Des chercheurs de la Côte d’Azur et d’institutions internationales ont identifié de nouvelles pistes thérapeutiques contre la maladie d’Alzheimer, ciblant la protéine AETA ou repositionnant des médicaments anticancéreux. Ces avancées, publiées dans des revues comme Cell, montrent une réduction des lésions cérébrales et une amélioration de la mémoire chez des modèles animaux.
La protéine AETA : une piste pour expliquer la vulnérabilité des femmes
L’équipe dirigée par l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC/CNRS/INSERM/Université Côte d’Azur) a mis en lumière le rôle d’un fragment de protéine nommé AETA. Issu de la protéine APP, l’AETA agit normalement comme un régulateur des synapses pour éviter la saturation des circuits neuronaux. Cependant, selon Nice-Matin, ce peptide se retrouve à des niveaux anormalement élevés dans le cerveau des patients atteints d’Alzheimer.

“Chez les malades, l’AETA est très nettement augmenté dans l’hippocampe et le cortex préfrontal, deux régions impliquées dans la mémoire et les fonctions cognitives” Jade Dunot, principale investigatrice de l’étude
L’analyse de 38 cerveaux de patients et 23 cerveaux sains révèle que cette surexpression entraîne une diminution des épines dendritiques et un dysfonctionnement des récepteurs NMDA, essentiels à l’apprentissage. L’étude souligne une disparité de genre marquée : chez les femelles, l’excès d’AETA provoque des déficits de mémoire et une prolifération des cellules immunitaires du cerveau (astrocytes et microglies), des anomalies absentes chez les mâles. Ce constat pourrait expliquer pourquoi les femmes représentent près des deux tiers des patients.
Le Spadin : stimuler la plasticité cérébrale et la survie neuronale
Parallèlement, des laboratoires français du CNRS, de l’Inserm et de l’Université Côte d’Azur travaillent sur une molécule expérimentale appelée Spadin. Initialement étudiée pour traiter la dépression, cette molécule cible le canal ionique TREK-1. D’après ma-sante.news, le Spadin agit comme un agent neuroprotecteur capable de réduire l’inflammation cérébrale et le stress oxydatif.

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Le Spadin se distingue par sa capacité à stimuler la plasticité cérébrale, soit l’aptitude du cerveau à créer de nouvelles connexions entre les neurones. Dans les modèles animaux, le traitement a permis d’améliorer les capacités de mémorisation et d’apprentissage, tout en favorisant la survie des cellules nerveuses qui, normalement, cessent de fonctionner avant de mourir dans la pathologie d’Alzheimer.
Létrozole et Irinotécan : quand l’oncologie cible les protéines Tau
Une approche différente consiste à détourner des traitements existants. Une étude publiée dans la revue Cell indique que deux médicaments utilisés contre le cancer pourraient atténuer les altérations cérébrales. Le létrozole, employé pour le cancer du sein, et l’irinotécan, utilisé pour les cancers du côlon et du poumon, ont été identifiés comme “les candidats les plus prometteurs” via la base de données Connectivity Map, rapporte Marie Claire.
L’efficacité de ce duo repose sur une action complémentaire :
- Létrozole : agit directement au niveau des neurones.
- Irinotécan : intervient sur les cellules gliales, qui soutiennent et isolent les cellules nerveuses.
L’administration conjointe de ces deux molécules a permis de réduire considérablement les amas de protéine tau, responsables d’enchevêtrements toxiques à l’intérieur des neurones, tout en améliorant les performances cognitives des souris testées.
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Le Compound 10 : protéger les mitochondries pour freiner la dégénérescence
En Suisse, l’ETH Zurich explore une voie énergétique. Leurs recherches portent sur une molécule baptisée Compound 10, dont les résultats ont été publiés dans Cell Reports Medicine en juin 2026. Cette molécule cible l’enzyme GRK2, dont l’accumulation perturbe le fonctionnement des mitochondries, les centrales énergétiques des cellules. Selon Top Santé, le Compound 10 empêche les regroupements anormaux liés à GRK2, rendant les neurones moins vulnérables.
Les essais sur souris montrent non seulement un ralentissement de la perte neuronale et une survie prolongée des animaux, mais suggèrent également un effet de ralentissement du vieillissement cellulaire. Cette découverte déplace le curseur thérapeutique : au lieu de s’attaquer aux plaques amyloïdes, les chercheurs ciblent ici la survie intrinsèque de la cellule.
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Analyse : un changement de paradigme thérapeutique
Pendant des décennies, la recherche s’est concentrée sur les protéines amyloïde bêta et Tau, avec des résultats souvent décevants. Ces quatre pistes récentes marquent une diversification stratégique. On observe une transition vers des mécanismes plus complexes : la régulation synaptique (AETA), la plasticité ionique (Spadin), la santé mitochondriale (Compound 10) et la synergie neuronale/gliale (médicaments anticancéreux).

Le point commun de ces avancées est leur stade de développement. Qu’il s’agisse du Spadin, du Compound 10 ou du duo létrozole-irinotécan, l’efficacité a été démontrée exclusivement sur des modèles animaux. Le passage aux essais cliniques humains reste l’étape critique, nécessitant la validation de la sécurité et de la dose efficace.
L’implication la plus immédiate réside dans la compréhension de la maladie. En identifiant l’AETA comme facteur de vulnérabilité accrue chez les femmes, la science s’approche d’une médecine personnalisée, où le traitement pourrait varier selon le sexe ou le profil génétique du patient.
L’information contenue dans cet article est fournie à titre informatif. Pour tout diagnostic ou traitement, il est impératif de consulter un professionnel de santé qualifié.
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