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Sauver la planète avec des choix durables

by Sophie Martin

Publié le 17 octobre 2024. Un nouveau rapport de la commission EAT-Lancet alerte sur l’impact colossal de l’agriculture industrielle sur le climat, soulignant que même une transition énergétique complète ne suffirait pas à limiter le réchauffement planétaire sans une transformation profonde de nos systèmes alimentaires.

  • La production alimentaire est responsable de près d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
  • Les ambitions du Green Deal européen sont compromises par les pressions des lobbies agroalimentaires et les priorités politiques à court terme.
  • Un régime alimentaire plus sain et durable, axé sur des produits frais, locaux et moins de viande, est proposé comme solution.

Les conclusions du deuxième rapport de la commission EAT-Lancet, fruit du travail de scientifiques et d’experts internationaux, sont sans appel : l’agriculture telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui constitue une menace majeure pour l’avenir de la planète. Même si l’humanité abandonnait immédiatement l’utilisation des combustibles fossiles (pétrole, gaz et charbon), les modèles de production alimentaire actuels continueraient de propulser le climat au-delà du seuil critique de 1,5°C de réchauffement.

Près d’un tiers des émissions mondiales sont directement imputables à la production alimentaire : le méthane émis par le bétail, la déforestation massive, notamment en Amazonie, pour cultiver des aliments pour animaux, et la production d’engrais chimiques. À cela s’ajoutent des conséquences désastreuses sur la biodiversité, la dégradation des sols et la pollution des ressources en eau douce et des océans.

Le premier rapport de la commission EAT-Lancet, publié en 2019, avait déjà suscité une forte réaction. Il avait même inspiré la stratégie du Green Deal européen de 2019, qui promettait de rendre le continent climatiquement neutre d’ici 2050, en transformant le système alimentaire européen en une économie circulaire, compétitive, écologiquement durable et socialement juste. Un projet ambitieux qui avait, pendant un temps, nourri l’espoir d’un changement profond.

Mais cet élan a été freiné par les pressions des lobbies agroalimentaires, défendant les intérêts des géants de l’industrie agroalimentaire et du secteur agro-pharmaceutique. Des politiciens populistes, considérant l’environnementalisme comme une idéologie « woke », se sont également opposés à ces mesures.

« Si être ‘woke’ signifie ne pas vouloir voir la planète bouillir vivante et vouloir un environnement sûr et propre dans lequel mes enfants élèveront leurs propres enfants en toute sécurité, alors je suis plus ‘woke’ que Keith Richards après deux semaines de consommation d’amphétamines. »

Auteur de l’article

La pandémie mondiale de 2020 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont ensuite exacerbé les difficultés économiques, entraînant une flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie. Le Green Deal, conçu comme une stratégie à long terme, s’est retrouvé relégué au second plan, la plupart des responsables politiques se concentrant sur les enjeux électoraux immédiats. Des élus, influencés par des intérêts particuliers, ont même défendu des positions contraires au Green Deal, prétendant protéger les agriculteurs, alors que nombre d’entre eux sont devenus dépendants du système alimentaire industrialisé.

Aujourd’hui, les lobbies s’apprêtent probablement à dévorer ce nouveau rapport de la commission EAT-Lancet, malgré les solutions alternatives positives qu’il propose, notamment un régime alimentaire axé sur la santé planétaire (PHD). Ce régime modélise un système alimentaire capable de nourrir durablement 10 milliards de personnes tout en préservant la planète. Il privilégie une consommation réduite de viande, une augmentation des légumes frais, des fruits et des légumineuses, et l’élimination des aliments ultra-transformés – un retour, en somme, à l’alimentation de nos ancêtres, avant que nous ne dégradions les terres, les rivières, les lacs et les océans, et que nous ne nous empoisonnions avec ce que nous mangeons.

L’évolution de nos habitudes alimentaires est frappante : les images d’archives des émissions “Reeling in the Years” témoignent d’une silhouette bien plus mince qu’aujourd’hui, où l’Irlande est l’un des pays les plus touchés par l’obésité en Europe. À l’échelle mondiale, les maladies non transmissibles liées à l’alimentation sont désormais la principale cause de décès.

Face à ces réalités, il est facile de se sentir impuissant. Pourtant, les citoyens ont un rôle essentiel à jouer. Comme le soulignait la philosophie de Slow Food et Terra Madre, « ils sont tous puissants, mais nous sommes des milliards ». Il est possible de soutenir les petits et moyens producteurs irlandais qui pratiquent une agriculture responsable, d’éviter les plats ultra-transformés et de cuisiner des repas faits maison à partir d’ingrédients frais, locaux et de saison. Il est également possible d’acheter directement auprès des agriculteurs, afin qu’ils soient justement rémunérés pour leurs efforts. Et surtout, il est crucial de faire entendre sa voix auprès des politiciens, en exigeant un véritable changement, au-delà des promesses vides.

À TABLE

L’engouement croissant pour les vins naturels en Irlande est directement lié à l’essor de la scène londonienne dans les années 2000. Le chef Ed Wilson, dont la cuisine authentique et chaleureuse au restaurant Brawn s’accordait parfaitement avec une carte de vins naturels exceptionnelle, a joué un rôle déterminant dans ce changement. Ed Wilson proposera un menu saisonnier en quatre plats le 29 octobre au L’Atitude 51, une adresse qui propose non seulement la meilleure sélection de vins naturels du pays, mais aussi une cuisine de qualité. Une carte spéciale, avec des accords mets et vins facultatifs, sera élaborée par Davide Belà de L51, un expert méconnu du vin irlandais, et Wesley Triggs, ancien directeur de Brawn, désormais à la tête de The Glass Curtain.

Sally Barnes, de Woodcock Smokery, est une petite productrice artisanale dont l’activité de fumage de poisson a été profondément affectée par la pollution des eaux douces et des océans causée par l’agriculture industrielle, notamment sur le saumon sauvage qui lui a valu une reconnaissance internationale. Malgré ces difficultés, Sally continue de se battre et son déjeuner du dimanche à la Wild Table (26 octobre, de 13h à 16h, 100 € par personne) reste un témoignage savoureux de ce à quoi devrait ressembler la véritable cuisine irlandaise, dans un cadre unique et magnifique, The Keep, à côté de son fumoir du West Cork.

SPÉCIAL DU JOUR

Boxty cuit au four de Drummully
Boxty cuit au four de Drummully

Mes récentes visites à Dingle pour Blas na hÉireann et le Dingle Food Festival ont été à la fois revigorantes et un rappel de la vitalité des petits producteurs alimentaires irlandais, malgré les défis considérables auxquels ils sont confrontés. J’ai notamment rencontré Sinead et Paul Farrelly, de Drummully Boxty Ltd, dans le Co Cavan. Paul fabrique du boxty avec sa mère depuis 1983 et l’entreprise prospère toujours. Je suis reparti avec un de leurs pains boxty cuits au four (3,20 €) (et une version sans gluten pour les personnes atteintes de la maladie cœliaque) que j’ai frit le lendemain matin au petit-déjeuner, comme le veut la tradition.

Mais je prends rarement, voire jamais, un petit-déjeuner frit de nos jours et, en dégustant ce pain, j’ai réfléchi aux liens entre les différents aliments traditionnels à travers l’Europe, autrefois considérés comme des « aliments paysans ». Le boxty, composé essentiellement de pommes de terre, de farine et de sel, m’a rappelé les gnocchis italiens.

Un peu de viande hachée dans le réfrigérateur, une boîte de tomates dans le placard et des carottes, des oignons et du céleri dans le bac à légumes ont rapidement mijoté dans une marmite pour former un ragoût riche et savoureux que j’ai ensuite déposé sur des tranches dorées de pain frites dans du beurre, pour un souper hiberno-italien dont je n’avais pas autant apprécié le goût depuis des années.

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