Publié le 10 décembre 2025 à 23h36. Une décision récente des autorités sanitaires américaines remet en question la vaccination universelle contre l’hépatite B à la naissance, suscitant l’inquiétude de spécialistes qui craignent une résurgence de cette infection potentiellement grave.
- Le Comité consultatif sur les pratiques d’immunisation (ACIP) des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) a voté pour supprimer la recommandation de vaccination universelle à la naissance pour les nourrissons dont les mères sont testées négatives pour le virus de l’hépatite B (VHB).
- Des médecins spécialistes des transplantations hépatiques mettent en garde contre un revirement par rapport à des décennies de progrès en matière de santé publique, soulignant l’efficacité du vaccin dans la prévention du cancer du foie et des complications hépatiques.
- La mise en œuvre de cette nouvelle recommandation dépendra d’un dépistage maternel universel et d’une documentation précise, des conditions qui ne sont pas toujours réunies dans la pratique, selon les experts.
La décision de l’ACIP, prise le 5 décembre 2025, marque un changement significatif dans la stratégie de prévention de l’hépatite B. Jusqu’à présent, tous les nouveau-nés recevaient une dose de vaccin dans les 24 heures suivant leur naissance. Désormais, la vaccination ne sera plus systématique que pour les bébés nés de mères dont le statut VHB est positif ou inconnu. Cette approche individualisée, bien qu’elle vise à optimiser l’utilisation des ressources, inquiète les spécialistes.
Les docteurs Nancy Reau et Kim Brown, deux hépatologues spécialisées dans les transplantations hépatiques, expriment leur préoccupation face à ce qu’elles considèrent comme un recul. Elles rappellent que l’introduction de la vaccination universelle dans les années 1990 a entraîné une diminution spectaculaire de la prévalence du VHB et des infections chroniques.
« Le vaccin a été l’un des premiers et des plus efficaces vaccins anticancéreux, réduisant considérablement le risque de carcinome hépatocellulaire dans le monde entier »,
Nancy Reau, médecin
Le Dr Brown souligne également l’impact de la vaccination sur la nécessité des transplantations hépatiques. Avant la généralisation de la vaccination, l’hépatite B chronique était une cause majeure de greffe du foie. Aujourd’hui, les transplantations liées au VHB sont rares, et celles qui sont réalisées sont souvent dues au carcinome hépatocellulaire, une conséquence tardive de l’infection.
Un point crucial soulevé par les deux médecins est la fiabilité du dépistage maternel. La nouvelle politique de l’ACIP repose sur l’hypothèse d’un dépistage universel et d’une documentation précise des résultats. Or, en réalité, le dépistage du VHB pendant la grossesse n’est pas systématiquement enregistré, les résultats ne sont pas toujours transmis entre les différents établissements de santé, et jusqu’à 20 % des femmes enceintes peuvent ne pas avoir de test VHB documenté. Cette lacune pourrait créer une vulnérabilité importante si la vaccination universelle à la naissance n’est plus systématique.
Les docteurs Reau et Brown insistent sur le fait que l’infection précoce par le VHB est le principal facteur de risque de chronicité. La transmission verticale (de la mère à l’enfant), l’exposition des soignants et les contacts avec des adultes non dépistés restent des voies de contamination importantes, même lorsque le statut maternel est connu. Attendre l’âge de deux mois pour vacciner ne protège pas les nourrissons pendant cette période à risque élevé.
Elles soulignent que même à l’ère des antiviraux efficaces, l’infection chronique par le VHB reste une cause majeure de carcinome hépatocellulaire et peut se réactiver en cas d’immunosuppression. Pour ces raisons, elles considèrent que la prévention, par la vaccination, est la pierre angulaire de la lutte contre le VHB.
Malgré l’intention de l’ACIP de donner plus de pouvoir de décision aux parents et aux médecins, les deux expertes craignent que cette nouvelle politique n’entraîne des inégalités en matière de vaccination et ne compromette les progrès réalisés depuis plus de 30 ans, en particulier pour les nourrissons issus de milieux défavorisés.
L’épisode se conclut par un appel à une sensibilisation accrue et à un plaidoyer continu pour maintenir les taux de vaccination élevés. Les docteurs Reau et Brown encouragent les professionnels de santé à rester informés des données scientifiques, à discuter des implications d’un retard de vaccination avec les familles et à œuvrer pour préserver les bénéfices de la vaccination universelle contre l’hépatite B.
Note de la rédaction : Les déclarations d’intérêts pertinentes pour le Dr Reau incluent des liens avec AbbVie, Gilead, Salix, Arbutus et VIR. Les déclarations d’intérêts pertinentes pour le Dr Brown incluent des liens avec Mallinckrodt Pharmaceuticals, Gilead, Salix, Intercept, Ipsen et Madrigal.
- Brooks A. Le CDC modifie la recommandation relative au vaccin contre l’hépatite B chez les nourrissons. HCPLive. 5 décembre 2025. Consulté le 10 décembre 2025.
- CDC. Réalisations en matière de santé publique : vaccination contre l’hépatite B — États-Unis, 1982–2002.
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