Le blocage du financement de l’immigration et le report sine die

Le bras de fer actuel au Capitole ne porte pas tant sur l’objectif principal du texte que sur les clauses annexes. Le projet de loi, dont l’adoption était attendue dans la nuit de jeudi à vendredi, visait principalement à allouer plus de 70 milliards de dollars sur trois ans pour le financement de la police de l’immigration (ICE) et de la police aux frontières (CBP).
Pourtant, selon Radio-Canada, le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a finalement décidé de reporter le vote. Les sénateurs ont quitté Washington pour leur pause du jour du Souvenir, prolongeant l’incertitude jusqu’au 1er juin. Cette date est cruciale, car elle constitue la date butoir fixée par Donald Trump pour l’adoption du texte.
C’est un signal politique fort : même avec une majorité, le président se heurte à une résistance interne sur des dépenses jugées excessives ou politiquement toxiques.
Le fonds « anti-instrumentalisation » : une ligne rouge budgétaire
Le point de friction majeur est l’instauration d’un fonds d’indemnisation d’environ 1,8 milliard de dollars. Présenté lundi par le gouvernement comme un outil pour réparer les griefs des personnes ayant été victimes d’une instrumentalisation politique de la justice, ce fonds vise en réalité un groupe très spécifique.
Comme le rapporte Le Devoir, des centaines de partisans de Donald Trump, poursuivis pour leur participation à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, pourraient en bénéficier. Un détail symbolique a d’ailleurs été relevé : le montant exact s’élèverait à 1,776 milliard de dollars, un clin d’œil transparent à l’année 1776 et à la Déclaration d’indépendance.
L’indignation a rapidement traversé les lignes partisanes. Si les démocrates, dont Alexandria Ocasio-Cortez, y voient une corruption pure et simple, certains républicains ont également exprimé leur malaise.
Les gens sont inquiets de payer leur hypothèque ou leur loyer, de pouvoir payer leurs courses ou leur essence, pas d’assembler un fonds d’1,8 milliard de dollars pour le président et ses alliés afin de payer qui ils veulent.
Bill Cassidy, sénateur républicain
Le milliard pour la salle de bal de la Maison-Blanche

Outre le fonds d’indemnisation, un autre volet du budget a irrité la majorité : l’allocation d’un milliard de dollars destiné au Secret Service. Ce montant n’est pas dédié à la sécurité globale, mais spécifiquement aux infrastructures liées au projet de salle de bal à la Maison-Blanche.
Ce projet, qui a nécessité la destruction d’une aile entière du bâtiment en octobre dernier, prévoit une salle capable d’accueillir jusqu’à 1 000 personnes pour des réceptions et des dîners officiels. Selon La Presse, Donald Trump avait initialement assuré que cette construction serait financée par des dons privés. L’apparition d’un milliard de dollars de fonds publics dans le projet de loi budgétaire a donc été perçue comme une rupture de promesse.
L’accumulation de ces dépenses ostentatoires, alors que le pays fait face à des tensions économiques, a créé un climat de défiance même chez les alliés les plus fidèles.
Todd Blanche et la gestion de crise au Sénat
Pour tenter de sauver le texte, l’administration a mobilisé Todd Blanche, procureur général par intérim et ancien avocat personnel du président. Sa position est paradoxale : il se retrouve à défendre des fonds dont la création n’a pas été soumise à l’approbation du Congrès, tout en gérant un dossier où le président poursuit l’État fédéral pour la fuite de ses documents fiscaux.
D’après Le Temps, Blanche a mené une réunion à huis clos de près de deux heures avec le caucus républicain. L’entretien s’est déroulé sous haute tension. Lors d’une audience devant un comité du Sénat le 19 mai, Blanche a refusé d’exclure que des individus condamnés pour avoir attaqué des policiers lors de l’assaut du Capitole puissent recevoir une compensation financière.
Cette admission a cristallisé l’opposition de sénateurs comme Susan Collins, dont le siège au Maine est jugé compétitif lors des prochaines échéances électorales. Pour ces élus, indemniser des délinquants ayant plaidé coupable franchit une limite morale et légale.
Le report du vote souligne une fragilité nouvelle : si les républicains ont accepté les pardons accordés aux 1 270 condamnés du 6 janvier, l’idée de transformer ces condamnations en gains financiers via le budget public semble être le point de rupture.
L’échéance du 1er juin approche. Donald Trump devra soit renoncer à ses exigences les plus controversées, soit risquer un échec législatif qui fragiliserait son autorité sur sa propre majorité.
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