Publié le 7 janvier 2026 à 14h39. Séoul a osé l’impensable : démolir une autoroute urbaine pour redonner la priorité aux piétons et à l’environnement. Ce pari audacieux, qui a transformé l’asphalte en rivière, est devenu un modèle mondial de renaissance urbaine.
- La démolition d’une autoroute surélevée construite dans les années 1950 et 1960 a permis de revitaliser le centre-ville de Séoul.
- Contrairement aux prédictions, le trafic n’a pas augmenté après la démolition, mais a diminué grâce à un report vers les transports en commun.
- Le projet a entraîné une amélioration de la qualité de l’air, une baisse des températures et une augmentation de la biodiversité.
Dans les années 1950 et 1960, la construction d’autoroutes surélevées était perçue comme un symbole de modernité et de progrès, axé sur la voiture individuelle. Au cœur de Séoul, une de ces infrastructures, construite pour fluidifier le trafic, s’est progressivement transformée en un obstacle au développement urbain. Elle était devenue un « égout à voitures », source de bruit, de pollution et de dégradation de la qualité de vie. Le centre-ville, autrefois dynamique, était en déclin, avec des commerces qui fermaient et une fréquentation en baisse.
Face à cette situation, la ville de Séoul a pris une décision radicale : démolir l’autoroute surélevée de Cheonggyecheon. Cette initiative, qui semblait suicidaire politiquement, visait à redonner vie au centre-ville et à créer un espace public plus agréable et durable. L’objectif était de restituer au site un élément qui avait été englouti par l’urbanisation : une rivière. Le projet ne consistait pas simplement à supprimer une infrastructure, mais à restaurer un écosystème et à transformer un espace de transit en un lieu de vie.
Les prévisions initiales étaient alarmistes. Les médias, les groupes d’intérêt et les simulations annonçaient un chaos total sur le réseau routier. Pourtant, après la démolition, le résultat a été surprenant. Le trafic n’a pas explosé, mais a diminué de 45 % en trois ans. Les habitants ont massivement adopté les transports en commun, notamment le métro et les bus. De plus, le temps de trajet des automobilistes n’a pas augmenté, contredisant les scénarios catastrophes.
La transformation de Cheonggyecheon a eu un impact positif sur l’environnement. La qualité de l’air s’est améliorée, avec une baisse de 35 % des niveaux de dioxyde d’azote. Les températures ont également diminué, avec une moyenne inférieure de 3,5 degrés Celsius en été par rapport aux rues avoisinantes. La biodiversité a prospéré, avec le retour d’oiseaux et de poissons dans la rivière restaurée. L’espace a ainsi cessé d’être une simple artère de circulation pour redevenir un lieu de vie, de promenade et de détente.
Le projet Cheonggyecheon a inspiré d’autres initiatives similaires à Séoul. Un autre exemple notable est Seoullo 7017, une ancienne autoroute surélevée transformée en une promenade piétonne verdoyante reliant les quartiers proches de la gare de Séoul. Cette structure, agrémentée de plantes, d’arbres, de bancs et de cafés, renforce la même logique : donner la priorité aux piétons et aux espaces publics au détriment de la voiture individuelle. Vidéo de présentation de Seoullo 7017.
Bien que ces projets aient été salués pour leur succès, ils n’ont pas été exempts de critiques. Certains soulignent des problèmes d’accessibilité dans certaines sections de Seoullo 7017 et des connexions qui pourraient être plus directes. Néanmoins, l’expérience de Séoul démontre qu’il est possible de repenser l’aménagement urbain pour créer des villes plus agréables à vivre, plus durables et plus respectueuses de l’environnement. En transformant l’asphalte en rivière, Séoul a prouvé qu’une ville peut corriger ses erreurs passées et se réinventer pour l’avenir.
Si votre ville disposait d’une autoroute surélevée traversant le centre, soutiendriez-vous une décision similaire visant à « transformer l’asphalte en rivière », même avec des problèmes de circulation initiaux, ou la trouveriez-vous trop risquée ?
Pour aller plus loin
