L’Australie est sur le point d’acquérir jusqu’à cinq sous-marins d’attaque de classe Virginia auprès des États-Unis, dans le cadre d’un accord de défense majeur qui suscite l’examen de l’administration américaine. Cette acquisition, d’une valeur estimée à des milliards de dollars, vise à renforcer les capacités militaires australiennes face aux tensions croissantes dans la région indo-pacifique.
L’accord Aukus, un partenariat de sécurité trilatéral entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, est au cœur de cette opération. Il prévoit l’achat initial de trois sous-marins d’occasion de classe Virginia à partir de 2032, avec une option pour en acquérir deux supplémentaires. À terme, un nouveau modèle de sous-marin à propulsion nucléaire sera conçu et construit conjointement par le Royaume-Uni et l’Australie, en utilisant la technologie des trois pays.
L’Australie s’est engagée à investir 3 milliards de dollars américains pour augmenter les taux de production de sous-marins aux États-Unis, et les paiements se poursuivent malgré une révision en cours de l’accord par l’administration américaine. Cette révision, menée par Elbridge Colby, conseiller principal du secrétaire américain à la Défense, intervient après des critiques antérieures de M. Colby à l’égard d’Aukus. Il s’était notamment interrogé, l’année dernière, sur l’opportunité pour les États-Unis de céder « ce joyau de la couronne au moment où nous en avons le plus besoin ». Un porte-parole américain de la défense a précisé que l’objectif de cet examen est de s’assurer que « cette initiative de l’administration précédente est alignée sur l’agenda du président ».
Malgré ces interrogations, le Royaume-Uni et l’Australie ont minimisé les craintes d’un éventuel blocage de l’accord, le qualifiant de processus normal lors d’un changement de gouvernement. La question devrait être abordée lors de la rencontre prévue lundi à Washington entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre australien Anthony Albanese.
Aukus repose sur deux piliers principaux. Le premier concerne la fourniture de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire, tandis que le second vise à renforcer la collaboration entre les alliés sur leurs « capacités avancées », notamment dans des domaines tels que les missiles hypersoniques à longue portée, la robotique sous-marine et l’intelligence artificielle.
L’objectif principal de cet accord est de contrer l’influence croissante de la Chine dans la région indo-pacifique et les tensions dans des zones contestées comme la mer de Chine méridionale. Bien que les trois pays n’aient pas directement cité la Chine comme raison de l’accord, ils ont souligné l’évolution des préoccupations en matière de sécurité régionale ces dernières années. La Chine a d’ailleurs condamné l’accord, le qualifiant d’« extrêmement irresponsable » et d’« intensification de la course aux armements ».
L’accord Aukus avait été dévoilé en septembre 2021 par les anciens dirigeants australien Scott Morrison, britannique Boris Johnson et américain Joe Biden. Le Royaume-Uni a réévalué le pacte l’année dernière suite à la victoire du parti travailliste de Sir Keir Starmer aux élections générales.
Pour l’Australie, cet accord représente une avancée significative en matière de capacités militaires. Le pays deviendra le deuxième, après le Royaume-Uni, à bénéficier de la technologie de propulsion nucléaire de Washington. Ces sous-marins pourront opérer plus loin et plus rapidement que la flotte diesel actuelle, et permettre à l’Australie de mener des frappes à longue portée pour la première fois. Des marins de la Marine royale australienne seront formés à l’utilisation de ces sous-marins dans des bases américaines et britanniques.
À partir de 2027, les États-Unis et le Royaume-Uni pourront également baser un nombre limité de sous-marins nucléaires à Perth, en Australie-Occidentale. La construction de la nouvelle flotte de sous-marins à propulsion nucléaire devrait créer environ 7 000 emplois au Royaume-Uni. Pour les États-Unis, le partage de leur technologie de défense pourrait renforcer leur présence en Asie-Pacifique, une région considérée comme essentielle pour préserver la paix.