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Sommes-nous toujours un pays de lois ou pas ?

by Nicolas Lefèvre

Publié le 1er janvier 2026 à 22h17. L’adoption du nouveau Code de procédure pénale (KUHAP) et du Code pénal (KUHP) en Indonésie suscite de vives inquiétudes quant au respect de l’État de droit et des libertés fondamentales, selon des experts juridiques.

  • La professeure Sulistyowati Irianto critique l’absence de protection de la démocratie et de la société contre les abus de pouvoir dans les nouveaux codes.
  • Des articles du nouveau Code pénal menacent la liberté d’expression et pourraient criminaliser les manifestations publiques non autorisées.
  • L’adoption de ces textes marque la fin de l’ère du droit pénal colonial néerlandais en Indonésie.

La professeure Sulistyowati Irianto, de la Faculté de droit de l’Université d’Indonésie, a exprimé son inquiétude face à la ratification du Code de procédure pénale (KUHAP) et à la promulgation du Code pénal (KUHP). Selon elle, les événements récents entourant l’adoption de ces lois ne reflètent pas la priorité accordée à la protection de la démocratie et de la société contre d’éventuels abus de pouvoir de la part de l’État.

« Sommes-nous encore un pays de droit ? Si tel est le cas, ce principe doit avant tout protéger la société contre l’arbitraire potentiel des dirigeants de l’État. »

Sulistyowati Irianto, professeure à la Faculté de droit de l’Université d’Indonésie

La professeure Irianto souligne que les piliers d’un État de droit doivent être clairs : la démocratie, les droits de l’homme et l’indépendance de la justice. Elle estime cependant que les nouveaux codes transfèrent toute la suprématie entre les mains de l’État, au détriment de ces principes fondamentaux.

Elle utilise l’image frappante de “l’homme derrière le pistolet” pour illustrer le danger d’un KUHAP qui pourrait être utilisé de manière arbitraire comme un outil de politisation. Selon elle, la loi risque de servir à réprimer les groupes minoritaires ou démunis afin de maintenir le statu quo.

M. Isnur, président de la Fondation indonésienne d’aide juridique (YLBHI), a mis en évidence un article particulièrement préoccupant concernant la liberté d’expression. L’ancien Code pénal, à l’article 15, prévoyait des sanctions pénales pour ceux qui perturbaient une manifestation. Le nouveau Code pénal, à l’article 256, va plus loin en criminalisant toute action publique sans notification préalable.

« Le nouvel article criminalise clairement les personnes qui expriment leurs opinions en public sans autorisation préalable des autorités. »

M. Isnur, président de la Fondation indonésienne d’aide juridique (YLBHI)

M. Isnur craint que la mise en œuvre du nouveau Code pénal ne complique considérablement la situation démocratique en Indonésie.

Pour information, le Code pénal indonésien (KUHP), adopté en 2022, entrera en vigueur le 2 janvier 2026. Cette promulgation marque la fin de l’utilisation du droit pénal colonial néerlandais, qui a longtemps constitué la base du système pénal national. Le KUHAP a quant à lui été adopté en décembre 2025.

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