Publié le 24 octobre 2025. À Karachi, au Pakistan, un activiste climatique a transformé des tonnes de déchets en une bibliothèque communautaire unique, offrant un accès à la lecture et un modèle de construction durable dans un quartier défavorisé.
- La bibliothèque « Second Home Library – The Earth Pod » a ouvert ses portes ce mois-ci, construite entièrement à partir de matériaux recyclés et naturels.
- Le projet a permis de récupérer près de 4 000 livres jetés et de donner une seconde vie à des déchets plastiques et autres matériaux.
- L’initiative vise à promouvoir la résilience climatique et l’accès à l’éducation dans une région particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique.
À Karachi, la plus grande ville du Pakistan, des montagnes de déchets sont un problème quotidien. Mais pour Ahmad Shabbar, physicien nucléaire et ingénieur, ces décharges sont une source inattendue de trésors. En travaillant dans la gestion des déchets il y a quelques années, il a été frappé par la quantité de livres en parfait état jetés avec les ordures ménagères. « Les gens jetaient un véritable trésor de connaissances », a-t-il constaté.
Shabbar, à la tête de GarbageCAN, une entreprise axée sur le recyclage et la durabilité, a décidé d’agir. Son idée : récupérer ces livres et leur offrir une seconde vie. Ce projet ambitieux a abouti à la création de la « Second Home Library – The Earth Pod », un espace communautaire situé au sein de l’école Ra’ana Liaquat Ali Khan, dans le quartier densément peuplé de Shah Faisal Colony.
La bibliothèque est bien plus qu’un simple lieu de lecture. Sa conception même reflète sa philosophie : réutiliser, recycler, repenser. « Nous avons pensé que si les livres étaient récupérés, la structure de la bibliothèque devait également être construite avec des matériaux de récupération, des déchets ou des matériaux naturels », explique Shabbar.
Les murs de la bibliothèque témoignent de cette approche innovante. L’un d’eux est constitué de sacs de terre, offrant une isolation naturelle et réduisant les écarts de température. « Il y a une différence de 10 à 15 degrés entre la température extérieure et la température intérieure grâce à ce mur », précise l’ingénieur.
Le béton, quant à lui, intègre près de 1 600 bouteilles en plastique et 800 000 emballages de chips, détournés des égouts et de la mer. Le toit, en bambou, est doté d’un système de double auvent favorisant la ventilation naturelle. « Le vent peut entrer naturellement et emporter tout l’air chaud », décrit Shabbar.
À l’intérieur, les étagères regorgent d’ouvrages variés : textes religieux, romans en ourdou, contes pour enfants, encyclopédies et recueils de poésie, tous sauvés de la destruction. Pour Meerab, une élève de huitième année, cette bibliothèque a ouvert un nouveau monde.
« J’aime vraiment lire des livres de poésie et écrire de la poésie aussi. Depuis l’ouverture de la bibliothèque, je viens ici et trouve de nombreux livres de poésie. Ces livres m’apportent beaucoup de connaissances, et ils sont aussi très bons. »
Meerab, élève de huitième année
Mubeen Ahmad, un collégien passionné de cricket, apprécie également ce nouvel espace.
« Quand il s’agit de livres, j’aime les livres en anglais, les histoires en ourdou, les romans et parfois les livres comme le Guinness World Records. »
Mubeen Ahmad, élève de neuvième année
L’architecture originale du bâtiment ne laisse pas Mubeen indifférent. Shabbar souligne l’importance d’avoir implanté la bibliothèque dans un quartier défavorisé, où l’accès à l’éducation et à la lecture est limité. Il estime qu’environ mille enfants, dont certains non scolarisés, pourront bénéficier de ce nouvel espace.
Ce projet s’inscrit dans un contexte plus large de vulnérabilité du Pakistan face au changement climatique. Le pays figure parmi les plus touchés par les effets du réchauffement planétaire, notamment la fonte des glaciers, les vagues de chaleur extrêmes et les moussons irrégulières, comme l’ont tragiquement illustré les inondations de 2022 et de cette année. La résilience des infrastructures est donc devenue une priorité.
Shabbar espère que la « Second Home Library – The Earth Pod » sera un modèle pour d’autres initiatives durables et un symbole d’espoir pour les communautés vulnérables.
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