Une nouvelle étude publiée dans Science Translational Medicine révèle que le risque accru d’accouchements prématurés lié aux infections urinaires maternelles est principalement déclenché par la réponse immunitaire de l’organisme plutôt que par la bactérie elle-même. Les chercheurs ont identifié de potentielles cibles thérapeutiques pour prévenir ces complications.
Les infections urinaires durant la grossesse constituent un signal d’alarme bien connu dans le suivi prénatal. Pourtant, les mécanismes exacts par lesquels une simple infection de la vessie perturbe le déroulement de la gestation restaient mal cernés. Des travaux menés par des équipes du Baylor College of Medicine apportent un éclairage inédit sur ce phénomène, en démontrant que le système immunitaire maternel joue un rôle moteur dans le déclenchement des naissances avant terme.
Le modèle murin et l’inflammation excessive de la vessie
Pour explorer cette relation, l’équipe de recherche a développé un modèle murin permettant d’analyser les altérations de la réponse immunitaire spécifiques à la grossesse. Samantha Ottinger, doctorante et première auteure des travaux au sein du laboratoire de la professeure Kathryn A. Patras, a exprimé la surprise de l’équipe face aux premiers résultats de l’expérimentation.
Première auteure et doctorante dans le programme d’immunologie et de microbiologie au sein du laboratoire Patras, Samantha Ottinger a indiqué que bien que l’étude de la réponse immunitaire maternelle face aux infections urinaires constituait leur objectif initial, l’équipe a été surprise de constater que leur modèle murin reproduisait les manifestations cliniques observées chez l’humain, notamment l’accouchement prématuré.
Samantha Ottinger, graduate student in the Immunology and Microbiology Program, via News Medical
L’observation la plus marquante de ce modèle réside dans le fait que l’infection urinaire n’a provoqué un travail et un accouchement prématurés que chez la moitié des rates examinées. Les chercheurs s’attendaient à un taux plus élevé si la bactérie elle-même constituait le déclencheur direct du travail. L’analyse détaillée a montré que la charge bactérienne était pourtant similaire entre les sujets. Ce qui différenciait les rates en travail précoce était l’intensité de la réaction inflammatoire.
Le rôle clé des lymphocytes T et de l’interleukine-10
Les animaux présentant un travail précoce affichaient une inflammation vésicale excessive, de faibles concentrations d’une protéine immunitaire protectrice nommée interleukine-10 dans le sérum maternel, ainsi qu’une activation marquée des lymphocytes T. De surcroît, les observations ont indiqué que la bactérie n’avait pas besoin de se propager de la vessie vers l’appareil reproducteur pour provoquer l’incident obstétrical.

Samantha Ottinger, graduate student in the Immunology and Microbiology Program, via News Medical
Pour confirmer l’implication de ces facteurs immunitaires, l’équipe a procédé à des interventions ciblées. En administrant de l’interleukine-10 aux rates ou en bloquant les lymphocytes T au niveau des ganglions lymphatiques, les chercheurs ont réussi à prévenir l’accouchement prématuré. Ces résultats démontrent que la cascade inflammatoire, et non la simple présence du pathogène, précipite l’issue de la grossesse.
Implications cliniques et perspectives pour la santé humaine
Afin d’évaluer la pertinence de ces découvertes pour la médecine humaine, l’équipe a analysé les cytokines urinaires prélevées chez des femmes enceintes, mettant en regard ces données avec l’issue de leurs grossesses et les résultats de leurs analyses d’urines. Les conclusions confirment que les marqueurs inflammatoires liés à l’immunité des lymphocytes T se trouvent également associés aux naissances avant terme chez l’humain.

Dr. Kathryn A. Patras, associate professor of molecular virology and microbiology, via News Medical
Cette avancée offre de nouvelles pistes pour identifier des biomarqueurs capables de repérer les patientes à haut risque dès l’apparition d’une infection urinaire. L’identification de ces mécanismes immunitaires ouvre la voie à des stratégies thérapeutiques préventives ciblées, un enjeu crucial sachant que la prématurité demeure la première cause de mortalité infantile à l’échelle mondiale, avec plus d’un million de décès néonataux chaque année.