Home MondeQuand le Japon reconnaîtra-t-il la Palestine ? : le timing et Trump maintiennent Tokyo à l’écart

Quand le Japon reconnaîtra-t-il la Palestine ? : le timing et Trump maintiennent Tokyo à l’écart

by Clara Dubois

Publié le 24 septembre 2025. Alors que plusieurs pays européens ont reconnu l’État palestinien, le Japon a choisi une approche plus prudente, privilégiant une solution à deux États qui, selon Tokyo, nécessite un contexte plus favorable et une coordination étroite avec les États-Unis.

  • La France, le Royaume-Uni et d’autres nations ont reconnu l’État palestinien à l’automne 2025.
  • Le Japon a reporté sa reconnaissance, s’alignant sur la position des États-Unis et de plusieurs autres membres du G7.
  • Tokyo justifie sa décision par la nécessité d’une évaluation globale de la situation et de la construction d’une gouvernance palestinienne solide.

Au milieu d’une crise humanitaire aiguë à Gaza, marquée par la famine et la maladie, la pression internationale pour mettre fin au conflit israélo-palestinien s’est intensifiée lors de la session annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies. Le 12 septembre, l’Assemblée générale a adopté à une écrasante majorité la Déclaration de New York, appelant à une solution pacifique et à la mise en œuvre de la solution à deux États, avec 142 voix pour sur 193. La France et l’Arabie saoudite ont conjointement organisé une conférence internationale de haut niveau sur la question le 22 septembre.

Dans ce contexte, plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, la France et le Canada, ont annoncé leur reconnaissance officielle de la Palestine en tant qu’État souverain. Le Japon, bien que favorable à une solution à deux États, a choisi de ne pas les rejoindre. Cette décision, expliquée par le ministre des Affaires étrangères Iwaya Takeshi, repose sur une analyse approfondie des conditions nécessaires à une résolution durable du conflit.

Selon le ministre Iwaya, la reconnaissance de la Palestine à ce moment précis risquerait de durcir la position d’Israël. Il a également souligné l’importance pour les Palestiniens de renforcer leur système de gouvernance, estimant que l’Autorité palestinienne n’était pas encore pleinement préparée à assumer les responsabilités d’un État. En d’autres termes, Tokyo considère que le moment n’est pas propice à une reconnaissance formelle, même si l’objectif d’une solution à deux États reste une priorité.

La démarche du Royaume-Uni et de la France, qui ont conditionné leur reconnaissance à un cessez-le-feu et à des améliorations significatives de la situation humanitaire à Gaza, s’est avérée infructueuse. Israël a lancé une offensive terrestre sur la ville de Gaza trois jours après l’adoption de la Déclaration de New York, démontrant ainsi son refus de céder aux pressions européennes. Le Premier ministre israélien Netanyahu a publiquement mis en avant le soutien indéfectible des États-Unis, affirmant qu’il ne se soumettrait pas aux exigences des puissances européennes. Face à cette situation, le Japon a estimé qu’une approche différente était plus appropriée.

La reconnaissance d’un État est un acte diplomatique irréversible, et le gouvernement japonais préfère conserver cette option pour un moment où elle aura un impact maximal. D’autres pays, comme la Belgique et Singapour, ont également exprimé des réserves similaires quant au calendrier de la reconnaissance.

Au-delà de ces considérations tactiques, la relation étroite entre le Japon et les États-Unis joue un rôle déterminant dans la position de Tokyo. L’alliance bilatérale, ancrée dans le Traité de sécurité nippo-américain, constitue le fondement de la diplomatie et de la politique de sécurité japonaises. Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont clairement exprimé leur opposition à la reconnaissance d’un État palestinien, notamment lors du débat général de l’ONU en septembre dernier, dénonçant une récompense pour le Hamas après les attaques du 7 octobre 2023. Dans ce contexte, il était peu probable que Tokyo prenne le risque de s’opposer à Washington.

La nouvelle Première ministre japonaise, Takaichi Sanae, a confirmé cette position lors de sa rencontre avec le président Trump au Japon, soulignant l’importance de renforcer l’alliance nippo-américaine et d’établir une relation de confiance personnelle avec le président américain.

Malgré son approche prudente, le Japon réaffirme son engagement en faveur d’une solution à deux États, comme l’a souligné le Premier ministre Ishiba lors de son discours devant l’Assemblée générale le 23 septembre. Il a précisé que la question n’était pas de savoir si un État palestinien serait reconnu, mais quand. Tokyo continuera également à fournir une aide financière et technique pour renforcer l’autonomie économique et la capacité de gouvernance de la Palestine.

La décision du Japon a suscité des critiques au niveau national, avec une pétition en ligne sur Change.org ayant recueilli près de 40 000 signatures appelant Tokyo à rejoindre les 147 autres États membres de l’ONU qui ont déjà reconnu la Palestine. Les signataires estiment que la création d’un État palestinien est essentielle pour garantir aux Palestiniens le droit à l’autodétermination et à une vie digne.

Historiquement, le Japon a parfois adopté une politique indépendante au Moyen-Orient, malgré son alignement général sur les États-Unis. En 1973, lors de la crise pétrolière consécutive à la guerre du Kippour, le secrétaire en chef du Cabinet Nikaidō Susumu a déclaré soutenir le droit des Palestiniens à l’autodétermination, une position interprétée par certains comme motivée par la dépendance du Japon aux importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient. Plus récemment, le 22 octobre 2023, tous les pays du G7, à l’exception du Japon, ont publié une déclaration commune exprimant leur soutien à Israël et son droit à se défendre contre le terrorisme. Le Japon a justifié son absence de signature par le fait qu’aucun de ses citoyens n’avait été affecté par le conflit.

À terme, le Japon devra reconnaître l’État palestinien s’il souhaite rester fidèle à son engagement en faveur d’une solution à deux États. Cependant, dans le contexte actuel de tensions croissantes, les perspectives d’un accord à long terme restent incertaines. La reconnaissance par Tokyo ne pourra apporter une contribution positive au processus de paix qu’une fois la guerre terminée et que des progrès auront été réalisés vers la reconstruction de Gaza et le rétablissement de l’ordre dans la région.

(Publié à l’origine en japonais. Photo de bannière : De jeunes Palestiniens à Ramallah, en Cisjordanie, célèbrent la reconnaissance de la Palestine en tant qu’État souverain par la Grande-Bretagne, la France et d’autres, le 23 septembre 2025. © Kyōdō.)

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