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Ratcliffe lutte contre un fardeau de 18 milliards de livres sterling alors que les fonds vautours encerclent

Publié le 30 décembre 2023 04:35:00. Le géant industriel Ineos, dirigé par Sir Jim Ratcliffe, est confronté à une crise financière majeure, avec une dette s'élevant à plus de 18 milliards de livres sterling (environ 21 milliards d'euros)…

Ratcliffe lutte contre un fardeau de 18 milliards de livres sterling alors que les fonds vautours encerclent

Publié le 30 décembre 2023 04:35:00. Le géant industriel Ineos, dirigé par Sir Jim Ratcliffe, est confronté à une crise financière majeure, avec une dette s’élevant à plus de 18 milliards de livres sterling (environ 21 milliards d’euros) et une pression croissante des marchés financiers.

  • La dette d’Ineos s’élève à plus de 18 milliards de livres sterling, entraînant une baisse de la valeur de ses obligations.
  • Les coûts de service de la dette ont augmenté de 600 millions de livres sterling (environ 714 millions d’euros) en un an, atteignant 1,8 milliard de livres sterling (environ 2,1 milliards d’euros).
  • Les agences de notation de crédit ont dégradé la note d’Ineos, soulignant une détérioration de ses performances opérationnelles.

Les créanciers d’Ineos manifestent une inquiétude croissante, se débarrassant de la dette de l’entreprise à des prix en baisse. Cette situation ouvre la porte à des fonds spéculatifs de Wall Street, spécialisés dans l’acquisition de dettes en difficulté, qui voient une opportunité de profit. Environ 5 milliards de livres sterling (environ 5,9 milliards d’euros) d’emprunts d’Ineos se négocient désormais à des niveaux suggérant un risque sérieux de défaut de paiement.

Cette crise rappelle une période sombre pour Ineos, à la suite de la crise financière mondiale de 2008. L’entreprise avait alors frôlé la faillite après avoir violé les clauses restrictives de sa dette, ne survivant qu’après une restructuration coûteuse imposée par ses créanciers. Sir Jim Ratcliffe avait alors dénoncé des créanciers « prédateurs ».

Les enjeux sont aujourd’hui plus importants. La dette combinée d’Ineos Group Holdings et d’Ineos Quattro Holdings – qui représentent environ les deux tiers de l’empire industriel – a augmenté de près de 3 milliards de livres sterling (environ 3,6 milliards d’euros) au cours de la dernière année. Les marchés obligataires ont réagi vivement, avec une chute significative de la valeur des obligations Ineos, certaines passant de plus de 90 cents par dollar en octobre à 70-80 cents actuellement. Les vendeurs à découvert se positionnent de plus en plus sur la dette d’Ineos, anticipant une nouvelle baisse des prix.

Les agences de notation de crédit accentuent la pression. Moody’s a dégradé la note d’Ineos à deux reprises depuis septembre, invoquant une forte détérioration des performances opérationnelles. Le chiffre d’affaires a diminué de 20 %, tandis que le bénéfice avant impôts a chuté de 55 %. L’agence met en garde contre un « effet de levier élevé », avec un ratio d’endettement atteignant 13,5 fois les bénéfices, dans un contexte de surcapacité, de faible demande et de coûts énergétiques et réglementaires élevés.

Selon des sources proches de l’industrie, la situation est préoccupante. Un dirigeant a qualifié les résultats du troisième trimestre de « désastreux », avertissant que l’augmentation des coûts de refinancement pourrait pousser l’entreprise au bord du gouffre si les marchés financiers restent fermés.

La crise attire l’attention de spécialistes de la dette en difficulté, notamment des fonds liés à Elliott Management, connus pour leurs tactiques agressives. Ces investisseurs cherchent souvent à obtenir un remboursement intégral par le biais de litiges ou à prendre le contrôle de l’entreprise en échange de dettes.

Sir Jim Ratcliffe attribue les difficultés d’Ineos à une combinaison de facteurs, notamment les coûts énergétiques élevés en Europe, les perturbations du commerce mondial et l’afflux d’importations chinoises à bas prix. Il a également critiqué les politiques européennes de neutralité carbone, estimant que les coûts liés au carbone « tuent l’industrie manufacturière ». En avril, Ineos a fermé sa dernière raffinerie de pétrole au Royaume-Uni, à Grangemouth, entraînant la perte de 400 emplois, et a depuis annoncé des fermetures d’usines en Allemagne et aux États-Unis.

Ineos a déjà mis en œuvre une stratégie de réduction des coûts, fermant des sites de production, licenciant des employés, supprimant des parrainages sportifs et vendant des actifs non essentiels. Même les ambitions sportives de Sir Jim Ratcliffe ont été revues à la baisse, Ineos ayant mis fin à certains partenariats de haut niveau et annulé des investissements liés à l’acquisition de la marque Belstaff.

Cependant, ces mesures pourraient ne pas suffire. Le projet One, une nouvelle usine de plastique en construction en Belgique, vise à relancer la production européenne, mais représente un investissement supplémentaire de 3 milliards de livres sterling (environ 3,6 milliards d’euros) et donc une augmentation de la dette. Sir Jim Ratcliffe a reconnu que, dans les conditions actuelles du marché, ce projet n’aurait peut-être pas été approuvé.

Certains conseillers mettent en garde contre le risque de « jeter de l’argent par les fenêtres » en poursuivant ce projet, tandis que d’autres estiment qu’abandonner One nuirait à la compétitivité à long terme d’Ineos.

Les banques suivent de près la situation. Barclays, qui avait joué un rôle clé dans le sauvetage d’Ineos lors de la crise financière de 2008, a récemment averti que les groupes chimiques européens devaient donner la priorité à la réduction de leur dette, sous peine de devenir « sans valeur » en cas de nouveau ralentissement économique.

Ineos assure avoir tiré les leçons du passé et affirme contrôler rigoureusement ses coûts et sa trésorerie. Des sources internes affirment que l’entreprise est mieux préparée qu’il y a 15 ans. Cependant, avec la chute des prix des obligations et l’intérêt croissant des créanciers activistes, l’issue de cette crise pourrait ne plus dépendre uniquement de Sir Jim Ratcliffe.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.