Publié le 15 janvier 2026 à 10h29. Des observations récentes remettent en question notre compréhension de l’énergie noire et du destin ultime de l’univers, ouvrant la voie à des scénarios allant d’une expansion continue à une possible contraction future.
- Une analyse sud-coréenne suggère que l’expansion de l’univers pourrait ralentir, voire s’inverser, conduisant à un « Big Crunch ».
- Les données du Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI) indiquent que l’accélération de l’expansion de l’univers pourrait avoir changé au fil du temps.
- Les scientifiques sont divisés sur l’interprétation de ces résultats, mais la controverse souligne la complexité de l’étude de l’énergie noire.
L’étude de l’énergie noire, cette force mystérieuse qui semble accélérer l’expansion de l’univers, est au cœur d’une vive controverse scientifique. Des données récentes, issues notamment du Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI), un télescope situé dans le désert de l’Arizona, suggèrent que cette force pourrait ne pas être constante, remettant en question les modèles cosmologiques établis.
Jusqu’à présent, les astronomes pensaient que l’expansion de l’univers, amorcée avec le Big Bang il y a environ 13,8 milliards d’années, devait progressivement ralentir sous l’effet de la gravité. Cependant, en 1998, la découverte de l’énergie noire a bouleversé cette vision. Des observations d’étoiles très brillantes, appelées supernovae, ont révélé que l’expansion s’accélérait au contraire. Certaines théories prédisaient alors un univers en expansion constante, où les galaxies s’éloigneraient les unes des autres jusqu’à devenir invisibles, voire une désintégration des atomes dans un « Big Rip ».
La controverse actuelle a débuté en mars dernier avec les premiers résultats du DESI. Cet instrument, conçu pour cartographier l’accélération de millions de galaxies, a livré des données inattendues. Selon le professeur Ofer Lahav, de l’University College de Londres, impliqué dans le projet DESI :
« Maintenant, avec cette énergie sombre changeante qui monte et descend, nous avons besoin d’un nouveau mécanisme. Et cela pourrait être une révolution pour l’ensemble de la physique. »
Ofer Lahav, professeur à l’University College de Londres
En novembre, une équipe sud-coréenne a publié des recherches corroborant l’idée d’une énergie noire plus complexe que prévu. Le professeur Young Wook Lee, de l’Université Yonsei de Séoul, et son équipe ont réanalysé les données des supernovae qui avaient initialement révélé l’existence de l’énergie noire. En tenant compte de l’âge des galaxies d’origine de ces supernovae, ils ont recalculé leur luminosité réelle. Leurs résultats suggèrent que l’accélération de l’expansion pourrait non seulement varier dans le temps, mais aussi ralentir.
Le professeur Lee affirme sans détour :
« Le destin de l’Univers va changer. Si l’énergie noire n’est pas constante et s’affaiblit, cela changera tout le paradigme de la cosmologie moderne. »
Young Wook Lee, professeur à l’Université Yonsei de Séoul
Si l’énergie noire s’affaiblissait, la gravité pourrait reprendre le dessus et provoquer une contraction de l’univers, un scénario connu sous le nom de « Big Crunch ».
Ces conclusions ne font pas l’unanimité. Le professeur George Efstathiou, de l’Institut d’astronomie de l’Université de Cambridge, reste sceptique :
« Je pense que cela reflète simplement les détails confus des supernovae. La corrélation avec l’âge n’est pas très forte, donc je pense qu’il est dangereux d’appliquer une ‘correction’. Cela me semble peu judicieux. »
George Efstathiou, professeur à l’Institut d’astronomie de l’Université de Cambridge
Malgré les critiques, le professeur Lee défend ses résultats, basés sur l’analyse de 300 galaxies, avec une signification statistique qu’il estime à une chance sur mille milliards que ce soit dû au hasard. Des équipes indépendantes ont depuis réévalué les données des supernovae, confirmant la complexité de l’équation, sans pour autant trancher définitivement.
Selon le professeur Robert Massey, directeur adjoint de la Royal Astronomical Society (RAS), ce débat est sain et témoigne de la rigueur scientifique :
« Qui ne veut pas comprendre comment l’univers va se terminer et comment il a commencé ? Les humains ont toujours été intéressés par cela, que ce soit d’un point de vue religieux ou scientifique. Ne serait-il pas extraordinaire de pouvoir penser : ‘Eh bien, c’est ainsi que les choses finiront dans plusieurs milliards d’années’ ? »
Robert Massey, directeur adjoint de la Royal Astronomical Society
Source des images, Marilyn Sargent/Laboratoire de Berkeley