Publié le 26 octobre 2023. Une vague de contestations sociales secoue l’Asie du Sud et du Sud-Est, alimentée par la colère face aux inégalités croissantes, aux catastrophes climatiques et à la corruption, avec des manifestations parfois réprimées dans la violence.
- Des soulèvements populaires se multiplient au Népal, aux Philippines, au Cachemire pakistanais et au Timor-Leste.
- Ces mouvements sont portés par la jeunesse, particulièrement la génération Z, et s’inscrivent dans un contexte de vulnérabilité face aux événements climatiques extrêmes.
- L’exploitation des ressources naturelles par des groupes occidentaux et chinois, ainsi que la corruption des élites locales, sont au cœur des revendications.
Le Népal est le dernier pays en date à être touché par cette contestation grandissante. Des bâtiments officiels ont été incendiés, témoignant de la profondeur de la colère populaire. Cette flambée de violence fait suite à des manifestations similaires en Indonésie et s’ajoute à un tableau régional préoccupant, où les Philippines, le Cachemire pakistanais et le Timor-Leste ont également connu des troubles ces dernières semaines.
Au-delà de leurs spécificités nationales, ces pays – qui regroupent près de 900 millions d’habitants – partagent une fragilité commune face aux aléas climatiques et sont victimes d’une exploitation intensive de leurs ressources par des acteurs économiques occidentaux et chinois. Les récentes protestations mettent en lumière des enjeux écologiques majeurs liés à la prédation des ressources, à la corruption et à la dépossession des biens communs.
Les causes environnementales sont multiples et frappantes. Les Philippines, le Pakistan et le Bangladesh ont été ravagés par des inondations massives, tandis que la fonte accélérée des glaciers himalayens perturbe les systèmes hydrologiques. Les températures atteignent parfois des niveaux extrêmes, dépassant les 50°C, réduisant les rendements agricoles et favorisant la désertification, comme c’est le cas au Timor-Leste.
Face à ces catastrophes climatiques, les gouvernements locaux privilégient des politiques de croissance économique fondées sur l’exploitation intensive des ressources naturelles – mines, forêts, hydrocarbures – et le développement d’infrastructures financées par des capitaux étrangers. La biodiversité indonésienne, particulièrement riche, est menacée par l’expansion des mines, la monoculture du palmier à huile et la déforestation. Partout, les projets miniers entraînent pollution, déforestation et conflits fonciers, conduisant souvent au déplacement forcé de populations.
Ces pratiques extractivistes génèrent des richesses qui profitent à une minorité privilégiée. Les revenus tirés de l’exploitation des ressources sont accaparés par des élites militaro-bureaucratiques, qui bénéficient de privilèges disproportionnés au détriment des services publics et des mesures d’adaptation au changement climatique. La corruption se manifeste notamment par des détournements massifs de fonds publics destinés à la protection contre les inondations et à la reconstruction écologique – un facteur qui a motivé les 100 000 manifestants qui ont défilé le 21 septembre à Manille.
Ces contestations révèlent un système néocolonial de prédation et d’exploitation, auquel les élites locales participent activement. Les luttes menées par les jeunes, les travailleurs et les peuples autochtones pour le partage du pouvoir et la justice sociale sont intrinsèquement liées aux revendications de justice climatique et environnementale. Elles expriment un rejet fondamental de l’exploitation, tant des êtres humains que de la nature, et dénoncent la crise d’un modèle extractiviste basé sur la privatisation des biens communs et la corruption institutionnalisée.