Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a nommé, le lundi 1er juin 2026, un nouveau gouvernement de 30 membres excluant quasi totalement le parti Pastef. Cette décision marque une rupture nette avec son ancien allié Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, dans un contexte de crise financière et de tensions politiques.
L’éviction du Pastef et la composition du nouveau cabinet
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Le divorce est consommé. En nommant un nouveau gouvernement sans l’assentiment d’Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye a choisi la voie de l’autonomie. Selon RFI, l’équipe dirigée par le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, se compose de 30 ministres, mais délaisse presque entièrement le Pastef, le parti majoritaire.
Seuls trois membres du Pastef ont été maintenus. Parmi eux, Yankhoba Diémé a quitté le portefeuille des Transports pour prendre la tête du ministère des Forces armées. Cette reconfiguration intervient onze jours après le limogeage d’Ousmane Sonko le 22 mai, suite à des divergences profondes sur la gestion de la lourde dette du pays.
Le choix est clair : Faye s’éloigne des poids lourds du parti pour s’entourer d’une équipe qu’il juge capable de mener sa vision sans interférence.
Un gouvernement de technocrates et de fidèles
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L’architecture de ce nouveau cabinet privilégie l’expertise technique et la loyauté directe envers le chef de l’État. Le président a notamment reconduit Cheikh Diba, figure centrale des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI). Ses prérogatives sont désormais élargies, puisqu’il cumule les portefeuilles du Budget, des Finances et de l’Économie.
D’autres nominations signalent un repositionnement stratégique :
Énergie et Pétrole : El Hadji Abdourahmane Diouf, ancien ministre de l’Environnement et soutien public du président lors de son conflit avec Sonko.
Intérieur : Mouhamadou Makhtar Cissé, ancien directeur général des Douanes et ex-ministre de l’Intérieur sous Macky Sall.
Transports terrestres et aériens : Abdoul Ahad Ndiaye.
Pour Abdoul Ahad Ndiaye, cette nomination est un acte patriotique. Comme le rapporte DakarActu, l’ancien député a affirmé que servir son pays, c’est mettre ses compétences, son expérience et son énergie au service exclusif de la Nation, s’engageant ainsi dans la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050.
Le bras de fer institutionnel : Présidence contre Assemblée
Sénégal : le président Faye nomme un gouvernement sans la participation du Pastef de Sonko
La situation politique est paradoxale. Si Bassirou Diomaye Faye détient le pouvoir exécutif, Ousmane Sonko contrôle l’appareil législatif. Élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai, Sonko dirige un parti qui détient 130 des 165 sièges.
Cette configuration crée une tension immédiate sur la légitimité du gouvernement. Ousmane Sonko a fustigé l’absence d’assise politique de l’équipe Faye, estimant qu’il n’y a aucune légitimité politique structurée, sérieuse autour du président.
“Nous sommes, qu’il le veuille ou pas, dans une situation de cohabitation. Il n’a pas un seul député à l’Assemblée nationale. Il n’a pas tous les pouvoirs. Il faut qu’il redescende de son piédestal et qu’on se parle”
Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, via TV5MONDE
Toutefois, l’analyse des experts suggère que le président dispose de leviers puissants pour contourner un blocage parlementaire. Selon France 24, Youssou Diallo, haut fonctionnaire à la retraite, rappelle que la nature présidentielle du régime confère davantage de pouvoirs au chef de l’État, qui est le chef suprême des armées et dispose du pouvoir de dissolution de l’Assemblée. De plus, l’article 52 de la Constitution permettrait au président de recourir à des pouvoirs exceptionnels en cas de blocage.
Le risque de censure est réel, mais pour l’instant écarté. Sonko a admis que si le Pastef le voulait, dans 72 heures, ce gouvernement peut tomber, tout en affirmant que ses partisans allaient accompagner l’exécutif pour éviter une nouvelle crise.
L’ombre de la crise financière et le spectre de l’instabilité
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Au-delà de la lutte d’ego et de pouvoir, c’est la situation économique du Sénégal qui a précipité cette rupture. Les divergences irréconciliables entre Faye et Sonko portaient principalement sur la gestion d’une dette nationale colossale.
L’enjeu est désormais d’éviter que ce conflit politique ne se transforme en chaos social. Le Sénégal garde en mémoire la période 2021-2024, marquée par des manifestations violemment réprimées où des dizaines de jeunes ont été tués par balles.
C’est pourquoi Ousmane Sonko, malgré ses critiques acerbes, appelle désormais à un dialogue constructif. Comme le souligne TV5MONDE, l’ancien Premier ministre craint qu’une crise de dissolution ou de censure ne fasse fuir les investisseurs étrangers.
Le président Faye semble avoir parié sur un gouvernement de mission, axé sur les résultats et détaché des pressions partisanes du Pastef. Reste à savoir si cette stratégie d’autonomie suffira à stabiliser un pays où le pouvoir est désormais scindé entre un palais présidentiel déterminé et une assemblée nationale majoritairement hostile.
Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.