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Reading for the New Year

by Antoine Girard

À l’aube de cette nouvelle année, plusieurs critiques littéraires se penchent sur les lectures qui ont marqué l’année écoulée, proposant ainsi un aperçu des œuvres qui ont particulièrement résonné avec eux. Ces recommandations, qui se poursuivront dans les semaines à venir, offrent un guide précieux pour enrichir votre propre pile de livres à découvrir.

« Chercher l’attention » d’Adam Phillips

Le psychanalyste Adam Phillips propose une relecture surprenante de la quête d’attention, la considérant non pas comme un défaut, mais comme une démarche sociale, significative et précieuse. L’auteur admet d’emblée qu’il ne s’attend pas à apprécier pleinement cet ouvrage : « Pour être honnête, je ne pense pas que j’aimerai beaucoup ce livre. Je m’attends à secouer le poing et à crier : « Non, non, non ! » » Cependant, il espère que cette lecture lui permettra de remettre en question ses propres préjugés sur le sujet. Fort d’une vingtaine d’ouvrages explorant des aspects méconnus de la vie quotidienne – comme l’abandon, le regret ou l’ennui – Phillips publiera en janvier un nouveau livre sur l’écart entre désir et réalité.

« L’Enfant de l’étranger » d’Alan Hollinghurst

L’écrivain a décelé un véritable coup de cœur en relisant un roman qu’il avait acquis en 2011 et laissé prendre la poussière pendant quinze ans. « L’Enfant de l’étranger » débute en 1913, lorsque George, un étudiant de Cambridge, présente son ami Cecil à sa famille. Cecil, un aristocrate flamboyant aspirant à devenir poète, laisse derrière lui un poème énigmatique, à la fois déclaration d’amour à la sœur adolescente de George, Daphne, et allusion à une relation secrète avec ce dernier. Le récit s’étend ensuite sur plusieurs décennies, témoignant de la mort prématurée de Cecil pendant la Première Guerre mondiale, de l’engouement suscité par son œuvre et de la vie tumultueuse de Daphne, mariée au frère de Cecil. Hollinghurst parvient à capturer l’essence du temps qui passe, chaque époque devenant un monde à part entière, influencé par le passé. L’auteur réussit à créer un roman du XXIe siècle ancré dans la tradition du réalisme britannique, sans tomber dans le piège du simple décorum historique. Il est frappant de constater que, vers la fin du roman, Daphne et ses contemporains semblent se souvenir moins de ces jours avec Cecil que le lecteur, qui les a vécus plus récemment.

« Vendredi » de Michel Tournier

Michel Tournier revisite l’histoire de Robinson Crusoé dans son roman « Vendredi », publié initialement en 1967. L’auteur a été agréablement surpris par cette œuvre, qu’il pensait initialement simple et prévisible. Le roman se révèle en réalité imprévisible, captivant et empreint d’humour et de pathos. Crusoé y développe un système juridique, crée un Conservatoire des Poids et Mesures et tombe amoureux d’une grotte. L’arrivée de Vendredi perturbe l’ordre établi par Crusoé, tout en le transformant et le reconstruisant. Le ton du livre oscille entre philosophie, jeu, désespoir et sensualité. Tournier s’éloigne des détails précis de l’œuvre originale, notamment dans sa conclusion, ce qui renforce paradoxalement la fidélité et la profondeur de ses réflexions sur l’isolement, la société et la nature.

« S’élever en tombant » de Richard Rohr

Un ami, ancien ouvrier du bâtiment devenu diacre luthérien, est décédé l’automne dernier des suites d’un cancer. Durant ses derniers mois, ils avaient l’habitude de prier et de lire de la poésie ensemble, et espéraient pouvoir étudier un livre en commun. Ce projet n’a pas pu être mené à bien, mais la semaine précédant son décès, l’ami a offert à l’auteur le livre qu’il avait choisi pour cette étude : « S’élever en tombant » du prêtre franciscain Richard Rohr. La lecture a débuté dès cette nuit-là, avec la préface de Brené Brown, puis s’est interrompue lorsqu’il est tombé sur l’un de ses poèmes préférés, « As Kingfishers Catch Fire » de Gerard Manley Hopkins. Une pleine lune illuminait le ciel ce soir-là, et l’auteur a envoyé un message à son ami à propos du poème, se demandant si ce serait le dernier qu’il verrait. Malheureusement, ce fut le cas. Cependant, au fil des semaines et de l’hiver qui s’installait, il a finalement repris la lecture, avec la ferme intention d’honorer la mémoire de son ami en partageant ses réflexions sur les transitions spirituelles avec le plus grand nombre possible de personnes.

« Vies brèves » d’Anita Brookner

L’auteure a eu la joie de découvrir l’œuvre d’Anita Brookner, décédée en 2016, et dont elle n’avait jamais lu aucun livre auparavant. Elle a commencé avec « Vies brèves » (1990), qui explore la relation complexe entre Julia, une femme dominante, et Fay, une personne plus discrète. L’histoire est racontée du point de vue de Fay, mariée à Owen, un avocat dont le partenaire, Charlie, est marié à Julia, ce qui les amène à se fréquenter malgré elles. « En gros, je la trouvais alarmante, et elle me trouvait ennuyeuse », confie Fay. Le roman ne connaît pas d’événements particulièrement dramatiques, mais Brookner excelle à révéler les tempêtes émotionnelles qui se cachent derrière la routine apparemment paisible de la vie bourgeoise et de femmes introverties. L’auteur rappelle Barbara Pym, dont l’œuvre elle a également découvert tardivement et qu’elle a dévorée avec le même enthousiasme.

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