La flambée des prix des carburants en Europe, alimentée par la guerre au Moyen-Orient et les tensions sur les approvisionnements, suscite des réponses nationales très contrastées. Alors que la France figure parmi les pays les plus touchés, ses voisins adoptent des mesures d’urgence, allant des baisses de taxes ciblées aux plafonnements des prix à la pompe.
La flambée des cours du pétrole et le casse-tête des produits raffinés en Europe
Sous l’effet conjugué du conflit au Moyen-Orient et des frappes de drones ukrainiens sur les raffineries russes, les marchés pétroliers mondiaux subissent des tensions historiques. Les cours du brut, qui s’établissaient autour de 70 dollars fin février avant le début des hostilités, avoisinent désormais les 100 dollars, selon les analyses recueillies par Boursorama. Pour l’Europe, la vulnérabilité s’est accrue depuis 2022 en raison de sa dépendance croissante envers les pays du Golfe pour l’importation de produits raffinés.
Cependant, les perturbations en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz ont fait exploser les coûts du transport maritime. Les navires transportant ces produits ne peuvent acheminer qu’un volume bien plus faible que les pétroliers classiques, ce qui rend l’acheminement non viable financièrement. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a estimé que le surcoût de transport grimpe à environ 50 dollars par baril
, comme le relaye la publication financière. Cette situation prive l’Union européenne de flux essentiels et pousse les États à se concurrencer pour sécuriser leurs stocks.
Le poids déterminant des taxes nationales et les disparités régionales
Au-delà de la matière première, c’est la fiscalité propre à chaque État qui creuse les écarts de prix au sein de l’espace communautaire. L’économiste Julien Mathonniere, interrogé par l’AFP, rappelle que l’Europe applique un plancher minimal de taxation par litre de 33 centimes pour le gazole et de 35,9 centimes pour le sans-plomb, auxquels s’ajoute une TVA d’au moins 15 %.
En France, la TVA atteint 20 %, et le pays se positionne comme le cinquième État où les tarifs à la pompe sont les plus élevés d’Europe. Face à cette réalité, de nombreux automobilistes frontaliers n’hésitent pas à franchir les frontières. En Espagne, par exemple, le plein s’avère nettement plus économique, attirant massivement les conducteurs de l’Hexagone, ainsi que l’a documenté Le HuffPost.
La stratégie espagnole et le retour des allègements fiscaux
L’Espagne se distingue par des tarifs parmi les plus bas du continent. Au 14 septembre, le litre de SP95 s’y vendait à 1,87 euro contre 2,17 euros en France, tandis que le gazole s’affichait à 1,83 euro de l’autre côté des Pyrénées contre 2,29 euros dans l’Hexagone, d’après le bulletin européen sur les prix du pétrole.
Si Madrid avait un temps abaissé sa TVA au printemps avant de la ramener à 20 %, le gouvernement de Pedro Sanchez a maintenu d’autres leviers fiscaux. Un décret adopté fin juin prévoyait une modulation des taxes indexée sur l’évolution mensuelle des cours. L’augmentation du prix du diesel au-delà du seuil de 15 % en septembre a contraint les autorités ibériques à réintroduire de fortes réductions fiscales pour le gazole, tandis que l’essence, restée sous le plafond, se trouve désormais plus chère que le gazole dans les stations espagnoles.
Plafonds en Belgique et boucliers budgétaires en Allemagne et en Italie
Les autres pays européens déploient des arsenaux juridiques variés pour contenir la volatilité. En Belgique, un mécanisme historique hérité du premier choc pétrolier de 1974 permet à l’État de plafonner les prix des produits pétroliers via un contrat-programme triennal négocié avec la Fédération Energia. Néanmoins, cette régulation n’empêche pas les sommets tarifaires : le prix du diesel belge est appelé à atteindre un record historique à 2,501 euros le litre.

De son côté, l’Allemagne a annoncé un rabais fiscal réduisant la taxe sur l’énergie de 14 centimes par litre — et de 17 centimes en incluant la TVA — du 1er octobre jusqu’à la fin de l’année. Le chancelier Friedrich Merz ambitionne en outre d’instaurer un plafonnement permanent au plus tard le 1er janvier 2027. En Italie, l’exécutif de Giorgia Meloni prolonge de manière répétée son décret DL Carburanti
tout en ajustant la voilure de ses allègements d’accises face au coût élevé pour les finances publiques.
Le gouvernement allemand mène des discussions avec l’industrie pétrolière avec pour objectif d’introduire, au plus tard le 1er janvier 2027, un plafonnement du prix du carburant sur le modèle du Luxembourg ou de la Belgique.
Gouvernement allemand, via France24
Les réponses ciblées de la France et les pressions exercées sur Bruxelles
À l’inverse des réductions générales de taxes privilégiées par certains voisins, la France privilégie des dispositifs d’aides ciblées pour les ménages et les secteurs les plus exposés. D’autres États de l’Union européenne optent pour des allocations directes, à l’instar de la Bulgarie qui verse une aide unique de 50 euros à des citoyens vulnérables, tel que le rapporte l’analyse économique de Boursorama.
Sur le plan diplomatique, Emmanuel Macron a saisi la Commission européenne en adressant un courrier à Ursula von der Leyen. Le chef de l’État français réclame notamment un assouplissement des normes de qualité des carburants pour faciliter les approvisionnements, tandis que la Commission a de son côté autorisé des aides d’État en faveur de l’agriculture, de la pêche et des transports.