Home DivertissementRenato Casaro, le génie qui a conçu le cinéma: de Trinity à Nikita. “J’ai passé des heures en silence sur le plateau, j’ai fait pleurer Bertolucci”

Renato Casaro, le génie qui a conçu le cinéma: de Trinity à Nikita. “J’ai passé des heures en silence sur le plateau, j’ai fait pleurer Bertolucci”

by Antoine Girard

Publié le 30 septembre 2025 23h16. Le maître de l’affiche de cinéma, Renato Casaro, est décédé à l’âge de 89 ans, laissant derrière lui un héritage visuel qui a marqué des générations de spectateurs. De Leone à Bertolucci, il a su capturer l’essence même des films qu’il illustrait.

Renato Casaro, figure emblématique de l’art de l’affiche, s’est éteint hier à Treviso, sa ville natale. Son travail, reconnu pour son impact et son originalité, a façonné l’imaginaire collectif autour de certains des plus grands films de l’histoire du cinéma.

Arrivé à Rome en 1953, après avoir abandonné des études de design naval pour suivre sa passion pour le septième art, Casaro a rapidement trouvé sa voie à Cinecittà. Il se souvenait encore de ce voyage désespéré : « La fumée des galeries, le sommeil… Pour moi, c’était comme aller en Amérique. » Son premier travail, bien qu’il ne s’agisse pas d’un chef-d’œuvre, lui a ouvert les portes du métier : une femme en jupe verte et un cadavre sur le sol, une image qui résumait déjà sa capacité à créer des affiches percutantes.

Casaro avait une approche unique, s’immergeant dans l’univers de chaque film pour en saisir l’âme. Il travaillait souvent directement sur les plateaux de tournage, capturant les gestes, les regards, l’atmosphère. Avec Bud Spencer et Terence Hill, il tissait des liens d’amitié qui se reflétaient dans ses affiches, souvent réalisées à partir de photos prises pendant les pauses. Son affiche pour Trinity, avec le célèbre chapeau qui tombe, est devenue iconique : « Ce chapeau qui tombe, c’était mon idée », confiait-il.

Sa collaboration avec Sergio Leone, dans les studios d’EUR, a également été marquante. Pour Le Bon, la Brute et le Truand, il a créé deux affiches : l’une sans titre, l’autre mettant en scène l’acteur de dos, une intuition brillante qui a contribué au succès du film. Dino de Laurentiis, son « grand-père », lui accordait une grande confiance, lui confiant des projets ambitieux comme l’adaptation cinématographique de la Bible.

Casaro était également un maître de l’adaptation et de l’ingéniosité. Dans les années 60, pour contourner la censure, il a recouvert le corps nu d’une actrice d’une rose grise et délicate. « Aurelio m’a dit : ils vont l’interdire. Mais finalement, il est passé », racontait-il. À Milan, l’affiche a même été affichée sur un échafaudage d’un immeuble en rénovation, attirant l’attention de tous les passants.

Il aimait se définir comme un artisan et un révolutionnaire. Il a introduit l’aérographe dans le cinéma et a utilisé l’hyperréalisme pour donner vie à ses créations. Son travail sur Ténèbres de Dario Argento, avec « une turbine de cheveux », et sur Danse avec les loups, avec « deux bandes de guerre sur le visage de Costner », témoigne de son talent et de son audace. Bertolucci pleurait devant le manifeste de Thé dans le désert, tandis que Tarantino lui adressait une lettre de félicitations.

Casaro avait une vision claire de son art : « Je dis que mon musée, c’est la route. » Il a laissé une empreinte indélébile sur le cinéma mondial, et son œuvre continuera d’inspirer les générations futures.

30 septembre 2025 (modification du 30 septembre 2025 | 23:16)

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