Publié le 16 octobre 2025 à 00h48. Séoul est sur le point de prendre une décision cruciale concernant l’accès de Google et d’Apple aux données cartographiques de haute précision, une question qui soulève des enjeux de sécurité nationale et de souveraineté numérique.
- Le gouvernement sud-coréen doit décider si Google et Apple peuvent exporter des données cartographiques détaillées (échelle 1:5 000) vers des serveurs à l’étranger.
- Des inquiétudes persistent quant à la sécurité nationale, notamment en raison de la proximité de la Corée du Nord et de la possibilité de révéler des sites militaires sensibles.
- Apple a également sollicité l’autorisation d’exporter ces données, mais pourrait se montrer plus flexible que Google pour répondre aux exigences de Séoul.
La décision finale concernant Google Maps est attendue autour du 11 novembre, voire plus tôt, selon un responsable gouvernemental. Cette saga juridique et politique dure depuis plusieurs années, avec des refus successifs en 2011 et 2016. Google a initialement demandé l’autorisation d’utiliser une carte à l’échelle de 1:5 000, bien plus détaillée que la carte actuelle à l’échelle de 1:25 000 qu’elle utilise actuellement, et de transférer ces données vers ses serveurs à l’étranger. L’Institut National d’Information Géographique (NGII) est l’organisme clé dans l’évaluation de ces demandes.
Les préoccupations de Séoul sont liées à la possibilité que des images satellites combinées à des données cartographiques précises révèlent des informations sensibles sur les installations militaires. Un parlementaire a mis en garde contre les risques pour la sécurité nationale, soulignant que la Corée du Sud étant techniquement toujours en guerre avec la Corée du Nord, la prudence est de mise. Il a appelé le gouvernement à se doter des moyens de surveiller et de réglementer l’exportation de ces informations géographiques.
Google a récemment proposé de masquer les sites sensibles sur Google Maps et Google Earth pour répondre aux inquiétudes du gouvernement, et étudie la possibilité d’acquérir des données satellites approuvées par les autorités locales, notamment auprès de T Map selon des sources. Apple, de son côté, exploite déjà des serveurs locaux en Corée du Sud, ce qui pourrait faciliter l’obtention d’une autorisation, car cela permet aux autorités de réagir rapidement en cas de problème de sécurité. La société envisage également d’utiliser T Map comme source principale de données cartographiques d’après des informations récentes.
La loi sud-coréenne sur la gestion de l’information géospatiale (article 16) impose des restrictions strictes sur l’exportation de données cartographiques gouvernementales, nécessitant l’approbation de l’ensemble du Cabinet. Cette loi, adoptée dans les années 1970, témoigne du contrôle exercé par le pays sur ses données géospatiales.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte mondial où la sécurité des données cartographiques est devenue une préoccupation majeure. En 2023, l’armée israélienne a demandé à Google Maps de désactiver les données de trafic en temps réel en Israël et à Gaza comme l’a rapporté Bloomberg, et une mesure similaire avait été prise en Ukraine après l’invasion russe en 2022. En 2009, les autorités européennes avaient déjà demandé à Google de supprimer des images de Street View pour des raisons de confidentialité selon le Guardian.
L’enjeu de cette décision dépasse la simple concurrence entre Google, Apple et les acteurs locaux comme Naver Map, T Map et Kakao Map, qui offrent déjà des données cartographiques à l’échelle de 1:5 000. L’exportation de données cartographiques haute résolution pourrait stimuler le tourisme, favoriser les entreprises locales et encourager l’innovation dans le domaine des villes intelligentes, mais certains craignent que cela ne profite principalement aux géants américains de la technologie. Google Maps couvre actuellement 250 pays et territoires, tandis qu’Apple Maps est disponible dans un peu plus de 200 régions d’après une étude récente.
Ces données cartographiques précises sont également essentielles au développement de technologies émergentes telles que les voitures autonomes et les livraisons par drones comme l’explique Masterconcept et selon GPS World.
Google n’a pas souhaité commenter cette affaire lorsqu’on l’a sollicité par TechCrunch.
