Standoff over Ebola victim’s coffin ends with billowing tear gas
Médecins Sans Frontières a alerté lundi des « lacunes dangereuses » dans la lutte contre une épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo, ayant déjà causé 181 décès sur 782 cas confirmés. L'organisation souligne que l'épidémie, centrée sur…
Médecins Sans Frontières a alerté lundi des « lacunes dangereuses » dans la lutte contre une épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, ayant déjà causé 181 décès sur 782 cas confirmés. L’organisation souligne que l’épidémie, centrée sur la province de l’Ituri, dépasse actuellement les capacités de réponse médicale et sanitaire.
L’expansion du virus dans les zones de santé de l’Ituri et du Nord-Kivu
Le bilan officiel, relayé par le Daily Maverick, confirme 782 cas et 181 décès. Cette 17e épidémie en RDC s’est propagée dans trois provinces de l’est : l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. La situation s’est aggravée avec l’apparition de cas dans deux nouvelles zones de santé, notamment à Nia-Nia dans l’Ituri et à Mabalako dans le Nord-Kivu.
L’inquiétude des autorités sanitaires repose sur la nature même du virus. La souche responsable est celle de Bundibugyo, pour laquelle il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement approuvé. Le virus se transmet par contact étroit et par les fluides corporels, provoquant une fièvre hémorragique souvent fatale.
La répartition géographique actuelle montre une saturation rapide des infrastructures :
Province de l’Ituri : 20 zones de santé touchées sur 36.
Province du Nord-Kivu : 10 zones de santé touchées sur 34.
Province du Sud-Kivu : 1 zone de santé touchée.
Les failles critiques du dépistage et du diagnostic
L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) estime que le nombre réel de victimes est probablement bien plus élevé que les chiffres officiels. Selon Kate White, coordinatrice médicale d’urgence de MSF en RDC, l’épidémie progresse plus vite que les efforts de riposte un mois après sa déclaration officielle le 15 mai.
Photo: Daily Maverick
« Ce que nous savons, c’est que la plupart des centres de traitement de la province de l’Ituri sont débordés ; beaucoup de nos patients arrivent à un stade avancé de la maladie, et la majorité n’avaient jamais été identifiés ou surveillés comme contacts avant de demander des soins. »
Kate White, coordinatrice médicale d’urgence de MSF en RDC
Le maillon faible de la riposte est le dépistage. Bien que des kits de tests mobiles spécifiques à la souche Bundibugyo soient arrivés dans l’est du pays, l’accès reste limité pour de nombreuses communautés. Dans le Nord-Kivu, un seul laboratoire est capable de tester les échantillons sanguins, entraînant des délais significatifs dans la réception des résultats.
Kate White a précisé que « le dépistage reste l’une des faiblesses les plus significatives de la réponse » et a averti que sans tests plus rapides et largement disponibles, l’endiguement de l’épidémie sera impossible.
La méfiance sociale et l’insécurité dans les camps de déplacés
L’intervention médicale se heurte à un climat d’insécurité et à une méfiance profonde envers les autorités. Dans le camp de déplacés de Kpangba, premier site de ce secteur à enregistrer des décès liés à Ebola, des tensions violentes ont éclaté. Comme le rapporte TimesLIVE, des habitants en colère ont chassé les agents de santé de la zone, niant que les décès soient causés par le virus.
Warning shots, tear gas in DRC as Ebola medics try to recover coffin
« À ce jour, nous ne sommes pas en mesure d’assurer le suivi des contacts de ces cas »
Photo: TimesLIVE
Jean-Claude Lonzama, médecin chef de la zone de santé de Nizi
Le risque sanitaire est exacerbé par la densité et la précarité des sites. La zone de santé de Nizi compte 22 sites de déplacés abritant environ 81 124 résidents. Dans ces camps, où des centaines de personnes partagent parfois un seul WC, l’absence de mesures préventives et la défécation à l’air libre accélèrent la propagation du virus.
Cette situation est critique alors que plus de 5 millions de déplacés vivent dans les trois provinces touchées, toutes dévastées par des décennies de conflits. Des centres de traitement ont déjà été attaqués par des populations convaincues que l’Ebola est un canular ou refusant les protocoles d’enterrement sécurisés.
L’ombre des épidémies passées et les risques d’escalade
L’histoire sanitaire de la région alimente les craintes actuelles. Entre 2018 et 2020, l’épidémie la plus meurtrière de RDC a causé près de 2 300 décès sur 3 500 cas. À l’époque, la violence contre les infrastructures de santé avait conduit à la mort de plus de 25 agents de santé, un scénario qui semble se répéter avec les attaques récentes contre les centres de traitement.
Les experts craignent que, sans une action urgente, l’épidémie actuelle ne rivalise avec l’ampleur de la crise de 2014 en Afrique de l’Ouest, qui avait fait plus de 11 000 morts pour 28 000 cas.
Le blocage actuel repose sur un cercle vicieux : l’insécurité empêche l’accès aux communautés, et le manque de tests rapides empêche l’identification précoce des malades, laissant le virus se propager « sous le radar » avant même que l’alerte ne soit donnée.
Note : Cet article est fourni à titre informatif. Pour tout conseil médical ou question relative à la santé, veuillez consulter un professionnel de santé qualifié.
Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.