Publié le 2025-10-27 00:29:00. L’industrie automobile canadienne est confrontée à des défis majeurs alors que des constructeurs réduisent leur production sur le territoire, suscitant des inquiétudes quant à l’avenir de milliers d’emplois. Des dirigeants d’entreprises mettent en garde contre les politiques protectionnistes américaines et plaident pour une adaptation rapide.
- General Motors et Stellantis ont récemment annoncé des réductions de production au Canada, entraînant la perte de plus de 4 100 emplois.
- Des experts craignent que le Canada ne perde des emplois dans la fabrication automobile au profit des États-Unis, malgré la solidité du secteur des pièces détachées.
- Le gouvernement fédéral a réagi en limitant les importations de véhicules de Stellantis et GM, tout en appelant à une meilleure incitation à la production locale.
Le secteur automobile canadien traverse une période difficile. Le mois d’octobre a été marqué par des décisions importantes de la part de deux géants de l’industrie. General Motors a annoncé la fin de la production de son fourgon électrique Chevrolet BrightDrop à Ingersoll, en Ontario. De son côté, Stellantis a choisi de transférer la production du Jeep Compass de son usine de Brampton, en Ontario, vers l’Illinois, invoquant un plan d’investissement de 13 milliards de dollars américains destiné à renforcer la production américaine.
Ces décisions ont eu un impact direct sur l’emploi, avec plus de 4 100 postes supprimés à travers le pays. Brendan Sweeney, directeur général du Trillium Network for Advanced Manufacturing, estime qu’il serait imprudent de ne pas s’inquiéter de cette situation :
« Il serait stupide à ce stade de ne pas être modérément, voire fortement, préoccupé. »
Brendan Sweeney, directeur général du Trillium Network for Advanced Manufacturing
Goldy Hyder, un leader du secteur, souligne la nécessité d’une adaptation face aux réalités du marché :
« Ce que nous avons construit ici fonctionne, mais nous devons écouter ce qui se dit. Nous voulons tirer sur le messager, mais nous sommes dans le monde dans lequel nous vivons et je peux vous dire ceci : d’un point de vue commercial, dans le monde dans lequel nous vivons, l’absence d’accord n’est pas une alternative. »
Goldy Hyder
Il ne s’agit pas d’abandonner l’industrie automobile, mais de se concentrer sur les secteurs moins vulnérables aux politiques protectionnistes mises en place par l’administration américaine.
Selon M. Hyder, le secteur des pièces détachées est plus protégé que celui de l’assemblage automobile.
« De nombreux emplois sont en jeu dans l’industrie automobile. Il y a probablement plus d’emplois dans le secteur des pièces détachées que dans celui de la construction automobile. Ils ne s’en prennent pas à notre secteur des pièces détachées, mais à nos voitures. »
Goldy Hyder
Les chiffres confirment l’importance des deux secteurs. En juillet, Statistique Canada comptait plus de 54 000 Canadiens employés directement dans la fabrication de véhicules automobiles, de carrosseries et de remorques, contre près de 66 000 dans la fabrication de pièces automobiles.
L’Association canadienne des constructeurs de véhicules estime que l’industrie automobile, dans son ensemble, soutient plus de 600 000 emplois directs et indirects à l’échelle nationale.
Stephen Beatty, ancien vice-président de Toyota Canada, souligne que les politiques américaines, notamment les remises fiscales sur les véhicules assemblés aux États-Unis, créent un désavantage pour le Canada. Il propose qu’Ottawa lie l’accès au marché canadien sans droits de douane à des incitations pour les constructeurs à investir davantage dans la production locale.
Le gouvernement fédéral a déjà réagi en limitant les importations de véhicules de Stellantis et GM après leurs récentes réductions d’activités au Canada. Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a exprimé sa déception sur les réseaux sociaux.
Parallèlement, les constructeurs américains bénéficient d’un prolongement jusqu’en 2030 d’une remise de 3,75 % sur le prix de vente conseillé pour les véhicules assemblés aux États-Unis, ce qui représente des économies considérables pour Ford (plus d’un milliard de dollars) et General Motors.
Selon M. Beatty, le transfert de production vers le Mexique permet aux constructeurs américains d’économiser non seulement sur les droits de douane, mais aussi de bénéficier de cette subvention.
L’avenir de l’industrie automobile canadienne dépendra de la capacité du gouvernement et des acteurs du secteur à s’adapter à ces nouvelles réalités et à trouver des solutions pour protéger les emplois et stimuler l’investissement.
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