Publié le 30 décembre 2025 à 00h01. La révélation de l’identité de l’agent « Stakeknife », infiltré au sein de l’IRA pendant des années, continue de susciter des remous, comme le montrent des documents d’archives récemment rendus publics. Ces archives révèlent l’impact de cette affaire sur les acteurs politiques nord-irlandais et les interrogations qu’elle a soulevées au plus haut niveau des gouvernements britannique et irlandais.
- L’identification de Stakeknife, largement considéré comme Freddie Scappaticci, a provoqué une « énorme distraction interne » au sein du Sinn Féin en 2003.
- Le rapport Operation Kenova, publié récemment, confirme que Stakeknife était une « personne d’intérêt critique » mais n’a pu établir de charges formelles avant son décès en 2023.
- Des documents révèlent des inquiétudes quant à la sécurité de Stakeknife après la divulgation de son identité, craignant un risque de suicide.
Les archives nationales ont dévoilé des documents éclairant les conséquences de la divulgation de l’identité de l’agent « Stakeknife » en 2003. Cet agent, infiltré au sein de l’IRA pendant de nombreuses années, est largement identifié comme Freddie Scappaticci, originaire de Belfast, et décédé en Angleterre en 2023 à l’âge de 77 ans.
Stakeknife occupait une position centrale au sein de la « Nutting Squad », l’unité de sécurité intérieure de l’IRA chargée de traquer et d’éliminer les présumés informateurs. Son nom est revenu sur le devant de la scène avec la publication du rapport Operation Kenova. Bien que ce rapport le désigne comme une « personne d’intérêt critique », il est décédé avant que les procureurs ne puissent prendre une décision concernant d’éventuelles accusations liées à l’enquête, et n’a jamais été reconnu coupable d’infractions liées aux Troubles.
L’équipe de Kenova a établi un lien entre Stakeknife et 14 meurtres et 15 enlèvements, estimant que ses actions ont probablement causé plus de décès qu’elles n’en ont empêchés. Les documents récemment publiés mettent en lumière l’impact de l’identification de Stakeknife sur le Sinn Féin. Lors d’une réunion avec un responsable du ministère des Affaires étrangères, Ted Howell, un haut responsable du Sinn Féin, a qualifié cette révélation de « énorme distraction interne ».
M. Howell a également noté que David Ervine, chef du Parti unioniste progressiste, avait prévenu que des allégations similaires seraient révélées concernant l’Ulster Volunteer Force (UVF) le week-end suivant.
L’influence de Stakeknife était également perceptible dans une conversation rapportée par Jonathan Powell, chef de cabinet du Premier ministre britannique Tony Blair, qui faisait pression sur Gerry Adams pour qu’il soutienne les politiques policières en mai 2003. M. Adams a répondu que son parti devait d’abord « surmonter certaines des difficultés créées pour le mouvement républicain par certains développements récents, notamment Stakeknife ».
D’autres documents datant de 2001, deux ans avant la divulgation de son identité, révèlent que Hugh Orde, alors chef de la police du PSNI (Service de police d’Irlande du Nord), avait remis en question l’importance de Stakeknife lors de discussions avec des responsables irlandais. Bien qu’il fût l’un des principaux enquêteurs sur les allégations de collusion entre les paramilitaires loyalistes et les services de sécurité britanniques, M. Orde avait exprimé des « doutes sur son importance relative au sein de l’IRA », selon les notes prises par les diplomates.
Le rapport souligne que l’idée d’un agent opérant aux plus hauts niveaux de l’IRA ou responsable de l’élimination des informateurs était une « histoire très attrayante », mais que M. Orde lui-même semblait la remettre en question.
Un document daté du 11 mai 2003, rédigé par un responsable irlandais quelques jours après la révélation publique de l’identité de Stakeknife, exprime des « inquiétudes » quant à sa sécurité, craignant qu’il ne soit désormais lui-même en danger. Ce document fait suite à un appel téléphonique entre un membre de l’équipe d’enquête de John Stevens et un responsable irlandais. La note, qui a été « vue par le Taoiseach » (Premier ministre irlandais), confirme que les enquêteurs considéraient Scappaticci comme Stakeknife, mais qu’il n’était pas prévu de l’interroger immédiatement, une nouvelle unité étant chargée de gérer cette affaire.
Lorsqu’on leur a demandé s’ils avaient des préoccupations concernant sa sécurité, la réponse a été que cela ne relevait « pas de [leur] préoccupation » et que le MI5 et le PSNI s’en occupaient probablement. Des rumeurs selon lesquelles Stakeknife pourrait se rendre en Irlande dans les 48 heures ont été mentionnées, ce qui a suscité la remarque : « Keeler a encore parlé ». Une note marginale précise que « Keeler » est le pseudonyme de Kevin Fulton, un ancien agent britannique.
Une autre note manuscrite, datée du 22 mai, souligne que Stakeknife pourrait également être en danger, avec la mention « risque de suicide » entre parenthèses.
Le rapport de l’Opération Kenova ne confirme pas l’identité de Stakeknife, l’enquêteur principal expliquant que la politique du gouvernement britannique l’en avait empêché.