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‘Sentimental Value’ Ending Explained By Joachim Trier

by Antoine Girard

Le réalisateur norvégien Joachim Trier se penche sur les silences et les non-dits familiaux dans son dernier film, « Sentimental Value », en lice pour les Oscars. Une œuvre intimiste qui explore les blessures transgénérationnelles et la difficulté de communiquer l’amour, même entre un père et sa fille.

Trier, qui se décrit lui-même comme un « punk de la contre-culture », avoue que ce projet a été le plus difficile de sa carrière. « Je suis sur un terrain glissant avec celui-ci », a-t-il déclaré sur le podcast Filmmaker Toolkit. « J’ai fait de mon mieux pour aborder des lieux d’amour et de connexion, mais aussi de déconnexion, très doux et tendres, pour vraiment saisir l’intimité de ces relations. J’ai été anxieux tout au long du processus, me demandant si ce n’était pas trop. »

Le film suit les relations complexes entre Gustav Borg (Stellan Skarsgård), un cinéaste célèbre, et ses filles, notamment Nora (Renate Reinsve). L’intrigue explore l’idée que les traumatismes non résolus d’un père peuvent être transmis à ses enfants, créant une distance émotionnelle et des blessures silencieuses.

Contrairement à ses précédents films, caractérisés par des récits à personnages multiples et des perspectives changeantes, « Sentimental Value » se concentre sur une seule arc émotionnelle. Trier explique qu’il s’agissait de son premier « récit polyphonique », un équilibre délicat à trouver. « Thématiquement, nous avons su que nous avions un film lorsque nous avons eu la fin », précise-t-il.

Cette fin, une longue scène silencieuse, est particulièrement marquante. Elle ne dévoile pas la source du traumatisme, mais permet au spectateur de ressentir une profonde compréhension entre le père et la fille. Trier a expliqué sur le podcast qu’il avait construit toute la narration pour aboutir à ce moment, en misant sur la puissance du visage humain à l’écran.

Le film révèle également des extraits du scénario du dernier film de Gustav, intitulé « Homesick » en suédois (traduit littéralement par « mal du pays »). Trier a choisi de présenter Gustav à travers le regard de Nora, qui le perçoit comme un père absent, revenu pour son enterrement et pour l’impliquer dans son nouveau projet cinématographique, motivé, selon elle, par un narcissisme exacerbé.

Nora ignore cependant que ce « mal du pays » de son père est en réalité une tentative de confronter les blessures de son enfance, marquées par la torture et le suicide de sa mère pendant la guerre. Trier suggère que la réalisation de ce film est en fait une forme d’humilité de la part de Gustav, une manière maladroite de se connecter à sa fille.

« Ce qui m’intéressait, c’était de faire basculer la situation et de réaliser que ce film qu’il a fait est une lettre d’amour », explique Trier. « Parce qu’il n’a pas le langage pour dire à sa fille : ‘Je vois que tu portes la même solitude que moi. C’est un mystère pour moi. Explorons cela ensemble et faisons un film, car c’est le mieux que je puisse faire.’ »

La découverte de cette fin a été une étape cruciale pour Trier et son co-scénariste, Eskil Vogt, car elle leur a permis de fusionner « le thème du fictif et du réel dans la vie des créatifs ». Ils ont pu lier l’expression de la solitude profonde de Gustav à ses réflexions sur le suicide de sa mère et à son incapacité à communiquer avec sa fille, ainsi qu’à l’expérience de cette dernière, qui porte le poids de trois générations de blessures non résolues.

Pour structurer son récit, Trier s’est inspiré de l’œuvre du réalisateur japonais Yasujirō Ozu, et plus particulièrement du personnage de la sœur cadette, souvent observatrice et silencieuse. C’est ainsi qu’est né le personnage d’Agnes (Inga Ibsdotter Lilleaas), la sœur de Nora, qui a choisi une vie familiale plutôt qu’une carrière artistique. C’est à travers son regard que le film parvient à déchiffrer les non-dits qui hantent son père et sa sœur.

« J’essaie de créer une histoire polyphonique et de surprendre un peu le public », conclut Trier. « Et le cœur de l’histoire est vraiment porté par la sœur cadette, Inga Lilleaas, qui passe d’observatrice à pièce maîtresse dans la résolution, du moins les premiers pas vers la réconciliation que nous proposons ici. »

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