Après 43 jours de blocage, la plus longue paralysie du gouvernement fédéral américain de l’histoire devrait prendre fin, mais pas avant demain. L’accord de réouverture, adopté lundi soir par le Sénat, soulève encore de nombreuses questions quant à la suite des négociations budgétaires et à l’impact de cette crise sur les services publics.
La Chambre des représentants, où les députés se rendent actuellement par tous les moyens – avion, voiture, et même moto – devrait voter sur le texte demain. L’élection récente d’Adelita Grijalva, nouvelle représentante de l’Arizona, complique légèrement la situation, car elle n’a pas encore prêté serment en raison de la fermeture administrative. Le président de la Chambre, Mike Johnson, avait initialement refusé de la faire prêter serment.
La situation à la Chambre s’annonce serrée. Avec 219 Républicains et 214 Démocrates, les Républicains ne peuvent se permettre que deux défections pour faire adopter le projet de loi sans l’aide des Démocrates, qui ont d’ores et déjà annoncé leur intention de voter contre. Cette session marquera le retour des élus après 53 jours, un délai proche du record.
Les conséquences de cette paralysie se font déjà sentir à travers le pays. Environ 1 200 vols ont été annulés et des milliers d’autres ont subi des retards, tandis que les contrôleurs aériens ont manqué leur deuxième salaire complet. Au total, plus de trois millions de chèques de paie n’ont pas été versés pendant cette période.
Par ailleurs, la Cour suprême a prolongé la mesure autorisant l’administration Trump à limiter le financement des prestations SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program), les allocations alimentaires pour les personnes à faible revenu.
Le projet de loi prévoit également le rétablissement rapide, dans un délai de cinq jours, des emplois supprimés pendant la fermeture. Des sommes considérables sont allouées à la sécurité, notamment pour les membres du Congrès et les fonctionnaires, avec un budget d’environ 400 millions de dollars (environ 368 millions d’euros). Chaque bureau parlementaire recevra ainsi plus d’un million de dollars pour renforcer sa sécurité.
Une autre disposition du texte concerne l’industrie du chanvre. Le projet de loi interdit la vente de produits à base de chanvre contenant du THC non réglementé, une mesure qui, selon les professionnels du secteur, pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses.
La question des soins de santé et des subventions de l’Affordable Care Act reste au centre des discussions. La sénatrice Jeanne Shaheen, du New Hampshire, qui a voté pour mettre fin à la paralysie, est en pourparlers préliminaires avec des Républicains. Certains élus républicains se disent ouverts à trouver un compromis d’ici décembre, mais souhaitent une réforme plus globale du système.
Cette crise soulève des questions sur le leadership politique et le fonctionnement du Congrès. L’utilisation de la paralysie budgétaire comme levier de négociation, une tactique qui se multiplie, témoigne d’un affaiblissement du pouvoir législatif au profit de l’exécutif, selon certains observateurs.