Publié le 24 novembre 2025 à 20h20. La prolifération de serveurs de jeux en ligne illégaux, notamment pour des titres populaires comme Lineage et Maple Story, inquiète les autorités sud-coréennes, qui dénoncent des pratiques allant jusqu’au blanchiment d’argent et des liens avec des organisations de piratage nord-coréennes.
- Les serveurs privés illégaux causent des pertes estimées à plus de 316,7 milliards de wons (environ 230 millions d’euros) par an aux sociétés de jeux et à leurs utilisateurs.
- Certains opérateurs de ces serveurs sont soupçonnés de collaborer avec des hackers nord-coréens pour la construction et la maintenance de leurs infrastructures.
- Malgré une répression accrue, l’éradication de ces serveurs s’avère difficile en raison de leur sophistication et de leur localisation à l’étranger.
Les serveurs privés illégaux, qui reproduisent des jeux en ligne populaires sans autorisation, se multiplient et représentent une menace croissante pour l’industrie du jeu vidéo en Corée du Sud. Au-delà de la simple violation du droit d’auteur, ces plateformes sont désormais impliquées dans des activités criminelles plus graves, notamment des jeux d’argent illégaux et, dans certains cas, des liens avec des organisations de piratage informatique basées en Corée du Nord.
Selon une étude récente menée par le professeur Son Hye-rim de l’Université de Séoul, les pertes annuelles de ventes potentielles sur les serveurs officiels, dues à l’existence de ces serveurs pirates, s’élèvent à environ 316,7 milliards de wons (environ 230 millions d’euros). Ce chiffre ne prend en compte que les pertes directes liées à la perte de joueurs. L’impact réel, incluant les dommages à l’image de marque, les coûts juridiques et les retards dans la recherche et le développement, serait bien plus important.
Le cas de NCSoft et de son jeu Lineage est particulièrement préoccupant. On estime qu’au moins 5 000 serveurs privés dédiés à Lineage sont actuellement exploités en Chine. L’ensemble des dommages, directs et indirects, causés par ces serveurs, tant nationaux qu’étrangers, est estimé entre 2 500 et 3 000 milliards de wons (entre 1,8 et 2,2 milliards d’euros).
Ces serveurs illégaux ont évolué, passant d’initiatives individuelles à des structures commerciales organisées, avec une répartition claire des rôles : développement, exploitation, promotion et gestion. Les opérateurs mettent en place des sites web imitant les serveurs officiels pour attirer les joueurs, en utilisant des copies illégales du code source ou des techniques d’ingénierie inverse. Les revenus sont générés par des « dons » et des ventes illégales d’objets virtuels.
L’avocat Jeong-hoon Hwang, du cabinet Yulchon, met en garde contre l’ajout de mini-jeux de hasard sur certains de ces serveurs :
« Certains serveurs privés ajoutent des mini-jeux, comme des combats de chiens ou des courses de monstres, qui ne sont pas présents dans le jeu officiel, afin d’encourager les utilisateurs à parier de l’argent et à profiter de la différence de cotes. Il s’agit d’un acte criminel qui relève non seulement de la loi sur l’industrie du jeu, mais également de l’article 247 du code pénal, qui punit l’ouverture d’un lieu de jeu. »
Jeong-hoon Hwang, avocat au cabinet Yulchon
Le problème réside dans la clémence des sanctions. Bien que plus de 170 000 cas liés à des serveurs privés aient été recensés au cours des cinq dernières années, seulement 61 opérateurs ont été sanctionnés pénalement, et seulement 5 d’entre eux ont été condamnés à une peine de prison. Les profits générés par ces activités criminelles se chiffrent en milliards de wons, tandis que les sanctions restent souvent limitées à une simple amende.
La lutte contre ces serveurs est également compliquée par leur capacité à échapper aux mesures de blocage. Les opérateurs changent fréquemment de nom de domaine, hébergent leurs serveurs à l’étranger ou utilisent des réseaux de diffusion de contenu (CDN) pour masquer leur localisation. La promotion de ces serveurs se fait également via des plateformes de messagerie basées à l’étranger, comme Telegram et Discord.
Le Comité de gestion du jeu dispose du pouvoir de bloquer les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) en vertu de la loi sur les réseaux d’information et de communication, ce qui lui permet de bloquer rapidement les sites web étrangers. Cependant, la coopération des opérateurs de CDN et d’hébergement étrangers est souvent difficile à obtenir. Une révision récente de la réglementation vise à étendre l’autorité du Comité sur ces opérateurs de CDN.
Kim Yong-chan, responsable de l’équipe de réponse en ligne du Comité de gestion du jeu, explique :
« La répression des serveurs privés se fait en accédant directement aux serveurs pour vérifier les éléments illégaux et en bloquant immédiatement les sites qui diffusent des publicités pour ces serveurs. Si des activités de jeu illégales sont confirmées, nous collaborons avec la police et demandons une enquête. »
Kim Yong-chan, responsable de l’équipe de réponse en ligne, Comité de gestion du jeu
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