Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé, ce mardi 16 juin 2026, le remplacement de l’entreprise américaine Palantir par la société française ChapsVision pour l’exploitation des données de la DGSI. Cette décision s’accompagne d’un investissement supplémentaire de 655 millions d’euros pour renforcer la souveraineté numérique et l’intelligence artificielle dans les services publics français.
C’est un virage stratégique majeur. En rompant avec Palantir, l’État français ne change pas seulement de prestataire technique ; il acte une volonté de rupture avec la dépendance technologique américaine pour ses fonctions les plus sensibles. Selon Les Echos, l’usage des outils de ChapsVision devrait désormais s’étendre à l’ensemble des ministères.
Le remplacement de Palantir par ChapsVision à la DGSI
L’annonce a été faite via une vidéo publiée sur X, où le Premier ministre a justifié ce choix par la nécessité de construire une autonomie réelle. L’enjeu est clair : éviter que l’accès aux outils d’IA et d’analyse de données ne dépende du bon vouloir de partenaires étrangers.

« Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a justifié le Premier ministre. L’objectif : « construire une véritable autonomie » pour ne « pas dépendre du bon vouloir de certains partenaires, capables (…) de couper le robinet d’accès » à l’IA.
Ce basculement ne sera pas instantané. D’après Le Figaro, le remplacement complet du géant américain est prévu pour 2028. Cette transition fait suite à la migration des données de santé, marquant une étape dans la sécurisation des flux d’informations régaliens.
L’État s’attaque ici à un monopole de fait. Palantir, via sa plateforme Gotham, avait réussi à s’imposer auprès de nombreux services de renseignement occidentaux. Pour la France, le risque lié à la haute sensibilité des données de défense et de sécurité est devenu inacceptable.
L’ascension de ChapsVision et la plateforme Argonos
ChapsVision n’est pas un acteur improvisé, mais une structure bâtie pour ce moment précis. Fondée en 2019 par Olivier Dellenbach — entrepreneur ayant vendu sa précédente société, e-Front, pour un milliard de dollars à BlackRock — l’entreprise a suivi une stratégie de croissance agressive.

En cinq ans, ChapsVision a réalisé 27 acquisitions pour atteindre rapidement la taille critique nécessaire aux appels d’offres publics. Parmi les sociétés absorbées, on retrouve des spécialistes de l’investigation (Deveryware), des interceptions (Elektron), de la traduction par IA (Systran) et de la recherche intelligente (Sinequa).
Le cœur du contrat avec la DGSI repose sur Argonos, un système d’exploitation de la donnée. Cette plateforme permet d’organiser et d’exploiter des masses hétérogènes d’informations : fichiers Excel, réseaux sociaux, vidéos et bases de données externes.
« L’Assistant » : un ChatGPT souverain pour un million d’agents
Parallèlement à la sécurité intérieure, l’État généralise l’intelligence artificielle au sein de la fonction publique. Un outil conversationnel, baptisé « l’Assistant », sera déployé pour environ un million d’agents. Ce dispositif s’appuie sur les modèles de la start-up française Mistral.
Le coût de cette généralisation est estimé à 700 000 euros. L’outil vise à automatiser les tâches chronophages : rédaction de courriers, résumés de documents et traduction. Il peut également retranscrire minute par minute des réunions enregistrées, facilitant ainsi la gestion des procédures judiciaires et le travail des enseignants-chercheurs.
L’expérimentation, lancée fin octobre auprès de 10 000 agents, montre des résultats probants. Selon des données rapportées par RTL et L’Usine Digitale :
- 75% des agents interrogés considèrent l’outil comme utile pour leur métier.
- 56% déclarent avoir réduit leur recours à des solutions non souveraines (outils « clandestins »).
Investissements et déploiement sectoriel de l’IA
L’ambition française dépasse le cadre de la DGSI et de l’administration générale. Le gouvernement injecte 655 millions d’euros supplémentaires pour soutenir les infrastructures, les capacités de calcul et la recherche industrielle. Cette annonce intervient juste avant l’ouverture du salon VivaTech.

Plusieurs outils spécialisés voient le jour pour protéger les données des citoyens :
| Outil / Plateforme | Fonction principale | Cible / Usage |
|---|---|---|
| Diplo IA | Traduction différée (60 langues) | Agents de l’État (dès juin) |
| Assistant santé public | Guidage des patients via IA | Utilisateurs du site Ameli |
| Plateforme publique IA | Accès aux données publiques | Données démographiques et économiques |
L’exemple d’Ameli est emblématique : les patients pourront confier leurs données de santé à une IA gérée par l’Assurance maladie plutôt qu’à une entreprise étrangère. L’objectif affiché par Sébastien Lecornu est que « cette révolution profite aux Français », tout en renforçant les services publics.
Ce plan global marque la fin d’une ère d’expérimentations fragmentées. En couplant des investissements massifs dans le calcul et des contrats exclusifs avec des champions nationaux comme ChapsVision et Mistral, la France tente de s’extraire d’une dépendance numérique qui, selon le gouvernement, menace directement sa souveraineté.
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