Publié le 21 décembre 2025 à 08h30. Des chercheurs britanniques ont identifié six symptômes dépressifs spécifiques, manifestés autour de la quarantaine, qui pourraient prédire un risque accru de démence des décennies plus tard, ouvrant la voie à des stratégies de prévention précoces.
- Six symptômes dépressifs spécifiques, observés à la quarantaine, sont liés à un risque accru de démence, même plus de vingt ans après leur apparition.
- L’étude de l’University College London (UCL) suggère que ce ne sont pas la dépression en général, mais certains symptômes précis qui sont prédictifs.
- La perte de confiance en soi et les difficultés à faire face aux problèmes semblent être les indicateurs les plus forts.
Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’University College London (UCL) au Royaume-Uni révèle que certains symptômes dépressifs, survenant autour de la quarantaine, pourraient constituer des signaux d’alerte précoce pour la démence. Loin de considérer la dépression comme un simple facteur de risque global, les chercheurs ont identifié un ensemble spécifique de six symptômes qui semblent particulièrement prédictifs, des décennies avant l’apparition des premiers signes de détérioration cognitive.
L’étude, publiée dans The Lancet Psychiatry, s’appuie sur l’analyse des données de 5 811 adultes d’âge moyen participant à l’étude Whitehall II, une vaste cohorte longitudinale britannique lancée en 1985. Les symptômes dépressifs ont été évalués entre 1997 et 1999, lorsque les participants avaient entre 45 et 69 ans (âge moyen de 55 ans), à l’aide d’un questionnaire portant sur 30 symptômes courants. Le suivi de leur état de santé jusqu’en 2023 a permis d’identifier que 10,1 % d’entre eux ont développé une démence.
Les analyses ont révélé que les participants considérés comme déprimés (ayant signalé cinq symptômes ou plus) présentaient un risque 27 % plus élevé de développer une démence. Cependant, cette augmentation du risque était principalement attribuable à six symptômes spécifiques, particulièrement chez les personnes de moins de 60 ans. Selon le Dr Philipp Frank, auteur principal de l’étude et membre de la Division de psychiatrie de l’UCL :
« Nos résultats montrent que le risque de démence est lié à un ensemble de symptômes dépressifs, plutôt qu’à la dépression dans son ensemble. Cette approche basée sur les symptômes nous donne une vision beaucoup plus claire de qui pourrait être le plus vulnérable des décennies avant que la démence ne se développe. »
Les six symptômes clés identifiés comme étant liés à un risque accru de démence sont :
- Perte de confiance en soi
- Incapacité à faire face aux problèmes
- Absence de chaleur et d’affection pour les autres
- Sentiment constant de nervosité et de tension
- Insatisfaction face à l’exécution des tâches
- Difficultés de concentration
La perte de confiance en soi et les difficultés à faire face aux problèmes se sont avérées particulièrement significatives, chacune étant associée à une augmentation d’environ 50 % du risque de démence. Les chercheurs soulignent que ces symptômes peuvent conduire à une diminution de la participation sociale et à un manque de stimulation cognitive, deux facteurs essentiels pour maintenir la réserve cognitive – la capacité du cerveau à compenser les dommages ou les maladies.
Il est important de noter que d’autres symptômes dépressifs, tels que les troubles du sommeil, les idées suicidaires ou la mauvaise humeur, n’ont pas montré de lien significatif avec la démence à long terme. Le professeur Mika Kivimäki, de l’École des sciences du cerveau de l’UCL, qui a dirigé l’étude Whitehall II, explique :
« La dépression n’a pas une forme unique : les symptômes varient considérablement et se chevauchent souvent avec l’anxiété. »
Bien que le traitement de la dépression à la quarantaine ne réduise pas nécessairement le risque de démence, les chercheurs estiment que cibler ces six symptômes spécifiques pourrait être bénéfique. Des recherches supplémentaires sont toutefois nécessaires pour déterminer la meilleure approche de prévention et pour confirmer l’applicabilité de ces résultats à d’autres populations. Il est crucial de rappeler que toutes les personnes souffrant de dépression ne développeront pas nécessairement une démence, et que toutes les personnes atteintes de démence ne présenteront pas nécessairement des symptômes dépressifs.
Les chercheurs soulignent également l’importance d’un mode de vie sain, incluant une activité physique régulière et une vie sociale active, pour protéger la santé cérébrale. Des habitudes de vie positives contribuent à maintenir la réserve cognitive et à renforcer la capacité du cerveau à faire face aux défis.