès, un théâtre national et une nouvelle gare routière.

Le prix humain de cette transformation est massif. Selon Bladi.net, les engins de chantier rasent plus de 16 000 logements et 2 500 locaux commerciaux. Les opérations sont pilotées par un consortium incluant les administrations publiques et la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), chargée de reloger les familles expropriées et de réorganiser le commerce local.

L’impact ne se limite pas au centre. Les quartiers de la médina, El Hassani, Aïn Sebaâ et Hay Mohammadi sont également ciblés par ces campagnes de déguerpissement. Si la modernisation urbaine n’est pas systématiquement contestée, c’est la méthode qui choque : une approche expéditive et opaque, dénoncée par la Coordination des victimes des décisions de démolition dans la médina.

Rabat : le traumatisme du quartier Douar Al-Asker

Rabat : le traumatisme du quartier Douar Al-Asker
Photo: afrik.com

La capitale administrative subit une mutation similaire, marquée par une violence sociale accrue. Dans le quartier de L’Océan (Al Mouhit), mitoyen à la médina historique, des centaines de bâtisses ont été réduites en ruines. L’ambition est de transformer une route côtière dégradée en une promenade touristique et commerciale s’étirant de la kasbah des Oudayas jusqu’au futur hôtel Four Seasons.

Plus critique encore est la situation au Douar Al-Asker. AL24 News rapporte que 3 000 familles sont menacées d’expropriation dans ce secteur, au nom du nouveau plan d’aménagement urbain de Rabat. Les résidents décrivent des évacuations surprises et des délais d’exécution extrêmement courts.

On déloge des gens qui habitent sur place depuis des dizaines d’années pour un événement qui durera cinq semaines, c’est honteux.
Hakim Saikouk, président de la section de Rabat de l’Association marocaine des droits humains

Pour beaucoup, ces démolitions ne détruisent pas seulement des murs, mais des vies entières. Des familles se retrouvent jetées à la rue, parfois en pleine année scolaire, compromettant l’éducation des enfants dans un contexte d’inflation galopante.

L’opacité juridique des expropriations

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Le cadre légal entourant ces opérations est source de vives controverses. Bien que la procédure d’expropriation pour utilité publique existe, son application sur le terrain semble dériver vers une logique d’urgence. Afrik.com souligne que nombre de citoyens n’ont jamais reçu de compensation décente.

Certains mécanismes s’avèrent particulièrement brutaux :

  • Délais abusifs : Des notifications d’expulsion reçues sans préavis suffisant, parfois même durant le mois de Ramadan.
  • Manipulation administrative : Des témoignages font état d’aînés analphabètes poussés à signer des documents qu’ils ne comprennent pas, actant la cession de leur bail.
  • Saisie d’État : En cas de refus de l’offre d’indemnisation initiale, les biens sont parfois versés directement aux domaines de l’État sans procédure judiciaire équitable.
  • L’illégalité de certaines opérations est également pointée du doigt. Le journal El Pais a rapporté que, dans certains secteurs, les démolitions ont débuté plus d’un an avant la publication du décret d’utilité publique autorisant légalement les expropriations.

    Le coût financier et social du prestige

    Le coût financier et social du prestige
    Photo: arte.tv

    L’organisation de la Coupe du monde 2030 impose une pression financière colossale. Pour offrir l’image d’un pays avancé, le Maroc investit massivement dans des infrastructures pharaoniques, dont un futur stade de 115 000 places. Cette frénésie architecturale s’accompagne d’un endettement massif.

    Ce contraste est brutal pour la population. Tandis que le régime met en avant les promesses de tourisme et d’emplois, les citoyens observent une baisse de leurs revenus réels due à la hausse des prix des produits de première nécessité. Arte.tv décrit cette situation comme un rêve qui détruit, où la transformation urbaine se fait au détriment des catégories les plus vulnérables.

    L’enjeu pour le Maroc dépasse le sport. Il s’agit d’une course contre la montre pour moderniser le paysage urbain avant 2030. Cependant, l’absence d’approche participative et le manque de dialogue entre les autorités et les riverains transforment ce projet de prestige en une source de colère populaire grandissante. Le risque est désormais social : transformer des quartiers populaires en vitrines touristiques pourrait laisser derrière elle une population marginalisée et durablement dépossédée de son habitat.

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    À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

    Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.