Le festival Resolution à The Place, à Londres, a offert un aperçu prometteur de la nouvelle scène chorégraphique avec une soirée consacrée à l’exploration des états liminaux et des transitions. Trois pièces, chacune à sa manière, ont interrogé les moments de passage et les fardeaux que nous portons.
La performance la plus marquante de la soirée fut sans doute Interchange, une œuvre solo interprétée par Seirian Griffiths. Le spectateur est plongé dans un purgatoire bureaucratique où Michael, fraîchement décédé, apprend par la voix impersonnelle mais affable de Sam Booth qu’il doit régler quelques affaires inachevées. Pour avancer, il doit revisiter les relations qui ont jalonné sa vie, de sa mère à ses amours éphémères. La mise en scène, qui pastiche avec un certain excès l’enfer administratif accompagné de musique d’ascenseur, donne lieu à une danse qui n’est pas tout à fait un exorcisme, mais certainement une purification. Griffiths incarne avec grâce et vivacité les souvenirs qui défilent, les moments de tourment contenus, le tout soutenu par une composition chorégraphique précise et dynamique. Des touches de hip-hop, notamment lors d’une figure de headstand ou d’une quasi-lévitation, ajoutent une légèreté surprenante, l’ombre du danseur dessinant un contour fantomatique au sol.
Bien que l’audace de la proposition soit indéniable et que la réflexion sur le poids du passé soit pertinente, le dispositif du purgatoire et la voix off s’estompent étrangement vers la fin, laissant la pièce avec une impression de travail inachevé.
La chorégraphe chinoise Qi Song a ensuite présenté Archive/Flesh/Echoes, une œuvre inspirée de l’ambiance des clubs nocturnes. Le sound designer Sanki a créé une musique éthérée, progressivement saturée de pulsations, pour un ensemble de danseurs qui s’activent après des échanges discrets, des murmures et des contacts furtifs. En transe, hypnotisés par le DJ et attirés par les jeux de lumière dorés de Sanli Lin Wang, ils ne se perdent pas dans la musique, mais s’y concentrent intensément, comme dans une autre scène où chacun recherche séparément l’extase. L’un des danseurs exprime la douleur de suivre le rythme, un autre est projeté en l’air par la force des basses. Que ce soit en groupe, dans une vague ondulante, ou en solo, les interprètes capturent l’essence d’une nuit de clubbing, son énergie fluctuante, comme si une force les poussait à danser jusqu’au bout de la nuit. La performance est pleine d’élan, mais souffre de quelques passages génériques et gagnerait à être resserrée pour atteindre la puissance transcendante de The Butterfly Who Flew Into the Rave, une œuvre similaire explorant la transe à travers la techno.
Enfin, Entrecuerpos d’Isadora D’Héloïsa explore l’espace « entre les corps », mais aussi entre le flamenco et le voguing, deux styles qu’elle considère comme liés par leurs « histoires marginalisées et leur esprit de résistance ». Accompagnée par Bryan Reyes (guitare), Ago Hernandez (percussions) et Carlos de Luisa (cante), elle alterne entre le jeu de jambes tempétueux et la passion du flamenco et les poses anguleuses et l’élégance du voguing, notamment le fameux « duck walk ». D’Héloïsa trouve des points communs, notamment dans le placement des bras, bien qu’elle isole plus facilement ses mains que ses jambes. Les percussions flamencos accentuent l’angularité du voguing. La fusion ne dépasse pas toujours la somme de ses parties, mais elle offre des moments de pur plaisir visuel, notamment grâce à une utilisation inventive des jupes, dont les volants se transforment en capes et en camouflages, alternant entre magnificence et introspection.
Le festival Resolution se poursuit à The Place, à Londres, jusqu’au 25 février.