Publié le 14 octobre 2025 à 18h33. La nouvelle ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, confirme la poursuite du système scolaire québécois à « trois vitesses », malgré les critiques persistantes quant à ses inégalités.
La ministre LeBel a réaffirmé son soutien au modèle actuel, comprenant les écoles privées, les écoles publiques à projet particulier et les écoles publiques régulières, estimant qu’elles sont complémentaires et poursuivent le même objectif : la réussite des élèves. Cette position fait écho à celle de son prédécesseur, Bernard Drainville.
« Le privé complète le public. Il ne le remplace pas, mais il en fait partie et partage le même objectif : la réussite des élèves », a déclaré la ministre par communiqué, refusant de s’entretenir directement avec l’Agence de presse canadienne.
« Il revient aux familles de choisir ce qui leur convient le mieux. On ne doit pas opposer les deux. On doit tous travailler ensemble dans le même but. C’est ce qu’on fait. »
Sonia LeBel, ministre de l’Éducation
Cette affirmation intervient alors que des experts dénoncent depuis des années les conséquences inégalitaires de ce système, où les élèves les plus favorisés tendent à se diriger vers les écoles privées, laissant les écoles publiques gérer une concentration d’élèves en difficulté. Le Conseil supérieur de l’éducation avait d’ailleurs qualifié, dès 2016, le système québécois de plus inégalitaire au Canada.
Une étude de l’Université de Montréal, menée en 2019, illustre cette disparité : seulement 15 % des élèves des classes ordinaires des écoles publiques poursuivent des études universitaires, contre 51 % des jeunes du public enrichi et 60 % de ceux du privé. Le sociologue Guy Rocher, décédé, avait même dénoncé ce système comme un « gâchis humain » en 2020. « L’école à trois vitesses a causé un “gâchis humain” ».
Les inégalités sont également soulignées par des études plus récentes. Une recherche de l’Université de Toronto, publiée en 2022, a révélé que le Québec affiche le plus haut niveau de ségrégation socioéconomique entre les écoles de toutes les provinces canadiennes. Ces données ont été reprises dans un rapport australien en juillet 2025, qui mettait en avant l’approche de l’Ontario, où les écoles privées ne bénéficient pas de subventions publiques et sont donc moins accessibles aux classes moyennes.
Le débat sur la segmentation scolaire est récurrent à l’Assemblée nationale. En 2023, le Parti québécois avait proposé de conditionner le financement des écoles privées à l’abandon de la sélection des élèves, sous peine de perdre progressivement leur financement public. Le PQ s’était également engagé à offrir un choix de projets particuliers à tous les élèves dans les écoles financées par l’État.
Québec solidaire a également déposé un projet de loi, le projet de loi 895, en février dernier, en collaboration avec le mouvement École ensemble. Ce projet vise à créer un « réseau scolaire commun » regroupant les écoles publiques et privées qui accepteraient de renoncer à la sélection basée sur les résultats scolaires. Un sondage CROP réalisé pour École ensemble indique que cette proposition bénéficierait du soutien de 85 % des Québécois.
La Fédération des établissements d’enseignement privés, quant à elle, défend le statu quo, arguant que les écoles privées acceptent désormais 20 % d’élèves en difficulté, contre 5 % il y a quelques années.