Home AffairesRattrapage des matières premières: Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d’or?

Rattrapage des matières premières: Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d’or?

by Amélie Bernard

Publié le 2024-10-27 14:35:00. L’or connaît une ascension spectaculaire, défiant les performances des marchés financiers mondiaux et retrouvant son statut d’actif refuge privilégié, porté par les tensions géopolitiques et les inquiétudes croissantes concernant la dette souveraine.

  • Les achats massifs d’or par les banques centrales, motivés par des préoccupations liées à la sécurité et à la diversification, soutiennent une hausse des prix.
  • L’or pourrait supplanter les bons du Trésor américain comme principal actif de réserve, modifiant profondément l’architecture financière mondiale.
  • Malgré ses récents gains, le potentiel de l’or reste élevé, notamment si les banques centrales continuent leur stratégie de diversification.

L’or a connu une progression remarquable ces dernières années, surpassant les performances des actions américaines et internationales depuis le début du siècle. Cette dynamique est alimentée par un changement fondamental de la demande, renforcé par les achats importants des banques centrales. Les experts estiment que cette tendance haussière n’en est qu’à ses débuts, l’or étant en passe de redevenir l’actif de réserve dominant.

Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cet intérêt renouvelé pour l’or. Les tensions géopolitiques grandissantes, les déséquilibres économiques croissants et l’aggravation des perspectives de dette incitent les banques centrales à renforcer leurs réserves d’or. L’or est perçu comme une valeur refuge en période d’incertitude, offrant une protection contre les risques économiques et politiques.

Historiquement, l’or a joué un rôle central dans le système monétaire mondial. Du tournant du XXe siècle jusqu’à la décision du président Nixon de rompre le lien entre le dollar américain et l’or en 1971, l’or était l’actif de réserve principal, directement ou indirectement via la convertibilité des devises. Cette rupture a placé la dette du Trésor américain au cœur du système financier mondial, inaugurant l’ère de la monnaie fiduciaire. Les excédents commerciaux étaient alors réinvestis dans des actifs libellés en dollars, créant une demande structurelle pour la monnaie américaine.

Cependant, les préoccupations budgétaires et géopolitiques croissantes ont remis en question cette dynamique ces dernières décennies. La dette américaine a considérablement augmenté, passant de 35 % du PIB en 1970 à 124 % à la fin de 20243. Le Bureau du Budget du Congrès prévoit que ce ratio pourrait dépasser les 155 % d’ici 20554. Bien que cette tendance à l’endettement soit mondiale, les États-Unis, en tant que détenteur de la monnaie de réserve mondiale, bénéficient d’un avantage en termes de risque de défaut.

C’est dans ce contexte que les banques centrales ont commencé à augmenter leurs allocations d’or, considérant ce métal précieux comme une alternative logique à la dette, en raison de sa liquidité et de sa stabilité. Cette tendance s’est confirmée, les banques centrales achetant de l’or chaque année depuis 20105. À la fin de 2024, l’or représentait 19 % des réserves des banques centrales, un pourcentage inférieur aux moyennes observées après l’abandon de l’étalon-or de Bretton Woods (29 % et 70 % respectivement)6.

L’année 2022 a marqué un tournant, avec une augmentation de 140 % du volume des achats d’or par les banques centrales, dépassant les mille tonnes métriques7. Cette accélération a été déclenchée par la saisie des réserves russes suite à l’invasion de l’Ukraine. Cet événement a incité d’autres pays, notamment ceux ayant des relations géopolitiques moins alignées avec l’Occident, à protéger leur richesse en détenant de l’or physique. La Banque populaire de Chine a été le plus gros acheteur d’or depuis 20228. Global X ETFs estime que les tensions géopolitiques actuelles continueront de soutenir cette tendance à la diversification vers l’or.

Les banques centrales signalent leur intention de poursuivre cette stratégie. Une enquête récente montre que 76 % d’entre elles prévoient d’augmenter leurs réserves d’or au cours des cinq prochaines années10. Il est important de noter que cette diversification vers l’or n’implique pas nécessairement une remise en question du rôle du dollar américain comme monnaie de réserve mondiale. Le dollar reste le principal moyen d’échange, tandis que l’or est considéré comme une réserve de valeur.

En conclusion, l’or est susceptible de jouer un rôle de plus en plus important dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique et les défis économiques. Sa réémergence en tant qu’actif de réserve pourrait perturber les tendances macroéconomiques des dernières décennies, notamment le réinvestissement des excédents commerciaux dans les bons du Trésor américain. Une diminution de la demande pour les actifs américains pourrait affaiblir le dollar, facilitant le remboursement de la dette pour de nombreux pays et offrant aux banques centrales une plus grande flexibilité en matière de politique monétaire.

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