Un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) révèle que la décarbonation du secteur de la construction stagne mondialement. Ce constat intervient alors que les stratégies de logement abordable au Kenya, portées par le président William Ruto, reçoivent un soutien indirect grâce à l’adoption de normes de refroidissement passif recommandées par l’ONU.
Le poids colossal de la construction sur le climat mondial
cluster (priority): Construction Digital
L’impact de l’industrie du bâtiment sur la biosphère dépasse largement la simple question de l’infrastructure physique. Selon les données du dernier rapport mondial sur l’état des bâtiments et de la construction, le secteur est devenu l’un des moteurs principaux du réchauffement planétaire. L’extraction de ressources est massive : près de la moitié des matériaux prélevés sur Terre sont destinés à la construction.
L’ampleur de cette empreinte est illustrée par les statistiques suivantes, rapportées par CBC :
Indicateur de l’impact sectoriel
Part mondiale estimée
Émissions de carbone mondiales
37 %
Consommation d’énergie mondiale
28 %
Extraction de matériaux terrestres
Près de 50 %
Cette domination des ressources et des émissions crée une vulnérabilité accrue face aux chocs énergétiques et aux crises du logement. Chaque semaine, l’équivalent de la superficie de la ville de Paris est ajouté à la surface de plancher mondiale, un rythme de croissance qui défie les efforts de régulation climatique.
Une décarbonation qui stagne malgré les progrès techniques
cluster (priority): Carboncopy.info
Malgré une amélioration de l’intensité énergétique des bâtiments, la trajectoire globale de réduction des émissions semble s’essouffler. L’indice de suivi climatique des bâtiments de l’ONU, qui mesure les progrès de la décarbonation, est passé de trois points en 2023 à 2,8 en 2024, selon une analyse de Construction Digital.
Ce recul s’explique par une hausse de 1 % des émissions opérationnelles, qui ont atteint un niveau record de 9,9 gigatonnes de CO2 en 2024. Pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris et viser la neutralité carbone d’ici 2050, le secteur doit impérativement réduire ses émissions opérationnelles de 56 % d’ici 2030.
Si l’efficacité énergétique a permis de limiter la croissance de la demande d’énergie — la surface de plancher ayant augmenté de 20 % en dix ans alors que la demande n’a progressé que de 11 % — ces gains sont systématiquement annulés par l’urbanisation rapide et la croissance démographique.
Le modèle kenyan et l’essor du refroidissement passif
Dans ce contexte de stagnation, certaines initiatives nationales commencent à tracer une voie de résilience. Le Kenya, par exemple, s’est distingué en adoptant en 2025 un nouveau code de construction énergétique qui impose le refroidissement passif. Cette décision place le pays parmi les nations pionnières en matière de construction durable.
Cette orientation stratégique semble valider les politiques de logement abordable du président William Ruto. Comme l’indique The Star, le rapport de l’ONU apporte une forme de confiance climatique aux plans de logement du gouvernement kenyan, en soulignant l’importance de méthodes qui allient coût réduit et efficacité thermique.
Le refroidissement passif, qui utilise l’ombrage, les surfaces réfléchissantes, l’isolation et la ventilation naturelle, est pourtant encore trop peu utilisé. Ian Hamilton, co-auteur du rapport, a souligné que ces techniques sont actuellement
« critiquement sous-représentées »
ONU : ouverture du Sommet de la société civile au Kenya
Ian Hamilton, co-auteur du rapport de l’ONU
L’enjeu est de taille : le refroidissement par climatisation consomme des quantités massives d’électricité et libère des réfrigérants, des gaz à effet de serre puissants. À l’inverse, des structures conçues pour la ventilation naturelle, à l’instar de certains édifices religieux en Afrique, démontrent qu’il est possible de réguler la température sans recours systématique aux énergies fossiles.
Le défi de l’intelligence opérationnelle et du financement
cluster (priority): CBC
Au-delà des matériaux de construction, un autre défi invisible menace les objectifs climatiques : la gestion quotidienne des bâtiments. Une analyse de AutomatedBuildings.com souligne que l’inefficacité énergétique se cache souvent dans de petites déviations opérationnelles normalisées, comme des systèmes de ventilation mal calibrés ou des équipements fonctionnant inutilement.
La visibilité des données ne suffit plus ; il faut désormais une véritable intelligence opérationnelle pour transformer les flux d’informations en actions concrètes de réduction d’émissions. Sans cette capacité à comprendre et à corriger les dérives quotidiennes, les bâtiments continueront de gaspiller l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.
Enfin, l’écart financier reste abyssal. Bien que les investissements mondiaux dans l’efficacité énergétique aient atteint 275 milliards de dollars en 2024, une augmentation de 38 % par rapport à 2015, cela demeure largement insuffisant. Selon les conclusions présentées par Carboncopy.info, un investissement cumulé supplémentaire de 3,6 billions de dollars est nécessaire d’ici 2030 pour s’aligner sur une trajectoire de zéro émission nette.
« Les bâtiments peuvent soit verrouiller les risques climatiques, soit offrir des conditions de vie plus sûres, plus saines et plus abordables. Avec la moitié des bâtiments mondiaux devant encore être construits ou rénovés d’ici 2050, les gouvernements disposent d’une opportunité critique pour impulser une construction résiliente et sans émissions grâce à de meilleures politiques, des codes et des investissements. »
Inger Andersen, Directrice exécutive du PNUE
La fenêtre d’opportunité pour transformer le secteur de la construction est étroite. Entre la nécessité de financer massivement la rénovation et l’urgence d’intégrer des technologies de refroidissement passif, les décideurs politiques sont désormais face à un choix structurel qui déterminera la viabilité climatique de nos villes pour les prochaines décennies.
Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.