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Premier classement des effets secondaires des antidépresseurs

by Sophie Martin

Publié le 21 octobre 2025 à 23h53. Une étude inédite classe les antidépresseurs en fonction de leurs effets secondaires, révélant des disparités significatives qui pourraient influencer la santé et l’observance des traitements pour les huit millions de personnes concernées au Royaume-Uni.

  • Les effets secondaires des antidépresseurs varient considérablement d’un médicament à l’autre, allant de la prise de poids (jusqu’à 2 kg) à des modifications du rythme cardiaque (jusqu’à 21 battements par minute).
  • L’étude souligne l’importance d’adapter le choix de l’antidépresseur aux besoins spécifiques de chaque patient, en tenant compte de ses antécédents médicaux et de ses préférences.
  • Les chercheurs mettent en garde contre une standardisation excessive des prescriptions, favorisant actuellement des médicaments génériques et peu coûteux au détriment d’une approche personnalisée.

Pour la première fois, une analyse comparative a permis de classer les antidépresseurs en fonction de leur impact sur les patients durant les huit premières semaines de traitement. Les résultats, publiés dans la revue médicale The Lancet, mettent en évidence des différences notables entre les médicaments, allant au-delà des effets attendus sur l’humeur.

L’étude, menée par des chercheurs du King’s College de Londres et de l’Université d’Oxford, a analysé 151 études impliquant plus de 58 500 patients et portant sur 30 médicaments couramment prescrits contre la dépression. Elle révèle que certains antidépresseurs sont plus susceptibles de provoquer une prise de poids, tandis que d’autres peuvent affecter le rythme cardiaque ou la tension artérielle.

Par exemple, l’agomélatine s’est associée à une perte de poids moyenne de 2,4 kg sur huit semaines, comparativement à la maprotiline, qui a entraîné une prise de poids de près de 2 kg. Des variations significatives ont également été observées au niveau du rythme cardiaque, avec une différence de 21 battements par minute entre la fluvoxamine (qui le ralentit) et la nortriptyline (qui l’accélère). Enfin, la tension artérielle a varié de 11 mmHg entre la nortriptyline et la doxépine.

Les chercheurs insistent sur le fait que ces différences, même subtiles, peuvent avoir un impact significatif sur la santé globale des patients et sur leur capacité à suivre leur traitement sur le long terme. Ils appellent à une approche plus personnalisée de la prescription, en tenant compte des caractéristiques individuelles de chaque patient.

« Il existe de grandes différences entre les antidépresseurs et cela est important non seulement pour les patients individuels, mais aussi pour un grand nombre de personnes qui les prennent, de sorte que même des changements modestes pourraient avoir un effet important sur l’ensemble de la population. »

Professeur Oliver Howes, chercheur

L’étude souligne également que les antidépresseurs affectent la santé physique, un aspect souvent sous-estimé. Les chercheurs déplorent une tendance à privilégier les médicaments génériques et peu coûteux, ce qui conduit à une standardisation des prescriptions et à une perte de personnalisation des traitements.

Pour illustrer l’importance d’une approche individualisée, les chercheurs ont imaginé trois scénarios hypothétiques : Sarah, 32 ans, John, 44 ans, et Jane, 56 ans, tous diagnostiqués avec une dépression et nécessitant un traitement antidépresseur. Cependant, chacun d’eux a des préoccupations spécifiques en matière d’effets secondaires.

Sarah souhaite éviter la prise de poids, John souffre déjà d’hypertension artérielle, et Jane a un taux de cholestérol élevé. Selon le Dr Toby Pillinger, chacun de ces patients devrait se voir prescrire un médicament différent.

Sarah devrait privilégier un antidépresseur qui n’entraîne pas de prise de poids, comme l’agomélatine, la sertraline ou la venlafaxine, plutôt que l’amitriptyline ou la mirtazapine. John devrait éviter les médicaments qui augmentent la tension artérielle, tels que la venlafaxine, l’amitriptyline ou la nortriptyline, et opter pour le citalopram, l’escitalopram ou la paroxétine. Enfin, Jane devrait éviter la venlafaxine, la duloxétine et la paroxétine, qui peuvent augmenter le taux de cholestérol, et se tourner vers le citalopram ou l’escitalopram.

Les chercheurs développent un outil en ligne gratuit pour aider les médecins et les patients à choisir le médicament le plus approprié. Cependant, ils soulignent la nécessité d’un changement de culture au sein du système de santé pour favoriser une approche plus personnalisée.

Le Dr Prasad Nishtala, de l’Université de Bath, qui n’a pas participé à l’étude, a qualifié les résultats de « nouveaux et précieux ». Il a ajouté que, dans un contexte de traitements prolongés, les risques cumulés des effets secondaires sont susceptibles d’être plus importants, en particulier chez les personnes souffrant de dépression chronique.

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